Dans le légendaire couloir de Wimbledon, les plus grands joueurs de tennis sont accueillis par un vers du poème Si, du célèbre écrivain anglais Rudyard Kipling :
"Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre, et traiter ces trompeurs de la même façon..."
Des mots qui évoquent l'essence même de l'esprit sportif, exhortant les joueurs à ne pas célébrer à l'excès leurs succès ou se laisser consumer par le désespoir après leurs échecs. Des mots édifiants qui résument bien le parcours en Coupe du Monde U-20 de la FIFA de Tomas Pekhart...
En quatre jours, le jeune attaquant tchèque est en effet passé du "désastre" au "triomphe". Après avoir vu son tir au but des huitièmes de finale contre le Japon s'écraser sur le poteau, à Victoria, il n'a pas raté le coche des onze mètres pour offrir la victoire aux siens face à l'Espagne, dans le stade du Commonwealth d'Edmonton.
Une expérience très formatrice, qui a surtout appris au pensionnaire de Tottenham Hotspur à garder la tête sur les épaules du haut de son 1,90 m, comme en témoigne son interview exclusive pour FIFA.com.
"Lorsque mon tir a touché le poteau, contre le Japon, j'ai vécu mon plus grand cauchemar de cette Coupe du Monde, c'est certain. J'étais complètement démoralisé, abattu... je ne sais même pas comment l'expliquer. Pour réussir un penalty, il faut bien viser et aussi avoir un peu de chance. Moi je n'en ai pas eu", déclare-t-il.
"Un grand soulagement"
"Quand je me suis avancé pour la nouvelle séance de
tirs, j'imagine que j'étais plus stressé que les autres.
Mais je n'ai pas reculé et j'ai marqué ce qui est devenu le
tir au but de la victoire. Ç'a été un grand soulagement. Je
n'ai même pas songé à me débiner. Pour moi, c'est clair :
quand on rate un penalty, il faut en tirer un autre le plus tôt
possible pour se remettre de l'échec et revenir sur ses
dernières impressions. C'est ce que j'ai réussi à faire.
Pour devenir un grand footballeur, il faut avoir du caractère et
être fort".
"On a été versés dans un groupe difficile. Pour notre premier match, on a joué contre l'Argentine, tenante du titre et grande favorite de la compétition. Mais le quart de finale contre l'Espagne était encore plus dur puisqu'une défaite était synonyme d'élimination. Avant la compète, on s'était dit que ce serait bien d'atteindre les huitièmes de finale. Mais on est allés encore plus loin, c'est encore mieux !" s'enthousiasme-t-il.
"J'ai joué contre l'Espagne l'an dernier, en demi-finales du Championnat d'Europe U-17. Maintenant que je l'ai battu deux fois, je ne garde que des bons souvenirs de ce pays".
Avant le coup d'envoi de cette rencontre décisive, Miroslav Soukup a confié à FIFA.com que peu lui importait que son équipe doive à chaque fois passer par l'épreuve de vérité du moment qu'elle gagnait. Forcer les prolongations puis les tirs au but serait-il une stratégie du sélectionneur de la République Tchèque ? "Pas du tout !" s'esclaffe l'attaquant.
Aujourd'hui, Pekhart se prépare pour la rencontre de demi-finale de mercredi, à Edmonton. "Il faudra se méfier de l'Autriche. On était donnés perdants contre l'Espagne mais là on sera peut-être favoris. Comme on l'a battue l'an dernier en Championnat d'Europe, les gens vont sans doute s'attendre à nous voir gagner. Je me souviens que lorsque je suivais le tournoi de chez moi, à Londres, l'été dernier, je n'arrêtais pas de me répéter : 'Allez les gars, envoyez-moi au Canada !'. Mais je ne m'attendais vraiment pas à être là. Je ne savais pas du tout comme ça allait être, je n'avais encore jamais participé à une Coupe du Monde."
L'optimisme au rendez-vous
"Maintenant, tout est possible. Regardez par exemple les
Etats-Unis. Ils étaient favoris mais ça n'a pas empêché
l'Autriche de les battre. Elle joue si bien ! J'espérais
cette victoire parce que c'est un pays voisin, mais j'ai
quand même été surpris de sa victoire. Les Etats-Unis avaient
montré de grandes choses dans leur groupe et je pensais qu'ils
seraient plus difficiles à battre pour nous", poursuit
l'attaquant.
"Notre parcours a suscité beaucoup d'enthousiasme au pays et intéressé beaucoup de gens. J'espère que ça va continuer. On peut gagner mais tout reste à faire. D'après mes pronostics, on va battre l'Autriche 1:0, et c'est moi qui marquerai... Enfin, c'est mon rêve..."
Le poème de Kipling se termine sur les vers :
"Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
A toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu seras un Homme, mon
fils."
A 18 ans, le souriant Pekhart n'est peut-être pas encore prêt à revendiquer la Terre entière. Mais si, dans quatre-vingt dix minutes, le trophée de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA se profile à l'horizon, il ne reculera pas devant le défi.


