Le pire peut toujours se produire, Erwin Hoffer l'a appris très tôt dans sa jeune carrière. Il y a environ onze mois, il faisait sensation en jouant tous les matches de poule et amenant la sélection autrichienne en demi-finales du Championnat d'Europe U-19 de l'UEFA. Mais avec deux cartons jaunes, il ne pouvait pas participer au dernier carré. C'est donc du banc de touche qu'il a vu son équipe s'effondrer 0:5 face à l'Espagne, future championne. "Pendant le trajet du stade à l'hôtel, il pleurait comme un gosse", se rappelle l'entraîneur Paul Gludovatz.
L'expérimenté Gludovatz (61 ans) sait aussi qu'on a toujours une deuxième chance et qu'un échec est souvent formateur. Il continue donc à accorder sa confiance au jeune joueur pour la Coupe du Monde U-20 de la FIFA. Hoffer fera tout son possible pour oublier ce cauchemar. "Je suis sous tension et surtout très motivé", nous confie-t-il
Prometteur et modeste
L'équipe autrichienne U-20 s'apprête à disputer son
premier tournoi mondial depuis 24 ans. Un certain Toni Polster
faisait alors partie de la sélection, avant de mener une carrière
exceptionnelle dans des clubs européens renommés comme le Torino,
le FC Séville et le 1.FC Cologne. Hoffer a déjà prouvé cette saison
son instinct du but et sa vélocité sous le maillot du Rapid de
Vienne. Son talent pourrait bien éclater lors du tournoi canadien
et faire de lui le digne successeur de Polster. "Beaucoup de
stars du football mondial sont passées par ce tournoi. C'est
pour moi un grand honneur d'y participer", avoue-t-il.
Hoffer, porteur de tous les espoirs de son équipe et favori des supporters de son club, n'en reste pas moins modeste. Dans son pays, tout le monde l'appelle "Jimmy", un surnom qui lui a été donné en hommage au célèbre dirigeant syndical américain Jimmy Hoffa. Quand il dit des phrases comme "Au Canada, chacun devra tenir sa place, sinon ça sera très très dur", on constate bien que ce surnom n'est pas usurpé.
"Ça ne sera pas simple, mais nous avons nos
chances"
"Jimmy" est à la fois dynamique et volontaire. Le
jeune homme aime à dire que sa devise est de ne jamais renoncer. Au
cours de ses 32 matches en équipes nationales juniors, il a mis 19
fois le ballon au fond des filets adverses. Il y a deux semaines,
lorsque les U-20 ont battu 6:1 le vice-champion autrichien SV Ried
dans le cadre de leur préparation, il a réussi un doublé. Le 2
juin, Hoffer a même fait ses débuts avec l'équipe nationale A
lors de son 0:0 contre le Paraguay. L'entraîneur Josef
Hickersberger lui a prédit publiquement un grand avenir. Ce qui lui
fait dire: "La compétition canadienne est une opportunité
rêvée de me mettre en avant".
Cette opportunité, il l'aura certainement. Le groupe de 21 joueurs qui fera le voyage ne comprend que deux attaquants expérimentés, lui et Rubin Okotie. Une fois de plus, la chasse aux buts sera avant tout son affaire. "Nous sommes une équipe très compacte. Nous n'arriverons à faire la différence que si nous concrétisons nos occasions de but, explique Hoffer. Bien sûr, ça ne sera pas simple, mais nous avons toutes nos chances de réaliser un bon parcours".
Le 2 juillet à Edmonton, les Autrichiens entreront en lice dans le Groupe A contre le Congo. Trois jours plus tard, les protégés de Gludovatz affronteront au même endroit le Canada ; les 65 000 places du stade sont déjà vendues. Le 8 juillet, ils joueront à Toronto face au Chili. Leur tâche dans ces éliminatoires est difficile, mais pas impossible. "Nous ne devons pas sous-estimer nos adversaires. Si nous gardons ça en tête, notre objectif d'atteindre le second tour est réaliste", estime Hoffer.
Briller sous les feux de la rampe
Ce serait aussi pour "Jimmy" une satisfaction
personnelle de dépasser à nouveau le stade des poules lors d'un
grand tournoi. Cette fois, il fera bien attention de ne pas être
mis sur la touche pour cause de carton jaune. En définitive, le
plus important pour lui, "c'est d'être présent à ce
grand rendez-vous mondial".
Vendredi dernier, le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer s'est rendu personnellement au centre d'entraînement pour souhaiter bonne chance à l'équipe. "Jimmy" n'en revenait pas. On voit comme tout cela lui tient à cœur. Il n'a plus qu'à entrer en scène...
