Pour faire une bonne équipe, il ne faut pas que des Zidane ou des Cristiano Ronaldo. Le ratisseur, le nettoyeur, celui qui se charge des basses besognes, appelez-le comme vous voulez, est indispensable. Mieux encore, si ce chien de garde est véritablement talentueux, votre équipe a de grandes chances d'aller loin. Le Portugal a le bonheur de posséder cette perle rare en la personne de Pelé.

Si le talent de Pelé est à la hauteur de sa sobriété dans les mots, le garçon a un bel avenir devant lui. Pas de fioriture, droit au but et la passe (mot) juste. "J'ai la sensation que nous travaillons bien, en équipe, et que nous avons montré notre valeur jusqu'à présent. Le prochain match est important et nous devons entrer sur le terrain avec la victoire et seulement la victoire en tête. Il nous faudra être plus efficaces que lors des premières rencontres, car c'est là que nous avons pêché pour le moment", explique-t-il doucement.

La démarche lente et chaloupée, la voix basse et chaude, ce grand gaillard d'1,87m pour 80 kilos a quelque chose de rassurant. Une sensation qu'il dégage aussi sur le terrain, où son sens du placement et de la récupération et sa capacité d'orienter le jeu avec justesse font merveille. Il n'a que 19 ans mais déjà de la bouteille, peut-être ceci explique-t-il cela.

Lui qui a commencé à Boavista, est parti pour Salgueiros, avant de rejoindre Benfica pour six mois et finalement s'exiler au Vitoria Guimaraes. "Les circonstances ont fait que j'ai pas mal bougé, mais maintenant je suis à Vitoria et j'y suis bien", dit-il. Avant d'ajouter tout de même : "bien sûr, si j'avais une offre d'un grand club européen, j'y réfléchirais, c'est naturel, c'est le rêve de tout joueur."

Bon, le garçon est sobre. Mais tout de même, se faire appeler Pelé pourrait dénoter une certaine suffisance. Ou au moins un brin d'arrogance ? "J'ai ce surnom depuis que j'ai commencé le football pratiquement. A l'époque, quand j'avais 6 ou 7 ans, je jouais attaquant. Et je marquais beaucoup de buts, les temps changent !", se marre-t-il. "C'est pour ça que mes copains ont commencé à m'appeler Pelé, et à Boavista ça m'est resté ".

"Pas de comparaison possible"
Certains ont une hérédité difficile à assumer, lui s'est-il créé un nom à pression ? Sourire aux lèvres, il affirme que non car "il n'y a pas de comparaison possible avec le grand Pelé". Evidemment... Mieux encore, les projecteurs ne l'attirent pas plus que ça. Dans l'équipe, ce sont les artistes des lignes avant qui brillent. "C'est normal que des joueurs comme Bruno Gama ou Zequinha attirent l'attention des médias, ce sont les attaquants, les techniciens. J'accepte mon rôle de travailleur de l'ombre, j'y suis habitué." Voilà, chacun son rôle et que l'équipe tourne, c'est l'essentiel, telle est la philosophie de cet admirateur de Patrick Vieira et Manuel Fernandes. "Le tout est que nous continuions à jouer en équipe, c'est comme ça que nous irons loin", précise-t-il.

Car si les feux de la rampe ne sont pas pour lui, l'ambition ne manque pas. Quand on lui demande quel adversaire il aimerait rencontrer dans l'éventuel huitième de finale, sa réponse est sans équivoque : "l'objectif est d'aller en finale en premier lieu. Qui nous rencontrons avant n'a pas d'importance. En finale, nous aimerions jouer une grosse équipe, comme le Brésil. Enfin, s'ils se qualifient... "

D'ici là, les Portugais pourront compter sur un public nombreux, car la communauté portugaise au Canada est considérable. Il reconnaît que c'est un appui plus qu'appréciable. "C'est une chance formidable, un soutien très précieux. Ils nous poussent à nous dépasser et ça nous aide incontestablement. Et toute aide est la bienvenue !". De quoi lui rappeler le pays. Un mois loin de la maison, c'est un peu long ? "Je suis habitué à être loin des miens. Je suis né à Porto, toute ma famille s'y trouve et depuis que je joue à Vitoria je vis donc seul", répond le dur à cuire, dont la maman est originaire de Cap Vert et le papa Portugais.

Pelé est un garçon aussi simple dans la vie que ne l'est son jeu, vous l'aurez compris. Mais si son comportement laisse à penser qu'il est plus mur que son âge, il reste un adolescent. Poli, il laisse se finir l'entretien, mais piaffe. Car les copains sont déjà partis se promener dans Montréal au festival de jazz. On le libère, il remercie et s'échappe.