La République de Corée a peut-être produit le meilleur jeu depuis le début de Canada 2007. Face aux Américains, les Asiatiques ont fait une démonstration de jeu en mouvement, d'intelligence tactique et de vitesse. Au centre de ce système bien huilé, deux joueurs clefs : Young Sum Shim et Young Rok Shin. L'un donne, l'autre conclut. Et vice-versa. Rencontre.
La culture asiatique est ainsi faite que l'on ne peut se satisfaire d'un match nul, si bonne que fut la performance. C'est le cas des Coréens après le 1:1 concédé face aux Américains. Mais Shim et Shin ne tombent pourtant pas dans le fatalisme. "Nous nous sommes créés énormément d'occasions très franches et au final nous n'avons marqué qu'une fois, c'est forcément décevant. Mais c'était le premier match et nous repartons sur de bonnes bases pour le match contre le Brésil. Nous devons nous préparer mentalement pour cette grosse rencontre", analyse Young Sum.
"Sur un plan personnel, je suis très déçu. Je suis buteur, j'ai eu trois occasions énormes et je n'ai marqué qu'une fois. Je me suis senti mal vis-à-vis de mes coéquipiers, parce que j'aurais du faire mieux. Mais cela ne fait que requinquer ma motivation pour le match face au Brésil", renchérit Young Rok.
Sans faire la soupe à la grimace, l'entraîneur Dong Hyun Cho était lui aussi déçu. "Il n'a pas relevé les erreurs individuelles. Mais nous pouvions voir dans ses yeux dans les vestiaires qu'il était déçu que nous n'ayons pas su concrétiser nos actions. D'autant que le premier match est toujours crucial", admet Young Sum.
Un 3-5-2 cauchemardesque
Et c'est vrai que les Coréens ont gâché, beaucoup gâché. On retiendra la frappe enroulée sur le poteau de Young Sum ou le manque d'opportunisme de Young Rok seul face au portier américain, juste avant l'ouverture du score... US. Reste que le 3-5-2 malléable des Asiatiques s'est avéré un véritable cauchemar pour les défenseurs américains, qui en ont vu de toutes les couleurs.
Dans les gradins, on ne pouvait s'empêcher de se remémorer l'épopée de 2002. L'ambiance toute coréenne dans le stade Olympique avec les "Korea ! Korea !" éructant des travées, l'adversaire identique à celui du premier tour cinq ans plus tôt, mais surtout l'énergie déployée par les Guerriers Taeguk.
Une référence qui, étrangement, n'amuse pas les deux compères. "Comme pour tous les Coréens, nous avons vécu 2002 comme un grand moment pour notre pays. Mais j'ai le sentiment que notre équipe a son propre style de jeu", décrypte calmement Young Sum. "Nous avons beaucoup développé le style de 2002. Nous n'aimons pas regarder en arrière, nous allons de l'avant", ajoute Young Rok. Une façon claire de marquer son territoire et d'éviter la pression d'une comparaison délicate avec les héroïques aînés.
Les deux bonhommes s'apprécient sur le terrain, se trouvent les yeux fermés. Mais s'ils jouent ensemble depuis trois ans en sélection nationale, ils ne se voient pas du tout dans l'année. L'un joue sur l'île de Jeju, l'autre à Suwon près de Séoul, soit quelques milliers de kilomètres de différence. Mais l'admiration réciproque semble bien réelle.
Le nez de Van Nistelrooij
"Je peux apprécier Young Rok car je suis moi-même un attaquant de formation. Or je n'ai pas sa qualité de finition, qui est remarquable. Par sa vitesse et ses appels, il créé aussi énormément de brèches dans les défenses, une aubaine pour moi", dit l'un. "Young Sum remplit les espaces qu'il créé lui-même, quoi qu'il en dise c'est également un bon finisseur et un passeur hors-pair. De plus, il joue pour l'équipe et il est toujours au bon endroit au bon moment. C'est un régal de jouer avec lui !", ajoute l'autre.
Il faut maintenant passer à la suite, et le plat de résistance se nomme Brésil. Un gros morceau. "Tout le monde sait que le Brésil est une équipe du gotha mondial. Mais cela ne sert à rien de se faire peur avec cela. Nous savons que nous pouvons bien faire contre eux. La clef, pour nous, sera défensive : ils ont une force offensive considérable, il faudra les contenir. Avant de nous lancer vers l'avant et cette fois mettre les occasions au fond !", lâche Young Sum, admirateur de Thierry Henry.
"Ce sera évidemment un match très difficile. Tout va résider dans notre préparation, qui doit être optimale. Mais c'est sur le terrain que nous devrons montrer nos capacités, pas dans les médias... ", sourit Young Rok. Il a pour idole Ruud Van Nistelrooij, car "il sent les buts...". Lui aussi devra avoir du nez face aux Canarinhas...
