Depuis le début de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Erwin "Jimmy" Hoffer a beaucoup fait parler de lui. Pourtant, le buteur autrichien est un homme plutôt discret en dehors du terrain.

L'attaquant du Rapid Vienne a largement contribué à la cause de son équipe en inscrivant trois buts depuis le début du tournoi. L'exploit est d'autant plus remarquable que, depuis les huitièmes de finale, Hoffer débute tous les matches sur le banc des remplaçants. Cela ne l'a pas empêché de se trouver à point nommé pour inscrire par deux fois le but de la victoire, d'abord face à la Gambie, puis contre les Etats-Unis.

Le jeune homme avait également réussi ses débuts dans la compétition, puisqu'il ne lui avait fallu que sept minutes pour trouver le chemin des filets lors de l'entrée en lice de l'Autriche. Tenus en échec (1:1) par le Congo à Edmonton, les Autrichiens ne s'attendaient peut-être pas à retrouver le Commonwealth Stadium deux semaines plus tard pour y affronter la République tchèque en demi-finales.

Depuis quelques jours, Paul Gludovatz doit faire face à un déluge de questions en provenance des nombreux observateurs, qui ne comprennent pas comment le sélectionneur peut laisser un joueur de ce calibre sur le banc de touche. Par dérision, ou peut-être pour détourner l'attention, le technicien autrichien a jusqu'ici livré une multitude de réponses différentes. Il a ainsi confié qu'il voyait en son jeune buteur le joker dont son équipe avait besoin pour faire la différence en prolongation.

Gludovatz a également glissé sur le ton de la plaisanterie que Hoffer avait signé un contrat en vertu duquel il s'engageait à marquer à chaque fois qu'il entrerait en jeu. L'explication la plus vraisemblable demeure cependant que la star autrichienne, ayant beaucoup donné lors des trois premiers matches, a besoin de souffler un peu.

Dans ses conditions, le sélectionneur pannonien préfère sans doute faire entrer son attaquant vedette en fin de match, lorsque sa fraîcheur physique peut faire la différence. En outre, les bonnes performances de Rubin Okotie, déjà auteur de deux buts, l'ont sans doute convaincu de faire jouer la concurrence au sein d'une équipe habituée à évoluer avec un seul attaquant de pointe.

Le premier supporter
Interrogé par FIFA.com, Hoffer s'explique : "Ce n'est jamais agréable de débuter sur le banc, mais je fais toujours partie de l'équipe. J'en profite pour encourager mes partenaires qui sont sur le terrain. Evidemment, je suis plus à l'aise lorsque j'entre en jeu. Je suis très satisfait de la façon dont les choses se déroulent depuis le début du tournoi. L'équipe obtient de très bons résultats, alors il n'y a aucune raison de se plaindre".

"C'est formidable de jouer pour son pays. Je ne me soucie pas trop de savoir qui va marquer, même si je dois avouer que le fait d'inscrire le but de la victoire reste quelque chose de très spécial. Tout est possible face aux Tchèques et nous avons bien l'intention de tout faire pour atteindre la finale. Je crois que nous en sommes capables. En arrivant ici, nous ne savions vraiment pas ce qui nous attendait, car nous n'avions jamais disputé une compétition de ce genre. Nous avons bien débuté et, par la suite, nous avons continué notre progression. Aujourd'hui, nous voilà en demi-finales."

L'effet Hoffer s'était déjà fait sentir l'été dernier, lors du Championnat d'Europe U-19 en Pologne. Discret lors des éliminatoires, le jeune prodige avait inscrit quatre buts au cours des trois matches de poules, avant de manquer la demi-finale contre l'Espagne pour cause de suspension. Depuis, les Canadiens ont appris à connaître sa façon très particulière de fêter chacune de ses réalisations, l'index pointé vers le banc de touche. Pourtant, Hoffer a beaucoup changé au cours des douze derniers mois. En Pologne, l'attaquant portait les cheveux longs. Cette année, il arbore une coupe beaucoup plus sage, tout juste agrémentée d'un surnom, Jimmy, tondu au-dessus de son oreille gauche.

Un surnom étrange
Ce sobriquet lui vient en fait de l'un de ses anciens entraîneurs, qui avait remarqué la similitude entre son nom et celui de Jimmy Hoffa, le célèbre président du syndicat des camionneurs américains. Pourtant, le jeune homme avoue volontiers ne rien connaître de la vie de son illustre homonyme. Apparemment, Erwin n'a pas vu le film de 1992 dans lequel Jack Nicholson incarnait le syndicaliste à la réputation sulfureuse, disparu dans la banlieue de Detroit en 1975, quatre ans après avoir purgé une longue peine de prison pour avoir tenté de corrompre un grand juré. Certes, les deux personnages n'ont pas grand-chose en commun, mais l'attaquant autrichien assure qu'il s'est attaché à ce surnom.

Hoffer vient d'une famille nombreuse. A chacune de ses sorties, ses cinq sœurs et ses trois frères se réunissent dans le restaurant tenu par les parents de sa fiancée, Jasmin. Le rituel va toutefois changer pour les demi-finales, puisque toute la famille a rendez-vous au domicile des parents Hoffer, à Baden. Bien entendu, tout le monde espère que Erwin inscrira, pour la troisième fois consécutive, le but de la victoire qui permettrait à l'Autriche de retrouver l'Argentine ou le Chili en finale le 22 juillet prochain.

"Nous entendons beaucoup parler de ce qui se passe actuellement en Autriche, mais nous ne savons pas exactement quelle est la situation. Pour être franc, nous n'avons aucune idée de ce qui nous attend à notre retour. J'imagine que, si nous gagnons la Coupe du Monde, nos vies vont un peu changer, mais pour le moment, j'ai autre chose en tête."