Si le Brésil n'est pas aux Jeux Olympiques, c'est de leur faute. Leur histoire, elle est aussi attachante que celle de l'Irak. Ils sont venus en Grèce avec une idée fixe : empêcher l'Argentine de devenir la deuxième nation sud-américaine à toucher l'or olympique. "Ils", ce sont les Paraguayens. Tout le monde a les yeux braqués sur les Irakiens, mais leurs adversaires en demi-finale ont eux aussi une belle histoire.

Le Paraguay a certes atteint le dernier carré d'une grande compétition internationale pour la première fois de son histoire, mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Cette équipe réputée pour sa robustesse défensive a en effet connu un parcours plutôt mouvementé jusqu'ici. Après avoir vaincu le Japon 4:3 pour commencer, les Albirrojos ont encaissé deux buts idiots dans les dix dernières minutes de leur match contre le Ghana. Après quoi, ils ont obtenu un succès 1:0 davantage dans leurs habitudes contre les champions d'Europe italiens, ce qui leur a permis de se qualifier. Puis, en quarts, alors qu'ils menaient tranquillement 3:0 contre la Corée du sud, Carlos Gamarra et Cie, d'ordinaire si solides, se sont fait une nouvelle frayeur en encaissant leurs sixième et septième buts de la compétition.

"C'est mieux de gagner 4:3 que 1:0 non ? Nous essayons de marquer le maximum de buts et d'en encaisser le moins possible. Après, c'est sûr, l'idéal, ça serait de gagner 4:0", rigole l'entraîneur paraguayen Carlos Jara, très détendu. Mais nous jouons en fonction de ce que nous avons en face ; jusqu'ici nous avons pratiqué un football ouvert et attractif."

Avec la manière
Le bilan comptable des Guaranis indique qu'ils ont inscrit neuf buts, mais il ne dit rien sur la manière employée. Exploits individuels, superbes mouvements collectifs et coups de pied arrêtés bien travaillés, les Sud-américains n'ont pas manqué d'idées. Et la concurrence entre le vétéran José Cardozo et Fredy Bareiro, le nouveau garçon dans le vent, chacun auteur de trois buts, contribue à faire avancer l'équipe.

"Le mérite en revient aux joueurs, reconnaît Jara. Nous voulions faire une belle compétition et c'est ce que nous avons fait, sans nous préoccuper d'une éventuelle médaille."

"Je peux vous dire que ça n'a pas été facile d'arriver jusqu'ici. Les Ghanéens étaient puissants et rapides, l'Italie est championne d'Europe, ce qui veut tout dire, et la Corée du sud est comme le Japon, à savoir qu'elle ne lâche rien. On a dû évoluer à notre meilleur niveau."

A l'instar de son adversaire irakien, le Paraguay s'est servi de son championnat continental pour se préparer à la compétition grecque. En janvier, au tournoi de qualification, les jeunes Albirrojos avaient surpris tout le monde en brûlant la politesse aux Brésiliens, du coup privés de JO. Et tout comme les protégés d'Adnan Hamd à la Coupe d'Asie, les ouailles de Jara ont atteint les quarts de la Copa América le mois dernier, infligeant au passage une nouvelle défaite au Brésil.

L'exemple de l'Uruguay
"Nous avons réalisé une excellente compétition, se souvient Jara. Nous avons gagné notre groupe et quand nous nous sommes présentés en quarts contre l'Uruguay, nous n'avions toujours pas encaissé de buts. Maintenant, nous sommes bel et bien là ; nous réussissons le meilleur résultat de l'histoire du Paraguay."

Représentante d'un pays dévasté par la guerre, contrainte de jouer ses matches à domicile à l'étranger, la sélection irakienne a bien entendu fait la une des journaux. Mais le Paraguay, petit pays de cinq millions d'habitants pris en sandwich par les ogres brésilien et argentin, n'a pas toujours la vie facile lui non plus. Les deux s'affronteront donc pour tenter de poursuivre leur conte de fées et, pourquoi pas, le clôturer en apothéose.

"Toute cette effervescence autour de l'Irak ne va pas perturber nos joueurs, promet Jara. Ce sont des professionnels. Le seul fait d'être en demi-finale suffit à les motiver. Je n'ai pas vu grand-chose du jeu irakien. Tout ce que je sais, c'est que si nous gagnons, nous ramènerons au moins la médaille d'argent et que si nous perdons, nous tenterons d'accrocher le bronze."

Quand Jara réalise que l'Uruguay est le seul pays sud-américain à avoir décroché l'or olympique, une étincelle s'allume dans ses yeux. On mesure alors pleinement l'enjeu…

"Et si on passait devant l'Argentine… J'espère que nous allons être les deuxièmes."