Habituellement, le football allemand considère ses propres talents avec la plus grande circonspection. Surtout quand l'un de ces talents semble disposer de toutes les qualités que l'on recherche chez un numéro 10. Il s'agit de préserver ces jeunes joueurs et de leur éviter de se brûler les ailes trop tôt, car ces diamants sont trop rares pour être gâchés.
C'est pourquoi les dernières déclarations d'Uli Hoeneß, manager du Bayern Munich, connu pour protéger ses joueurs face à la pression médiatique, ont de quoi surprendre. D'après ces déclarations, si le maillot numéro 10 du Bayern Munich n'est donné à aucune nouvelle recrue, c'est qu'il est déjà promis au jeune Toni Kroos. Voilà un beau compliment !
Depuis cette déclaration datant du début du mois de juillet, le pays n'a que son nom à la bouche. Car Toni Kroos, qui a démontré des qualités de meneur de jeu exceptionnelles et qui, malgré son jeune âge, a déjà été titularisé par l'entraîneur Ottmar Hitzfeld lors de plusieurs matches de préparation, passe pour être le meilleur espoir du football allemand. Certains parlent de lui comme d'un successeur potentiel de Michael Ballack. Un nouveau prodige, tout simplement. Et la Coupe du Monde U-17 de la FIFA en Corée va lui donner l'occasion de montrer l'étendue de ses qualités au monde entier.
"Je ne me prends pas la tête"
Ces louanges auraient pu faire tourner la tête à
n'importe qui. Mais pas à Toni Kroos. Calme, modeste et
arrangeant : ce sont les trois qualificatifs qui décrivent le mieux
le jeune prodige originaire du Nord de l'Allemagne, qui a pris
ses quartiers dans l'internat du Bayern Munich il y a un an,
après un passage par la section jeunes du Hansa Rostock,
nouvellement promu. La pression semble glisser sur Toni Kroos.
"Si j'ai pu me prendre la tête avant, maintenant ça m'est passé", explique le milieu de terrain dans l'interview exclusive accordée à FIFA.com après la défaite de l'équipe nationale des moins de 17 ans 1:3 contre les Etats-Unis (il y a deux semaines). Ce sont moins les mots eux-mêmes que le ton calme et mesuré du jeune joueur qui convainquent ses interlocuteurs.
"J'aime jouer au football, c'est tout. Je n'ai rien de spécial", explique Kroos. Il parle comme il joue : de façon réfléchie et imaginative, sans s'énerver.
Toni sera le stratège de la sélection allemande qui s'apprête à affronter le Ghana, la Colombie et Trinité et Tobago lors des matches de poules. Un stratège capable de lire le jeu pour déclencher à tout moment l'attaque fatale ou encore marquer le but décisif au terme d'un exploit individuel.
Des louanges de tous côtés
Oliver Kahn, auprès de qui Toni Kroos s'entraîne
quotidiennement, ne tarit pas d'éloges sur son coéquipier.
"Ce jeune-là a des dispositions exceptionnelles.
Techniquement, c'est le meilleur espoir que j'aie vu depuis
des années", s'exclame l'ancien champion du monde à
propos du jeune homme, dont le modèle est Johan Micoud.
L'entraîneur national des moins de 17 ans, Heiko Herrlich, est conscient des atouts que représente le jeune prodige pour son équipe en vue du rendez-vous coréen. "Toni a des qualités exceptionnelles, qu'il a d'ailleurs déjà démontrées l'an dernier, lors du championnat d'Europe des moins de 17 ans. C'est un vrai talent." Pour l'ancien meilleur buteur de la Bundesliga, il ne fait aucun doute que son meneur de jeu est destiné à réaliser de grandes choses au sein du Bayern Munich et de l'équipe nationale.
L'entraîneur de Kroos, Ottmar Hitzfeld, voit les choses sous le même angle : "A condition que Toni garde les pieds sur terre, il sera le prochain joueur du Bayern Munich à être appelé en équipe nationale". Le stratège du club le plus titré de la Bundesliga avoue à FIFA.com que le départ de son protégé pour la République de Corée ne le réjouit pas forcément : "Il va nous manquer, surtout sur le plan sportif !"
"Nous pouvons réaliser quelque chose en
Corée"
Au pays du Matin Calme, Toni Kroos fera partie des joueurs
clés de la formation allemande. Il a gagné sa place au début de
l'année, à l'occasion du championnat d'Europe des moins
de 17 ans, en marquant trois buts et en hissant son équipe à la
cinquième place du tournoi. Il a ensuite confirmé son statut lors
des éliminatoires européennes en Belgique, où ses prestations lui
ont même valu d'être jugé aussi prometteur que le prodige
espagnol Bojan Krkic, jusqu'ici considéré comme la seule star
de sa génération (tous deux sont nés en 1990).
"Je pense que nous pouvons réaliser quelque chose en Corée. Je ne vais pas ruminer la défaite contre les Etats-Unis, nous avons suffisamment de temps pour nous retrouver et bien nous préparer. Je n'ai aucun souci là-dessus", a expliqué Kroos à FIFA.com. Optimiste quant à l'avenir de son équipe, le jeune prodige n'en dira pas plus sur ses ambitions personnelles, comme à son habitude.
Comme dit le dicton, ce sont ceux qui parlent le plus qui en font le moins. Telle doit être la devise de Toni Kroos. C'est peut-être également la raison pour laquelle Uli Hoeneß semble si sûr d'avoir trouvé le nouveau numéro dix du Bayern. La Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Corée 2007 nous donnera maintes occasions de vérifier les compétences de cet espoir du football allemand.
