Le bar situé juste en face de l'hôtel où réside la sélection chilienne n'est autre que le Sherlock Holmes. Justement, à l'issue de la victoire des Sud-américains sur le Congo, toute la ville s'est passionnée pour un mystère que le célèbre détective lui-même aurait sans doute eu bien du mal à résoudre : d'où viennent tous ces Chiliens ?


En fait, Edmonton s'est changé en un "Poco Santiago" sous l'impulsion de milliers d'expatriés venus assister à la rencontre. Ces derniers ont fêté la victoire de leur équipe comme il se doit et c'est un véritable concert de Klaxons qui a envahi les rues de la ville au coup de sifflet final. Forts de ce succès, les Chiliens semblent désormais bien partis pour faire un bon bout de chemin dans cette Coupe du Monde U-20 de la FIFA 2007.


Il faut dire que le football n'avait pas beaucoup de concurrence en cette soirée de jeudi. Certes, le groupe Air Supply était bien en concert au River Cree Casino pour assurer la promotion de son album "All Out of Love", mais c'est au Commonwealth Stadium qu'il fallait se rendre pour assister au meilleur spectacle. Pendant toute la rencontre, les supporters chiliens n'ont jamais ménagé leur peine pour encourager leurs favoris, contribuant à faire de cette rencontre une fête mémorable.


Flux migratoires
A en croire le sélectionneur José Sulantay, l'explication est "élémentaire". Le technicien chilien avait fait sa petite enquête bien avant d'arriver sur place, ce qui lui a permis de découvrir que nombre de ses compatriotes sont venus s'installer au Canada ces dernières années. Néanmoins, il était le premier à reconnaître qu'il ne s'était pas attendu à voir son équipe bénéficier d'un tel soutien pour sa deuxième victoire consécutive dans le Groupe A.


"Cela fait 50 ans que je travaille dans le football, mais ce soir, je suis vraiment très, très heureux, confiait-il à FIFA.com. Beaucoup de Chiliens sont venus vivre au Canada dans les années 70 suite aux problèmes politiques que nous avons connus. C'était agréable de pouvoir leur offrir cette victoire. Psychologiquement, ce n'est pas facile de rester éloigné si longtemps de son pays. J'imagine ce qu'ils doivent ressentir ce soir... ça n'est que du bonheur."


"Et dire que, quand nous jouions au Chili, nous nous faisions siffler ! Parfois, les Chiliens peuvent être très négatifs, ce qui n'est pas toujours facile à vivre. Mais cette soirée était vraiment spéciale. Nos supporters avaient vraiment envie de nous voir réussir quelque chose car leur pays leur manque. C'était formidable d'avoir pu répondre à leur attente."


"Avant le match contre le Canada à Toronto, j'ai dit le fond de ma pensée aux joueurs. Je leur ai montré le drapeau canadien sur ma chemise et je leur ai demandé : " Ca, ça représente quoi pour vous ? A votre avis qu'est-ce que vos amis, votre famille et votre pays attendent de vous ?" Je leur ai dit qu'ils devaient être prêts à tout donner pour ceux qui étaient venus les voir jouer. Après avoir vécu une telle expérience, j'ai hâte de revenir à Edmonton."


"C'est fantastique"
Pendant ce temps, au Sherlock Holmes, Derek Alejandro Van Diest se sent lui aussi d'humeur joyeuse. Ce natif de Santiago vit dans la capitale de l'Alberta depuis que sa famille est venue s'installer au Canada en 1979, alors qu'il n'avait que six ans. Aujourd'hui, il assure qu'il n'oubliera jamais cette soirée historique : "Je m'attendais à ce qu'il y ait du monde, mais c'était fantastique de voir tous ces Chiliens réunis. Je me suis demandé ce que ça ferait d'assister à un match au pays, de voir un stade entièrement rempli de supporters chiliens".


Les Sud-américains n'étaient cependant pas les seuls à faire la fête jeudi soir. Vainqueur (1-0) du Canada, l'Autriche compte désormais quatre points et semble bien placée pour accéder aux huitièmes de finale. Et si les supporters autrichiens ne sont pas aussi nombreux que leurs homologues chiliens, ils n'en sont pas moins motivés pour autant.


Markus Schwarzenberger, originaire d'Innsbruck, doit passer les deux prochaines années au Canada dans le cadre de son travail. Bien que résidant à Grande Prairie (Alberta), il n'a pas hésité à faire un long voyage de quatre heures et demie en voiture pour venir soutenir ses favoris. Si l'Autriche se classe parmi les deux premiers du Groupe A, elle reviendra jouer à Edmonton... Et Schwarzenberger sera là ! "C'était une belle journée pour moi... Nous avons été formidables, s'exclame le jeune homme de 21 ans. Et comme dirait notre célèbre compatriote Arnold Schwarzenegger : "Je reviendrai !"