Laurel Ivory est solide. Avec un tel nom, ça semble évident, tout comme le fait qu’elle évolue en… défense, en l’occurrence au poste de gardienne de but. Tellement solide qu’il en devient difficile de compter ses arrêts lors des trois matches disputés par les Etats-Unis à la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA, Jordanie 2017. Malheureusement, cela n’a pas suffi pour obtenir une qualification pour le deuxième tour, après deux défaites contre le Ghana et le Japon, les deux fois en menant au score avant de se faire remonter puis dépasser.

Si Laurel est solide sur sa ligne, elle l’est au moins autant dans sa tête. La preuve lorsqu’elle quitte la pelouse de l’International Stadium d’Amman quelques minutes après la défaite 2:3 contre les Japonaises, synonyme d’élimination. La tête haute, la mâchoire serrée et les yeux plissés, elle regarde la réalité en face, décidée à assumer la situation sans se laisser abattre par la déception. "Ce sont deux matches malheureux, des matches que l’on devait et pouvait gagner. Malheureusement, on n’a pas obtenu ce qu’on voulait", entame-t-elle lorsque FIFA.com lui rappelle le scénario similaire des deux dernières rencontres.

Si elle admet qu’au bout du compte, la meilleure équipe l’a emporté, elle estime aussi que pendant de longues minutes, la meilleure équipe, c’était justement la sienne. "Le Japon était vraiment en difficulté, mais je suis sûr qu’il s’est passé quelque chose mentalement à la mi-temps. Elles avaient besoin de revenir et elles ont totalement changé le cours du match", reconnaît le dernier rempart américain qui, malgré les trois buts encaissés, a multiplié les interventions décisives. "J’ai donné le maximum pour les en empêcher et j’ai essayé d’aider mes coéquipières du mieux que je pouvais. Elles ont été fantastiques en première mi-temps, surtout défensivement, mais on n’a pas réussi à tenir tout le match."

Alors que certaines de ses coéquipières continuent à pleurer de longues minutes dans le vestiaire, Ivory a déjà dépassé ce stade et laisse derrière elle sa performance individuelle. "C’est quelque chose dont nous avons rêvé depuis toutes petites, de jouer une Coupe du Monde, et ce rêve a pris fin ce soir. Donc c’est difficile de retenir quelque chose de positif", assure la gardienne de West Florida Flames. "J’ai donné le meilleur de moi-même et essayé de mettre mon équipe dans les meilleures conditions mais si à la fin ça ne suffit pas pour gagner, on ne peut pas se satisfaire d’une bonne performance. "

Le futur en jeu
C’est l’une des leçons que Laurel retiendra de son expérience jordanienne. "J’ai énormément appris dans ce tournoi, c’est un changement de vie", estime le Gant d’Or du Championnat Féminin U-17 de la CONCACAF 2016. "C’est ma première Coupe du Monde, ma première expérience dans des conditions quasiment de football professionnel. J’ai vraiment adoré ça, et je veux vraiment continuer dans cette voie."

Ce rêve d’un avenir dans le football ne date d’ailleurs pas de cette première apparition sur la scène mondiale. Passionnée de ballon rond depuis ses premiers ballons tapés à l’âge de quatre ans, Laurel avait été dévastée lorsqu’elle n’avait pas été retenue dans une sélection régionale à l’été 2013. Sa mère Jackie l’avait alors réconfortée en lui assurant que la poursuite de son objectif n’était pas un sprint, mais un marathon. Une vision sur le long terme que la jeune gardienne garde en mémoire maintenant que l’aventure au Moyen-Orient a pris fin.

"Bien sûr, gagner cette Coupe du Monde U-17 aurait-été fantastique. Mais nous voyons aussi que nous ne l’avons jamais gagnée, mais qu’au niveau des seniors nous sommes championnes du monde", fait remarquer celle qui a intégré la formation nationale en septembre 2015. "C’est une philosophie sur le long terme. C’est toute notre carrière et notre futur dans le football qui sont en jeu. Nous avons toutes des ambitions d’aller en jour dans l’équipe seniors, et ce tournoi est déjà un grand pas. On a besoin de connaître l’atmosphère d’une compétition mondiale, on a besoin de savoir ce que c’est de perdre, et ce qu’on ressent dans ces situations. Tout ce que nous avons vécu ici est important pour l’avenir de cette équipe", conclut-elle.