Au terme d'une séance d'entraînement pluvieuse dans une terrain situé à environ une heure de Toronto, à la veille d'un match face au Portugal que les observateurs considèrent comme le grand choc du premier tour, le capitaine mexicain Patricio "Pato" Araujo a pris quelques minutes pour dialoguer avec FIFA.com.

Dans son dos, quelques joueurs font les clowns, mais le capitaine ne se laisse pas déconcentrer. Il faut croire qu'on ne s'ennuie jamais dans cette équipe du Mexique, cataloguée comme la "génération dorée" du football aztèque après son titre mondial U-17 conquis au Pérou il y a deux ans.

"C'est vrai qu'ils sont un peu dissipés, concède le joueur avec un sourire. Ils n'arrêtent pas de faire les idiots et de plaisanter... Ça n'arrête jamais !" Le chauffeur du bus de l'équipe, né en Uruguay mais installé dans la très cosmopolite Toronto, nous confirme que le jeune aztèque est taquin. "On ne peut pas tourner le dos pendant plus d'une minute, sinon ils sont capables de tout."

Vous l'avez compris : l'équipe mexicaine U-20 n'est pas du genre à se prendre au sérieux, sauf à un moment bien précis : les entraînements. En effet, toutes les séances sont conduites avec le plus grand professionnalisme, sans perdre une seule seconde en recommandations superflues.

"Nous sommes libres de bien jouer"
Le chauffeur et Araujo n'hésitent pas une seule seconde quand on leur demande qui met le plus d'ambiance dans le groupe. Tous deux désignent immédiatement César Villaluz, sociétaire de Cruz Azul. Avec son sourire malicieux, l'attaquant de poche, surnommé "el Chiquito" (en espagnol, le petit), confirme involontairement les dires de ses aînés. "Lui, c'est le pire de tous", résume le capitaine, du club de Chivas Guadalajara, presque fier des facéties de son cadet.

"C'est vrai qu'il n'arrête jamais et qu'il n'est pas toujours facile à gérer, mais sur le terrain, il est très sérieux", insiste Araujo, plein d'admiration pour Villaluz, assis sur un ballon à une trentaine de mètres, avec d'étincelantes chaussures rouges aux pieds. "Giovanni (dos Santos, du FC Barcelone) et Carlos (Vela) sont devenus de grandes vedettes lorsque nous avons décroché le titre U-17 en 2005, mais c'est César (Villaluz) qui pourrait faire la différence au Canada."

Le capitaine ne tarit pas d'éloges sur l'attitude de son groupe : "Nous essayons de profiter de l'instant présent et nous prenons plaisir à disputer cette compétition. Il n'y a pas de raison que nous soyons sérieux tout le temps... Le football est un jeu, donc on est là pour s'amuser. En plus, je joue avec ces rigolos depuis l'âge de treize ans, donc je peux vous dire qu'on a eu le temps de devenir les meilleurs amis du monde. Nous n'avons pas de raison de nous sentir stressés, puisque nous sommes libres de bien jouer."

Un joueur de devoir
Dans cette équipe truffée d'individualités et de talents précoces, Araujo est là pour stabiliser l'édifice. Même si son rôle n'est pas foncièrement glamour, il inspire le plus grand respect à ses coéquipiers. Il faut dire qu'il excelle au poste de stopper, avec son excellente vision de jeu et son sens inné du placement. Avec la sérénité d'un vétéran alors qu'il n'affiche que 19 printemps, notre homme sait relancer proprement les ballons qu'il récupère et se replier pour laisser ses coéquipiers semer le danger dans le camp adverse.

Après avoir surclassé la Gambie sur le score de 3:0, le Mexique et son capitaine s'apprêtent à défier le Portugal à Toronto dans un choc qui s'annonce très spectaculaire. L'enjeu est lui aussi de taille, puisque le vainqueur aura un pied et demi en huitièmes de finale.

"Le Portugal possède des joueurs très dangereux aux avant-postes, reconnaît Araujo, non sans une certaine gravité. Nous allons aborder cette rencontre avec la plus grande prudence."

Après avoir débuté en 2006 dans l'équipe première des Chivas, Patricio a disputé tous les matches de la saison 2007, conclue par un titre de champion du Mexique. Malgré cette progression météorique, Araujo affiche un excellent état d'esprit, puisque le capitaine des champions du monde U-17 en titre reconnaît ne pas voir de différence entre ses coéquipiers et lui.

"En tant que capitaine, je me sacrifie pour l'équipe et je me donne à fond du début à la fin du match, explique celui qui admire un certain Rafa Márquez, pensionnaire du Barça et international mexicain. Mais attention, je ne me sens pas plus important que les autres. Ils sont tous géniaux et, à sa façon, chacun est capitaine !"

A force de grâce et d'opiniâtreté, d'audace et d'équilibre, cette équipe de Mexique et son solide capitaine vont tenter de faire un pas de plus vers un nouveau titre mondial.