De loin le joueur le plus en vue de l'équipe américaine qui s'est qualifiée pour la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Corée 2007, Alex Nimo (16 ans) a marqué à trois reprises en trois matches lors du tournoi qualificatif disputé à Kingston (Jamaïque). Il devient donc le meilleur buteur de son équipe. Mais son avènement en sélection nationale n'aura pas été aussi linéaire que pour la majorité de ses coéquipiers.

Né au Libéria au plus fort de la guerre civile, il connaît la violence quotidienne avant d'émigrer au Ghana avec ses parents et son frère cadet. Là, dans le camp de réfugiés de Buduburan, le jeune Alex joue toute la journée au football avec une balle en chiffon. Dans cet environnement difficile, il rêve souvent qu'il est Ronaldo à la Coupe du Monde de la FIFA. Sur son maillot, il a même dessiné au crayon le fameux numéro neuf de son héros.

En 1999, Alex a neuf ans lorsque les Etats-Unis offrent l'asile politique aux Nimo. Toute la famille vient s'installer sur la côte ouest des Etats-Unis, dans la grisaille de Portland (Oregon), qui est fort à propos connue comme la ville du soccer aux USA.

Quand son père lui annonce qu'ils vont partir aux Etats-Unis, Nimo consulte une carte du monde pour situer son nouveau pays. "Je n'y ai pas trouvé l'Oregon. J'avais bien entendu parler de New York, mais je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où se situait l'Oregon", se rappelle Alex.

En avance sur son âge
Les heures et les heures passées à taper dans le ballon à Buduburan vont porter leurs fruits pour le jeune homme. Après avoir rebattu les oreilles de son père pour qu'il lui déniche des informations sur les équipes de football locales, il fait un essai dans l'équipe de jeunes de Portland FC. Nimo est le seul garçon à se présenter à l'entraînement sans une paire de chaussures flambant neuves. Mais ses tennis ne l'empêchent pas de faire sensation. Avec son frère, il marque but sur but et personne ne semble se rendre compte qu'il a cinq ans de moins que les autres garçons.

Ancien sélectionneur adjoint de l'équipe olympique américaine et entraîneur de l'équipe universitaire de Portland, Clive Charles décèle immédiatement l'étendue du talent de Nimo. Et il fait des pieds et des mains pour qu'il soit intégré à la sélection U-14. Là, comme à l'école, Alex n'arrête pas de marquer des buts, faisant preuve d'un toucher de balle phénoménal et d'une pointe de vitesse exceptionnelle.

Dans les milieux du football US, tout le monde commence bientôt à parler des exploits de ce jeune joueur, grand, élancé, athlétique et d'origine libérienne. Et le centre de formation U-17 de Bradenton (Floride) constitue naturellement l'étape suivante pour le jeune prodige. Alors qu'il n'est encore qu'un adolescent, d'aucuns déjà n'hésitent pas à le comparer à George Weah, le meilleur joueur libérien de tous les temps.

"On a tout de suite su que c'était un bon joueur. Mais il ne possédait pas la citoyenneté à l'époque et on a donc dû attendre de voir s'il l'obtiendrait quand il serait en âge d'entrer dans un centre de formation", se rappelle Hackworth, le sélectionneur U-17 des Etats-Unis.

Alex obtient officiellement la nationalité américaine en 2006 et il est immédiatement intégré à la sélection U-17 qui se prépare pour les éliminatoires en Jamaïque. "On était tellement impatients qu'on l'a aligné d'entrée de jeu", ajoute Hackworth.

Un jeune lion ?
Après avoir attendu aussi longtemps, Nimo est pressé de marquer son premier but pour les Etats-Unis. Six mois à peine après avoir intégré le groupe, lors de sa sixième sélection, il marque dès la deuxième minute de jeu lors du premier match des Etats-Unis contre Trinité et Tobago.

"Je ne savais pas quoi faire, c'était mon premier but. Alors j'ai couru jusqu'au poteau de corner et fait un pas de danse. J'était soulagé et vraiment enthousiaste", se souvient Nimo. Sa célébration rappelait un peu celle du Camerounais Roger Milla, un des héros du Continent Noir dont Alex est originaire. Après une action digne du "Vieux Lion", Nimo marque à nouveau lors de la deuxième mi-temps d'un match que les Etats-Unis remportent sur le score de 3-0.

Bien aidés par Nimo (qui marque encore face à la Jamaïque), les U-17 américains se qualifient pour la phase finale asiatique de cet été. Ils y rencontreront le Tadjikistan, la Tunisie et la Belgique dans le Groupe E.

Ce voyage en Corée, de l'autre côté du Pacifique et à des milliers de kilomètres de l'endroit où il est né, semble constituer une étape logique dans la progression du jeune homme.

Pas étonnant que le sélectionneur Hackworth soit ravi du prodige qu'il a découvert en Alex Nimo. "C'est un poste délicat pour un jeune homme, mais il a déjà accompli des choses fabuleuses et on espère qu'il continuera à se bonifier".

Pour Alex, un retour sur le continent de ses ancêtres constituerait cependant la vraie consécration. "Je prie Dieu de me permettre de disputer la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. C'est mon grand objectif".