Pour un joueur de moins de 20 ans, il semble difficile de parler d'expérience. Pourtant, le milieu défensif américain Michael Bradley n'en manque pas. Car sous ses airs de beau gosse nonchalant, c'est un garçon pressé. En MLS à 16 ans, en Europe à 18, première cap en équipe nationale A au même âge, il ne vit que pour le football. Ce grand gaillard d'1,85m aux yeux bleus perçants, récupérateur et organisateur hors-pair, devenu en l'espace d'une Gold Cup, le métronome de l'équipe A, s'est confié à FIFA.com.
Bradley fêtait la victoire en Gold Cup il y a moins d'une semaine. A peine le temps de finir sa coupe de champagne qu'il était dans l'avion. Lassitude, décompression ? Pensez-vous... "Je suis très excité d'être ici. C'est une Coupe du Monde, qu'elle arrive à la fin d'une longue saison n'a pas d'importance, on est toujours prêt à se dépasser pour un tel événement", affirme-t-il avec sérieux.
Sûr de lui, il sait que son fulgurant parcours avec les A "l'oblige" chez les U-20. "Mon expérience en équipe A me confère une responsabilité dans cette équipe. Je me dois d'être un meneur et de conseiller les jeunes. Cela dit je ne me prends pas pour un cador, il est important que je m'intègre dans le groupe et que je sois un bon partenaire", analyse-t-il avec lucidité.
Thomas Rongen, son entraîneur, ne tarit pas d'éloge : "Il est devenu une star en quelques semaines. C'est un joueur qui a très vite compris tous les aspects tactiques du jeu. Mais il garde une capacité exceptionnelle à se sacrifier pour l'équipe. C'est un joueur qui a toujours été précocement mur".
Il a joué cinq matches de la Gold Cup avec les A, après avoir réussi une belle saison aux Pays-Bas au SC Heerenveen en Eredivisie. Exilé en Europe à 18 ans, Bradley ne parle pas de mal du pays. Il pense à son avenir, point barre. "J'ai joué deux ans en ligue américaine avant de partir pour l'Europe. Je savais que je devais passer par là pour progresser. Je joue beaucoup à Heerenveen, c'est le meilleur moyen de m'améliorer. C'est une petite ville, mais ma vie sociale ne constitue pas un point crucial pour moi", assène-t-il dans un sourire. Et on le croit.
"Nous ne sommes pas favoris"
Les qualités de la formation US ? L'esprit de
corps, évidemment... Pas question de se mettre en avant pour cet
adepte des tâches sombres, admirateur de Roy Keane et Patrick
Vieira. "On se connaît tous depuis longtemps. Nous sommes très
proches hors du terrain et c'est important car cela influe sur
l'esprit de groupe", estime-t-il. Et c'est certain
qu'avec une combinaison de jeunes joueurs et d'anciens de
la catégorie, la formation US a du potentiel.
Mais là encore, Bradley, comme un vétéran, remet les choses en place. "L'équipe a certes confiance dans ses capacités. Nous savons que nous pouvons jouer et bien jouer contre n'importe quelle équipe. Nous avons un bon équilibre entre joueurs d'expérience et plus jeunes, nous avons une ligne d'attaque de grande qualité. Nous sommes persuadés que nous pouvons aller loin, mais nous ne sommes pas parmi les favoris. Argentine, Brésil, Espagne le sont, nous avons encore du chemin à parcourir."
Le premier obstacle coréen semble à la portée des Américains, même si la prudence est de mise. "Je disais que nous possédions une belle ligne d'attaque, il va s'agir de les pourvoir en ballons ! Et être très soudés en défense", résume le milieu défensif.
Tout chez Bradley suinte la maturité. Sans doute un leg de son papa, un certain Bob Bradley, sélectionneur national A. Une situation qui pourrait le gêner. Il semble pourtant un peu agacé quand on lui pose la question. "Je suis habitué à être sous les ordres de mon père. Il y a des bons et des mauvais côtés bien sûr, mais je ne peux pas dire que cela me tracasse plus que cela. Quand je suis en sélection, je travaille le plus fort possible pour obtenir le respect des autres joueurs et de l'entraîneur".
Reste que le paternel a donné quelques conseils au fiston avant le voyage canadien. "Il m'a dit de prendre un rôle de leader dans cette équipe, parce que j'ai une expérience spéciale. Il m'a aussi rappelé que c'est une chance très particulière de participer à une Coupe du Monde et que je devrais donc en profiter tout en jouant à ma manière."
Jouer, c'est le credo de Bradley. Il n'a aucun mal à dire que c'est tout ce qui le mène. "Ma vie, c'est le football, j'ai toujours eu un ballon près de moi. Quand je ne joue pas, je me relaxe, je regarde la télévision, je surfe sur le net et je me prépare pour le prochain entraînement. Et j'aime ça, avoir le football toujours dans ma tête." Avec une telle volonté, on peut gager que le gamin de Princeton pourrait aller loin, très loin.
