Il y a exactement deux ans, le Pérou se préparait à accueillir la Coupe du Monde U-17 de la FIFA. C'est donc tout naturellement que la nation inca s'est mobilisée derrière sa sélection. Certes, les locaux n'ont pas passé le premier tour, mais ils ont posé les jalons d'un avenir meilleur.
Aujourd'hui, l'heure est venue, semble-t-il, de récolter les fruits de cette politique. Comme en 2005, le peuple péruvien est en ébullition à l'idée de voir ses U-17 participer à la grand-messe de la catégorie. Celle-ci sera célébrée en République de Corée du 18 août au 9 septembre prochains.
Le leader et la grande vedette du groupe de qualité formé par Juan José Oré est Reimond Manco. Adroit, rapide et très dangereux par ses changements de rythme, cet attaquant a été élu meilleur joueur du Tournoi sud-américain disputé en Equateur. Auteur de trois buts, Manco a largement participé à la quatrième place du Pérou , qualificative pour l'Extrême orient. Il a ainsi mis un terme à quasiment trente ans d'absence de son pays en compétition officielle de la FIFA.
"Je n'oublierai jamais l'accueil que nous ont réservé les gens quand nous sommes rentrés d'Equateur. Cette reconnaissance a été la plus belle récompense pour ce groupe qui donne tout pour les couleurs péruviennes. Nos qualités ? Le goût de l'effort, le sens des responsabilités, la joie, l'humilité, la simplicité... Nous sommes très soudés. Avant d'être des coéquipiers, nous sommes des amis. Je crois que c'est ça, la clé de notre réussite", assure Reimond, en exclusivité pour FIFA.com.
Quand on écoute parler ce jeune-homme de 16 ans, on est interpelé par sa faculté à bien peser ses mots, peut-être acquise au fil d'un parcours atypique...
Une chose après l'autre
En 2005, alors que le Pérou attendait le coup d'envoi de "sa" Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Manco défendait les couleurs du… Venezuela ! Voilà qui mérite une explication : "Beaucoup de gens pensent que je suis né à Isla Margarita, mais en réalité, je suis né à Lima le 23 août 1990. De deux à huit ans puis de treize à quinze ans, j'ai vécu au Venezuela. C'est là que j'ai commencé à jouer au football et que j'ai intégré la sélection vinotinto, pour laquelle j'ai encore beaucoup d'affection. Mais je suis péruvien, comme toute ma famille. J'ai toujours rêvé de jouer pour le Pérou".
De retour dans son pays natal, Manco signe à l'Alianza Lima, où il fait la navette entre les U-17 et les U-20. Cette année, après avoir brillé de mille feux en Equateur, le jeune attaquant a eu l'immense plaisir de faire ses débuts en première division. "C'était le 7 avril, contre l'Alianza Atlético. Nous avons gagné 2:0. Bien sûr, j'avais un peu le trac, surtout quand j'ai entendu que les supporters scandaient mon nom. Ç'a été un moment très intense", se souvient-il, visiblement ému.
La vie défile à 100 à l'heure pour Reimond. Après la victoire des siens contre le Brésil dans la compétition qualificative, la presse brésilienne a surnommé cette petite bombe d'1,70m pour 62 kilos "le Romarinho péruvien". D'autres encore le comparent à Lionel Messi. Par ailleurs, la presse nationale et internationale affirme que l'on parle déjà de lui dans les coulisses de grands clubs comme River Plate , Boca Juniors , le PSV Eindhoven ou le Real Madrid .
Le principal intéressé préfère ne pas s'enflammer : "Oui, je suis au courant de ce qui se dit sur moi, mais je reste serein. Ma carrière ne fait que commencer, je ne suis pas pressé. Je ne suis pas prêt à tout pour signer dans un grand club européen. Peut-être que ça me serait plus utile d'aller dans un club de niveau intermédiaire. Mais j'insiste : j'aimerais être performant avec mon club, puis avec ma sélection. Après, les choses viendront toute seules".
Seul garçon au milieu de trois filles, Manco ne manque pas de soutien familial. "Mes sœurs n'aiment pas le foot, mais elles sont mes première fans. Quand j'arrive à la maison, ça me permet de déconnecter, de parler d'autre chose", dit-il. Cela dit, les disputes ne sont pas rares quand vient le moment de choisir les programmes télé…. "Je regarde tous les matches que je peux. Je suis surtout attiré par les championnats argentin et espagnol", glisse en souriant cet admirateur de Jefferson Farfán, Carlos Tevez, Rodrigo Palacio et Juan Román Riquelme.
Le rêve est gratuit
A trois mois du début de la compétition, Manco donne son avis sur le Groupe A : "Etant donné qu'elle joue à domicile, la Corée va devoir gérer une pression supplémentaire. Il faudra voir comment elle supporte ça. Le premier match est toujours difficile à négocier, surtout quand on rencontre le pays organisateur. Mais ça peut aussi être le point de départ d'une belle aventure, comme quand nous avons battu le Brésil en Equateur. Là-bas, on s'est rendu compte que c'était possible".
Et d'ajouter : "Le Togo a une équipe très athlétique, avec des joueurs à la fois puissants et techniques. Le Costa Rica se distingue par sa bonne organisation. Ce groupe n'est pas facile, mais il n'est pas inaccessible non plus". Quid des candidats au titre ? "Le Brésil et l'Argentine sont incontournables. L'Espagne a de bons jeunes et il y a toujours une équipe africaine qui se fait remarquer... Tout dépendra aussi de l'état de forme de chacun au moment de la compétition."
Après avoir écouté une analyse aussi pointue, on comprend mieux pourquoi notre bonhomme envisage déjà une reconversion en tant qu'entraîneur à la fin de sa carrière. Nous n'avons donc aucune crainte à lui poser notre dernière question : quel est l'objectif du Pérou ? "Passer le premier tour. Si nous n'y arrivons pas, personne ne nous reprochera quoi que ce soit, mais je crois que mes coéquipiers et moi serions déçus. Si nous accédons à la phase finale, tout sera possible. Nous avons une équipe solide et comme tout le monde, nous rêvons de devenir champions."
