C'est un grand classique africain, un cliché peut-être. Mais une vérité aussi. Les Gambiens vont jouer un match crucial contre le Portugal, qui peut les emmener en huitièmes de finale de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Canada 2007 et ils sont décontractés comme s'ils allaient jouer un match amical. Tijan Jaiteh, milieu de terrain récupérateur de talent, ne s'en cache pas : "nous sommes très détendus et prêts à apprécier ce match".

Ousman Jallow, buteur et star de l'équipe, est plus rompu à ce genre d'événement, mais ne semble pas plus tendu que le reste du groupe. "Nous sommes bien préparés pour affronter les Portugais, dit-il. C'est une excellente équipe que nous respectons grandement. Nous les laisserons venir à nous et nous ferons au mieux pour les surclasser".

En quelques minutes, on s'aperçoit que ce groupe-là a quelque chose de spécial. L'explication tient sans doute dans l'histoire de ces garçons. Tout est parti d'un programme, "Get them young", mis en place en vue de la Coupe d'Afrique des Nations U-17 de 2005, qui se jouait en Gambie. La Fédération décide en 2001 de faire de la détection dans les écoles auprès d'adolescents de 12 et 13 ans. Grâce notamment à un projet Goal de la FIFA, des installations pour les équipes de jeunes sont construites à Banjul.

Et le résultat est spectaculaire. Les Baby Scorpions remportent la CAN U-17 2005 et se qualifie pour l'épreuve mondiale au Pérou la même année. En Amérique du Sud, ils créent la sensation en battant le Brésil et échouent d'un rien à passer le premier tour. Et ce sont pratiquement les mêmes qui se retrouvent au Canada. "Nous sommes des gros travailleurs et nous sommes très solidaires. Nous sommes comme des frères, nous jouons en famille depuis maintenant plus de quatre ans. Nous nous connaissons par cœur, et nous sommes amis en dehors du terrain. Ce sont des aspects qui comptent beaucoup dans les moments difficiles", résume Tijan.

Une chose est sure, ils sont soudés comme peu d'équipes le sont. Et ce malgré les différences ethniques, religieuses voire de langage qui règnent dans le groupe. Leur façon de célébrer le but face à la Nouvelle-Zélande est un bon exemple de cet "œcuménisme" : une prière à la façon musulmane enchaînée par une petite danse traditionnelle gambienne. Dans cette équipe, la notion de barrière n'existe pas, on vit ensemble avec ses différences, un point c'est tout.

La vie rêvée des Baby Scorpions
Depuis le Pérou et leur performance remarquable, les vies d'Ousman et Tijan ont changé. Ils font partie des trois chanceux à avoir trouvé un contrat à l'étranger (avec Ebrima Sohna), le rêve de tous ces gamins. "J'ai signé à Al-Aïn aux Emirats arabes unis en 2005 après le Pérou. De là, je suis allé au Raja Casablanca, où je suis depuis un an. Bien sûr je rêve d'Europe et à choisir, j'irais bien à Arsenal !", explique "Ous", en riant certes, mais avec des étoiles dans les yeux. Tijan, admirateur de Patrick Vieira, est parti l'an passé à Brann, en... Norvège ! "Il y fait froid c'est vrai, mais je m'y suis bien acclimaté", dit-il. Ousman, s'étouffe de rire...

Eux deux vivent le rêve que chaque élément du groupe voudrait connaître. Ils savent la chance qu'ils ont mais n'oublient pas leurs frères. "Il est évident que notre expérience à l'étranger est un plus. Nous essayons de transmettre ce que nous avons appris en club et je crois que le reste de l'équipe peut apprendre de nous. Et puis nous avons une certaine responsabilité car nous savons que si l'équipe brille ici, certains autres joueurs auront peut-être eux aussi des opportunités à l'étranger", mentionne Ousman.

Pour ce faire, il faudra obtenir un bon résultat face au Portugal. Un nul suffirait, mais ce serait sans doute jouer avec le feu. "Nous allons coller au plan que l'entraîneur nous aura concocté pour ce match. En deuxième période face au Mexique, nous avons perdu notre concentration, en particulier après qu'ils aient ouvert la marque. Nous ferons en sorte que ça n'arrive pas cette fois", assène Ousman. Et après, les huitièmes. "N'importe quelle équipe est la bienvenue, nous l'attendons de pied ferme !", assurent Tijan et Ousman en cœur. Vu l'enthousiasme et la solidarité des Baby Scorpions, on n'aimerait pas être l'équipe qu'ils rencontreront...