Dès que l'on évoque Pérou 2005, les yeux des Gambiens brillent d'un éclat particulier. Par une belle soirée de dimanche, l'équipe U-17 a définitivement marqué l'histoire du football gambien en devenant la première sélection gambienne à participer à une Coupe du Monde de la FIFA. En plus, les grands débuts de cette petite nation africaine ne sont pas passés inaperçus ! Novices à ce niveau de la compétition, les Africains n'avaient certes pas la faveur des pronostics. Cela ne les a pourtant pas empêchés de battre (3:1) le Brésil, champion du monde en titre, et de laisser tous les observateurs pantois.
Deux ans plus tard, ce succès est encore dans toutes les mémoires, même si la Gambie a ensuite quitté la scène sans autre coup d'éclat. Sur le moment, la joie était immense, sur place comme au pays. "C'était de la folie. Tout le monde faisait la fête dans la rue. Les gens étaient en liesse", se souvient Joseph Gomez au micro de FIFA.com. A l'époque, le gardien de but ne faisait pas partie de la sélection nationale. Il a donc suivi l'événement comme tous ses compatriotes, devant son poste de télévision. "Je me trouvais en Gambie ce jour-là et je peux vous dire que c'était une expérience hors du commun. Nos joueurs nous ont vraiment fait honneur. Tout le monde était si heureux ! Si Dieu le veut, nous vivrons encore de tels moments au Canada."
Deux années ont passé et les Gambiens sont aujourd'hui à Toronto. La situation, elle, n'a pas vraiment changé. Les Africains ont été versés dans le Groupe C en compagnie de deux équipes de premier plan, le Mexique et le Portugal. Comme la Nouvelle-Zélande, la Gambie fait donc figure d'outsider. "Les Mexicains sont très forts car ils sont capables de faire tourner rapidement le ballon, nous explique Gomez. Nous aussi, nous avons de bons arguments balle au pied, mais notre jeu collectif reste un cran en dessous."
Joseph Gomez n'a rien d'un fanfaron. Il semble réservé, presque timide, et promène son regard pensif tout autour de lui, comme si de rien n'était. A 19 ans, il sait déjà qu'en football, les actes pèsent davantage que les mots. Sur le terrain, Gomez peut s'appuyer sur son 1,90 m pour faire la différence. Elu meilleur portier du Championnat d'Afrique U-20, le tournoi qualificatif pour Canada 2007, le jeune homme a donc de solides arguments à faire valoir. Il ne cache pas sa fierté d'avoir été ainsi distingué, même s'il n'ignore pas qu'une telle récompense comporte également son lot d'obligations. "Je suis très fier de ce titre. Nous nous sommes bien battus lors du championnat d'Afrique, mais maintenant, nous devons franchir un nouveau palier."
Cet aveu formulé du bout des lèvres trouve son prolongement à chaque séance d'entraînement organisée au National Soccer Stadium de Toronto. C'est là que les Gambiens se préparent dans le plus grand sérieux. A première vue, l'équipe s'appuie sur une solide organisation tactique. Le ballon circule librement d'un joueur à l'autre, en toute fluidité. A l'issue de la séance, Peter Johnson prend le temps de recadrer ses joueurs en leur adressant quelques conseils techniques et tactiques, sans jamais oublier de les encourager.
Le groupe s'appuie également sur l'expérience de onze rescapés de Pérou 2005. Parmi eux, l'attaquant Ousman Jallow, buteur face au Brésil, fait figure de star. Le meilleur buteur du Championnat d'Afrique U-20 sait que son équipe comptera une nouvelle fois sur ses talents de finisseur pour créer la surprise. "Jallow est évidemment un joueur important, mais il n'est pas le seul à pouvoir marquer, rappelle Johnson, qui mise avant tout sur le vécu de son équipe. Cela fait maintenant quatre ans que nous vivons ensemble et tout le monde se connaît parfaitement."
Cette entente pourrait bien être l'une des clés du succès africain : "Nous formons une véritable famille depuis le temps, assure Ousman Jallow. A tout moment, chacun sait ce que les autres vont faire". Dès lundi, la Gambie se lancera donc à l'assaut de la planète football. "Nous respectons tout le monde, mais nous n'avons peur de personne, prévient Johnson. Nous ne sommes pas venus ici pour faire de la figuration." Avec un tel état d'esprit, le 2 juillet pourrait bien marquer une nouvelle date importante dans l'histoire du football gambien.
