Arrivée au Nigeria avec l'étiquette de Petit Poucet, la Nouvelle Zélande a déjoué tous les pronostics en se qualifiant pour le deuxième tour, une première dans l'histoire du football kiwi en compétition de la FIFA. Auteur d'un but spectaculaire dans les arrêts de jeu, le milieu de terrain Jack Hobson-McVeigh a sauvé le point du nul contre la Turquie (1:1) et propulsé les champions d'Océanie en huitièmes.
C'est un tour de force d'autant plus remarquable qu'il s'agit de la seizième participation de la Nouvelle-Zélande à un tournoi de la FIFA. Les jeunes All Whites ont avancé à pas de géant depuis Egypte 1997, leur première Coupe du Monde U-17 de la FIFA où ils avaient encaissé un 0:13 face à l'Espagne, record de la plus lourde défaite dans cette épreuve. Les progrès accomplis en un peu plus de dix ans témoignent du chemin parcouru par le football dans le fief de l'ovalie de quelque quatre millions d'habitants.
Une chance sur un million
Les Kiwis ont abordé leur dernier match de poule samedi à Calabar, conscients de devoir soit vaincre pour se classer deuxième, soit obtenir au moins le nul pour conserver une chance de qualification. L'annonce de la défaite des Pays-Bas devant l'Iran, faite juste avant leur entrée sur la pelouse, a nettement simplifié les choses, puisqu'il leur suffisait désormais d'arracher l'égalisation pour rester en course. A 90 minutes d'entrer dans l'histoire, les insulaires devaient encore franchir l'obstacle ottoman, mission difficile au vu des deux victoires éclatantes remportées jusque-là par les jeunes Turcs.
Comme lors de leurs précédentes sorties, les All Whites se sont laissés dominer par leurs adversaires, dont la plupart des offensives restaient pourtant limitées à des tirs à distance. Après l'ouverture du score turc à la 17ème minute, le tableau d'affichage est resté figé malgré de nombreuses occasions de part et d'autre. Le combat héroïque des Néo-zélandais semblait voué à l'échec jusqu'à ce que, dans les toutes dernières secondes de la rencontre, Jack Hobson-McVeigh tente une frappe improbable des 40 mètres.
"J'ai vu le ballon arriver, je l'ai contrôlé, j'ai feinté un défenseur qui approchait, et puis j'ai frappé. J'ai tout de suite senti que c'était bon", raconte le milieu d'Auckland d'origine britannique. "J'aurai beau retenter ce tir un million de fois, jamais je ne le réussirai aussi bien. J'ai su qu'il y avait but avant même de voir le ballon entrer dans la cage. C'est un sentiment extraordinaire d'être l'auteur du but qui fait entrer son pays dans l'histoire du football. Tout le monde en parle encore aujourd'hui. A la fin du match, les caméras nous attendaient, on aurait dit qu'on avait gagné la Coupe du Monde, c'était fabuleux. Mais les rencontres vont devenir de plus en plus compliquées maintenant."
Un nouveau visage
Après sa campagne désastreuse de 1997, la Nouvelle-Zélande s'est plutôt bien défendue dans l'épreuve reine des U-17. En 1999, elle a signé sa première victoire dans un tournoi de la FIFA à domicile contre la Pologne, et même si elle est rentrée bredouille de Corée 2007, elle n'en a pas moins mené la vie dure à ses adversaires. Cette année, ses deux matches nuls contre le Costa Rica et le Burkina Faso annonçaient le moment de gloire vécue à Calabar par les jeunes héros du "pays du long nuage blanc".
"A quelques minutes de la fin, je me suis dit pour la première fois en six mois qu'on allait échouer", avoue l'entraîneur Steve Cain. "Je m'en veux de l'avoir pensé", ajoute-t-il. "J'ai simplement eu l'impression que la chance n'était pas avec nous et qu'on n'y arriverait pas. Je dois féliciter mes garçons d'avoir tenu le choc."
"C'est extraordinaire, c'est un tournant historique pour notre pays", poursuit Cain du bord de la piscine où ses jeunes protégés se relaxent après leurs efforts de la soirée d'hier. "A présent, nous devons rester sur cette voie pour que cela devienne la norme, et non l'exception. Nous sommes impatients d'affronter le Nigeria. Mes joueurs vont beaucoup apprendre à cette occasion. Et croyez-moi, il n'aura pas la tâche facile. Nous ne jetterons l'éponge devant personne. Nous sommes prêts."

