Il est le nouvel enfant chéri du football espagnol. A seulement 16 ans, Bojan Krkić fait sensation de l'autre côté des Pyrénées grâce à son formidable talent balle au pied. En août, il promet d'être l'une des grandes vedettes de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA. Retour sur l'éclosion d'un talent...

Mai 2007 : l'attaquant catalan inscrit le but de la victoire de l'Espagne sur l'Angleterre en finale du Championnat U-17 de l'UEFA, consacrant par un titre continental son potentiel de génie. Aucun doute, pour Bojan Krkić, cette année est celle de tous les défis.

Cet adolescent menu et rapide qui, en janvier, évolue encore dans l'équipe de jeunes du FC Barcelone, ne tarde pas à accéder à l'équipe B du club catalan. En avril, le voilà déjà sur la pelouse avec l'équipe première, à l'occasion d'un match amical en Egypte. Face au grand Al Alhy, il témoigne sa reconnaissance à Frank Rijkaard en faisant parler la poudre. Pure coïncidence ou clin d'œil du destin, il porte alors le numéro 14, celui-là même avec lequel l'ancien joueur et entraîneur blaugrana, Johan Cruyff, est entré dans la légende.

"C'est de l'ordre de l'anecdote !", s'exclame le footballeur devant FIFA.com. "Mais c'est vrai que ça a été un grand jour, un début inimaginable ! J'y allais dans l'idée de jouer quelques minutes et j'ai eu la chance d'être titularisé et de marquer. C'était vraiment extraordinaire."

En juin, il fait ses débuts en sélection U-21. Aujourd'hui, c'est à nouveau la U-17 qui réclame ses services en vue de Corée 2007. Une fois n'est pas coutume, Bojan ne rejoint pas l'équipe nationale de gaieté de cœur. Lorsqu'il est convoqué, il est sur le point de suivre Ronaldinho, Samuel Eto'o et Thierry Henry pour la tournée asiatique de pré-saison du Barça. "Pour tout vous dire, ça n'a pas été évident. Je vivais un rêve pendant la préparation de l'équipe première et cette convocation est mal tombée. Mais j'ai toujours dit que porter les couleurs de son pays est un privilège. Je me mets petit à petit en mode 'sélection" pour être à 100 pour cent au coup d'envoi de la Coupe du Monde."

Doucement mais sûrement...
L'adolescent fait preuve d'une maturité peu courante à son âge. Il parle doucement, pèse chacun de ses mots. L'expérience et les conseils de son père, ancien international serbe et pensionnaire de l'Etoile Rouge, aujourd'hui observateur pour le Barça, ne sont certainement pas étrangers à la sérénité avec laquelle Bojan aborde chaque étape de son ascension vertigineuse.

Tout talentueux qu'il est, l'attaquant ne néglige pas ses études et passe son temps libre dans son village, avec ses amis et sa famille. "Depuis que j'ai dû quitter ma famille pour entrer au centre de formation du Barça, j'ai conscience que ce sport exige beaucoup de temps. Mais pour le football, je suis prêt à tout sacrifier. C'est ma priorité", affirme-t-il avec conviction.

"Il possède un potentiel exceptionnel. Je ne vois aucune limite à son futur impact", témoigne Juan Santisteban, sélectionneur des U-17 ibères. Peut-être, mais l'adolescent préfère ne pas emballer la machine : "Je n'aime pas me précipiter. Dans le football, je préfère aller le plus doucement possible. Mais quand on a des opportunités, même si c'est encore tôt, il faut en profiter au maximum, avec confiance".

Pour l'heure, Bojan se concentre sur Corée 2007, son prochain défi. "Ce n'est pas souvent qu'on dispute une Coupe du Monde, c'est une chance formidable. Ce serait encore mieux de la gagner, pour moi comme pour l'équipe", reconnaît-il avec un sourire après l'un des entraînements de la sélection. Bien qu'il fasse attention à son genou gauche, il assure qu'il peut s'entraîner sans problème. D'ailleurs la rencontre de préparation que l'équipe a disputée face à la Colombie, lundi (1:0), a prouvé qu'il reste un élément clé du dispositif.

"Je ne crois pas être forcément le joueur de référence de l'équipe, pas même pour le style. Je ne suis qu'un joueur de plus qui peut apporter des choses différentes. Chacun doit apporter ses qualités pour le bien du groupe. C'est tout ce qui compte", explique-t-il pour diminuer son importance au profit de la force collective. "On a de bonnes sensations. On se connaît parfaitement bien parce qu'on vient de remporter le championnat d'Europe ensemble. On est très motivés pour cette Coupe du Monde, on espère l'aborder dans de bonnes conditions", continue-t-il.

"Retour à la case départ"
Bojan a tout d'un chasseur de buts. Son talent devant les cages ne pardonne pas et ses dribbles constituent sa meilleure arme pour affronter des défenseurs plus imposants. Bien servi par les centres de Fran Mérida, il a joué un rôle essentiel tout au long de la campagne triomphale de l'Espagne sur la scène continentale.

"Etre champion d'Europe, c'est important, mais la Coupe du Monde est une compétition différente. On est de retour à la case départ. Il faudra avancer match par match et essayer d'atteindre notre meilleur niveau avec régularité", analyse-t-il.

Pour l'heure, l'une des priorités de l'équipe est de trouver le rythme de compétition. "Nous sommes encore en pré-saison et le tournoi arrive peut-être un peu tôt, il faut donc essayer d'améliorer notre condition physique. Ce sera l'une des clés de la réussite. Nous jouons ensemble depuis longtemps et nous espérons nous faire vite au décalage horaire et à la nourriture pour être au top sur le terrain."

L'Espagne débutera sa campagne contre l'Argentine, le Honduras et la Syrie. "A priori, ce n'est pas un groupe très difficile pour nous, mais une Coupe du Monde est une Coupe du Monde. Aujourd'hui, le football réserve beaucoup de surprises. Je crois qu'il faut avant tout se concentrer sur notre jeu et se préoccuper le moins possible de nos adversaires", souligne-t-il.

Les protégés de Juan Santisteban visent les quarts de finale, le stade atteint par la sélection U-20 ibère à Canada 2007. Mais Bojan, lui, ne manque pas d'ambition : "J'espère qu'on aura plus de chance qu'eux et qu'on ira plus loin... Pourquoi pas jusqu'à la première marche du podium ?"