Il y a quatre ans aux Emirats arabes unis, deux néophytes chez les U-20, le sélectionneur Thomas Rongen et son prodige de 14 ans, Freddy Adu, avaient failli souffler une place en demi-finale à la pleïade de stars argentine. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont de retour en quarts, mais avec un statut différent : Rongen est aujourd'hui un sélectionneur expérimenté et Adu un capitaine créateur de 17 ans.

FIFA.com a réalisé une interview exclusive avec l'ancien joueur de l'Ajax, afin de comprendre le secret du succès américain, du style de son équipe et de sa motivation. Le Néerlandais a également signifié son espoir de surpasser l'obstacle autrichien à Toronto pour aller plus loin dans la compétition.

FIFA.com : Lors du tirage au sort officiel de Canada 2007, vous nous aviez dit avoir rarement eu sous vos ordres une aussi bonne équipe que cette sélection américaine. Il ne s'agissait donc pas de fanfaronnades...
Thomas Rongen : (Rires). J'ai toujours cru en cette équipe, mais on ne peut jamais savoir ce qui va se passer pendant une phase finale. Après un an et demi de préparation, de qualifications et de collaboration, je savais que nous avions une très bonne équipe. Toute équipe jouant une Coupe du Monde pense qu'elle peut passer le premier tour. Nous avons raisonné comme cela et nous avons atteint notre objectif.

Non seulement vous avez atteint le second tour, mais en plus, vous avez pratiqué un jeu très offensif et très élégant en battant la Pologne 6:1 et le Brésil 2:1...
C'est vrai, quand on regarde les stats, on voit que nous avons marqué beaucoup de buts sans en prendre trop. C'est toujours positif. En arrivant ici, nous savions notre équipe capable de mettre des buts, donc le secteur offensif ne m'inquiétait pas outre mesure.

Et le secteur défensif...
Ecoutez, c'est intéressant. J'ai découvert que nous étions un peu plus solides derrière que je ne le pensais avant le début de la compétition. Il existe un très bon équilibre dans l'équipe, une volonté de la part de tous les joueurs de se fondre dans le concept défensif de l'équipe. D'ailleurs, vous remarquerez que même nos joueurs créatifs et techniques, comme Adu, se replient et viennent faire leur part du travail en défense. Cela a été essentiel pour nous. Certaines de nos individualités ont été énormes, mais collectivement, nous nous sommes vraiment forgé une identité propre ici, au Canada.

A cet égard, vous avez dû apprécier la performance rageuse de votre équipe contre l'Uruguay. Menée au score, elle est allée chercher la qualification pour les quarts en prolongation...
Oui, bien sûr, je savais que tactiquement et techniquement, nous étions exactement à notre place. Et physiquement, les joueurs américains sont toujours capables de s'imposer. Cela dit, je ne savais pas s'ils allaient être capables, sur le plan émotionnel, de se tirer d'une situation aussi difficile... Et là, les joueurs m'ont montré qu'ils ont du cran. Nous sommes allés chercher ce résultat avec les tripes contre un adversaire roublard. Nous avons fait preuve de beaucoup de personnalité. Et cette personnalité, c'est le petit plus dont a besoin une équipe qui a l'occasion d'accéder au dernier carré.

Vous et Adu avez déjà connu cette situation par le passé. En quart de finale d'EAU 2003 contre l'Argentine, vous avez perdu sur le fil après avoir encaissé un but égalisateur de Javier Mascherano à la quatrième minute du temps additionnel. Avez-vous envie de réparer cela au Canada ? Avez-vous tiré des enseignements de cette défaite ?
C'est marrant. Avec Freddy (Adu), nous avons parlé de ce match et nous avons dit à toute l'équipe combien cette situation est difficile à gérer. EAU 2003, c'était ma première Coupe du Monde U-20, j'ai beaucoup appris. A l'époque, nous étions un peu trop contents d'avoir atteint les quarts de finale d'une Coupe du Monde. Nous étions un peu trop satisfaits de ce parcours. Mais j'ai dit à ces garçons qu'aujourd'hui, ils ont le niveau pour aller plus loin. Ici, nous ne devons pas nous contenter de ce que nous avons déjà accompli.

Ressentez-vous une certaine nervosité chez cette équipe, qui est si près du dernier carré ?
Non, nous ne sommes pas du tout dans cet état d'esprit. Chaque match doit être préparé de la même façon. Il faut se concentrer sur l'adversaire et ne pas se faire surprendre en regardant trop loin. L'Autriche va être un adversaire coriace.

En parlant de l'Autriche, à quoi vous attendez-vous de la part de cette équipe ?
Les Autrichiens sont costauds et extrêmement bien organisés. Ils n'ont peut-être pas de grande star, mais ils forment une équipe dont il faut toujours se méfier. Ils ont fait match nul avec le Congo, qui a une très bonne équipe, et avec le Chili, qui est encore meilleur. Ensuite, ils ont battu les Canadiens puis les Gambiens... Il va falloir être prêts à en découdre. Ce match va être encore plus rude et plus serré que contre l'Uruguay. Nous savons que ça va être stressant. L'Autriche n'a pas marqué beaucoup de buts, mais elle n'en a pas pris beaucoup non plus. Au dernier match, le meilleur buteur (Erwin Hoffer) est sorti du banc pour inscrire le but de la victoire... Pas mal comme profondeur de banc, non ?

Il n'y a pas si longtemps, les équipes américaines procédaient par longs ballons et se montraient assez naïves sur le plan tactique. Ici au Canada, vos joueurs surprennent tout le monde en pratiquant un jeu très agréable à base de passes courtes. Comment s'explique cette métamorphose ?
Ici, tout est question de résultats, j'en suis conscient. Mais ça fait plaisir de recevoir des appels de collègues aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, qui me disent : "c'est l'une des meilleures équipes américaines de tous les temps, aussi bien techniquement que tactiquement". Pour moi, c'est ça le plus important. C'est important qu'un jeune pays de football comme le nôtre pratique un jeu offensif et attractif. Chez les jeunes, la façon de jouer est finalement plus importante que les résultats. Nous faisons d'immenses progrès. On commence à entendre dire que ça joue bien au football aux Etats-Unis. C'est rare d'entendre ça.