Au Chili, tout comme dans la majorité des pays sud-américains , on pratique le football comme une religion. Malgré cette foi inébranlable, les supporters chiliens ont réagi à l'absence de résultats de La Roja en reportant leur espérance sur les équipes de jeunes. Et cette saison, justement, ils ont de quoi s'enthousiasmer…
L' équipe U-20 conduite par José Sulantay est composée d'un noyau dur de footballeurs talentueux et dévoués qui ont prouvé leur valeur en remportant récemment un tournoi international en République de Corée , face à l'équipe locale, la Gambie et la Pologne . Parmi les leaders de cette génération, on trouve l'une des révélations du tournoi de qualification sud-américain disputé en janvier au Paraguay : Arturo Vidal. Titulaire indiscutable à Colo Colo, ce jeune milieu de terrain a confirmé son potentiel en se voyant convoqué par Nelson Acosta pour son baptême de feu au sein de La Roja.
Alors qu'il ignore encore s'il passera l'été au Canada ou au Venezuela, pour la Copa América, Vidal a consacré un entretien exclusif à FIFA.com, l'occasion d'évoquer ses attentes et les possibilités de son équipe lors du rendez-vous mondial U-20.
Considéré par les observateurs comme la meilleure équipe de la compétition, le Chili n'avait décroché "que" la quatrième place des éliminatoires sud-américaines. Affichant une belle maturité malgré ses 19 printemps, Vidal commente ce paradoxe : "Oui, nous étions sans doute les plus forts et nous méritions de mieux finir, mais nous nous sommes laissés distraire dans les instants décisifs, ce qui nous a détournés de notre objectif. Mais nous sommes bel au bien présent à cette Coupe du Monde et nous visons le titre. C'est notre but et j'ai confiance en nous", affirme-t-il, très fier.
Fier, il a de bonnes raisons de l'être. Au Paraguay, positionné en tant que milieu axial, il s'est débrouillé pour inscrire six buts et pointer au deuxième rang au classement des buteurs. "Ce n'est pas évident de réussir quelque chose comme ça à ce poste, mais j'ai eu beaucoup de réussite, reconnaît Vidal, qui a appris à jouer au football avec sa mère. Il n'y a que le résultat final qui nous chagrine un peu, puisque nous ne sommes pas premiers et que ça nous prive des Jeux Olympiques , mais sans ça, le tournoi a été très positif pour le Chili", ajoute le jeune homme, qui surprend par la qualité de son jeu de tête, par l'activité incessante qu'il déploie et par son maniement du ballon.
Une constante chilienne
Dingue de football, capable de voir à la télé n'importe
quel match quelles que soient les équipes, Vidal explique comment
il a vécu la qualification pour Canada 2007. "C'est vrai
que le Chili n'est pas un habitué des grands rendez-vous
mondiaux, c'est pourquoi nous fêtons chaque qualification comme
s'il s'agissait d'un titre. La non-qualification pour
les Jeux Olympiques nous a affectés, mais ça commence à ressembler
à une constante chilienne : chaque fois que nous sommes proches de
l'objectif, il se passe un truc bizarre et nous ratons le
coche".
Le tirage au sort a versé le Chili dans le Groupe A, aux côtés du Canada , du Congo et de l' Autriche , des formations dangereuses mais peu réputées sur la planète Football. Pourtant, Vidal estime que "en Coupe du Monde, il n'y a pas de match facile. On va aborder ces rencontres comme si on jouait l'Argentine ou le Brésil".
Quels sont les atouts du Chili ? "C'est une équipe pleine de bons joueurs. Il y a par exemple Alexis Sánchez, un attaquant capable d'effacer quatre défenseurs et de faire basculer une rencontre. A lui tout seul, il peut déstabiliser n'importe quelle équipe, assure cet admirateur de Fabio Cannavaro à l'égard de son coéquipier chez le Cacique de Santiago. Mais contre moi, il passe pas souvent, ça je peux vous le dire", conclut-il dans un grand éclat de rire.
Changer l'image du football chilien
Mais le tournoi qualificatif sud-américain lui a aussi valu
quelques réprimandes. Peu après cette compétition qui l'a
propulsé au rang de promesse du football mondial, il a reçu un
appel téléphonique de son entraîneur à Colo Colo, Claudio Borghi,
qui goûtait modérément sa nouvelle coupe de cheveux. "Il
m'a dit que je devais porter quelque chose de moins
tape-à-l'œil, qu'il fallait que les autres ne me regardent
que comme un joueur de foot. J'ai compris ce qu'il voulait
dire, il est toujours de bon conseil", reconnaît le jeune
Andin, qui pourrait bientôt accepter des offres en provenance de
clubs européens.
"Je suis très heureux à Colo Colo, où nous sommes à la lutte pour le championnat et la Libertadores . Mais tous les footballeurs rêvent de jouer en Europe. Je serais ravi d'avoir un jour la possibilité d'y aller", explique-t-il. D'ailleurs, une bonne prestation au Canada attirerait sans doute l'attention de nombreux clubs. "Si nous remportons le titre, c'est toute l'image du football chilien qui changera. Naturellement, ça devrait m'ouvrir pas mal de portes", reconnaît le jeune homme, qui a été convoqué en équipe du Chili seniors pour une rencontre amicale contre l'Argentine.
Fera-t-il partie du groupe de Nelson Acosta à la prochaine Copa América, au Venezuela ? Ou restera-t-il aux ordres de José Sulantay pour la Coupe du Monde U-20 de la FIFA ? Il n'en sait rien, mais cela n'a pas l'air de l'inquiéter outre mesure : "Vous savez, dans les deux cas, je serais ravi. Si je peux voyager pour défendre les couleurs de mon pays, je le fais toujours avec plaisir. Je ne demande rien de plus."
