Dans une petite cabane de fortune faisant office de bar et devant quelques verres, James Sunday Mathew raconte une histoire qui vaut le détour : la sienne. Né à Akina Ibom mais élevé à Lagos, James - "Jammy" pour les intimes - a toujours eu une passion sans bornes pour le football.
Dans un environnement difficile, marqué par une pauvreté écrasante, le ballon rond lui a permis de donner un sens à sa vie. Son seul regret : ne pas avoir réussi à se faire engager par un club. "Mes créations viennent d'une frustration." Comme tout footballeur qui se respecte, il préfère le jus de fruit à la bière. "Aucun club ne voulait me donner de contrat. Je pense être un bon joueur, mais ça ne suffit pas."
C'est de cette frustration qu'est née une forme d'expression dans laquelle James est devenu expert : le jonglage. Sa technique en la matière confine au surnaturel. Son équilibre, son toucher, sa maîtrise totale de la balle ont fait de lui un vrai héros populaire dans son pays natal. "Je me considère comme un artiste. Ce que je fais est une forme d'expression, un cadeau de dieu que j'ai ensuite perfectionné par le travail." Depuis le début de Nigeria 2009, James intervient à la mi-temps de chaque match au stade U.J. Esuene de Calabar, pour proposer une animation au cours de laquelle il enlève ses vêtements, boit un Coca-Cola et effectue des contorsions, le tout sans que le ballon touche terre. "Ce n'est rien. J'arrive à faire tenir le ballon en équilibre sur mon cou en conduisant une moto", poursuit-il un pied sur le ballon qui ne le quitte jamais et les yeux brillants de fierté.
Sous une pluie... d'applaudissements
Sa deuxième intervention dans le tournoi a été un véritable tour de force. Alors qu'une pluie torrentielle s'abattait sur le stade lors du match entre la Colombie et l'Iran, la plupart des spectateurs cherchaient désespérément refuge. Pas James. Sous des trombes d'eau, il a fait son entrée sur la pelouse, paré de la tête aux pieds de la tenue de l'équipe nationale du Nigeria, et proposé son spectacle devant un public à la fois médusé et enthousiaste. Chaque mouvement de sa routine déclenchait un tonnerre d'applaudissements.
"Je vie de l'appréciation", explique James, qui se produit souvent à l'occasion des matches internationaux des Super Eagles et a même été invité à la cérémonie du Joueur africain de l'année. "Ça m'apaise, tout en me donnant beaucoup de fierté. La pluie ne m'a pas du tout gêné. J'ai un boulot à faire et je le fais", continue-t-il en montrant des photos sur lesquelles on le voit jongler devant des légendes du football nigérian, comme Jay Jay Okocha et Sunday Oliseh.
Aujourd'hui âgé de 25 ans, James n'a pas d'autre occupation et ne cache pas que financièrement, il galère. Malgré toute la fierté que lui procurent son talent et ses performances, la tristesse n'est jamais longue à poindre dans ses propos. "C'est juste à la mi-temps d'un match de foot", dit-il en jouant avec sa bouteille de jus de fruit. "Je suis footballeur dans l'âme. Je préférerais être dans les vestiaires, avec l'équipe, plutôt qu'en train de faire un spectacle sur la pelouse."
Pluie ou pas, James conclut toujours sa représentation de la mi-temps par une volée de 50 mètres dans le but vide. Cette fois, le ballon passe légèrement à côté, ce dont le public ne lui tient pas grief, bien au contraire. "J'ai loupé à cause de la pluie", dit-il en regardant vers le sol, avec un sourire qui a du mal à se dessiner.

