La Turquie championne du monde ? Peu de monde aurait parié sur une telle conclusion de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Nigeria 2009. Certes, nous n'y sommes pas encore et il y a encore trois obstacles à passer avant de voir les Turcs soulever le trophée, mais si le scénario se produit, un homme pourra se vanter d'avoir été visionnaire.
Abdullah Ercan, sélectionneur des U-17 turcs, a réussi à transformer en quelques mois une formation qui s'était qualifiée in extremis pour l'épreuve mondiale, en une machine désormais capable de la remporter. Trois victoires et un nul - et encore, la Nouvelle-Zélande a égalisé dans le temps additionnel - ont fait croître la confiance et l'ambition dans la tête des jeunes Ottomans. "Jusqu'à présent, je suis très satisfait de nos performances dans ce tournoi", confirme Ercan au micro de FIFA.com avant de quitter Enugu pour rallier Bauchi, où ses protégés affronteront la Colombie en quart de finale. "Ce qui m'impressionne particulièrement, c'est l'envie et la rage de vaincre qui émanent de mes joueurs, même pendant la préparation."
Cette soif de victoire a sauté aux yeux des spectateurs qui ont suivi les rencontres du Groupe D, et particulièrement aux trois adversaires des Turcs, qui étaient aux premières loges. Le Burkina Faso et le Costa Rica n'ont résisté que trois minutes avant de plier, alors que les Kiwis ont tenu 17 minutes avant de voir leurs filets trembler. En huitième de finale, les Européens ont même battu leur propre record dans le tournoi en frappant dès la deuxième minute contre les Emirats Arabes Unis. Un bilan qui aurait de quoi rendre heureux n'importe quel entraîneur.
Viser les sommets
Pas le perfectionniste Ercan. "Nous avons encore quelques problèmes pour utiliser au maximum les qualités de certaines individualités pour qu'elles apportent encore plus au jeu collectif", explique l'ancien international turc aux 71 sélections. "D'un autre côté je ne dois pas être trop exigeant. Ce genre de comportement arrive automatiquement avec le temps et le travail. En revanche, ce que nous devons régler au plus vite, c'est de concéder moins d'occasions à nos adversaires, et inversement, nous en procurer davantage."
N'empêche que si les jeunes représentants d'Ay Yıldız (la "lune étoilée", surnom de la sélection turque) affichent le même réalisme offensif (8 buts marqués), tout en conservant la même rigueur défensive (2 buts encaissés), ils ne devraient pas être loin de la couronne mondiale, l'objectif avoué de l'entraîneur. "Nous visons le sommet, c'est la manière la plus efficace pour progresser", reconnaît l'ancien milieu défensif de Galatasaray et Fenerbahçe. "Mais pour y parvenir, le meilleur moyen est de se concentrer et de donner le meilleur de soi-même lors de chaque rencontre. Je veux avoir l'impression que mon équipe s'améliore de match en match".
La victoire et la formation
Mais cet objectif à court terme ne saurait être dissocié du projet de formation dans lequel s'est engagé Ercan. "Comme tout sélectionneur d'une catégorie de jeunes, je souhaite le plus de joueurs possibles intégrer l'équipe nationale à long terme. C'est plus important que de gagner." Mais fidèle à son esprit de vainqueur qui lui avait permis de monter sur la troisième marche de la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002, il s'empresse d'ajouter : "Mais si on peut faire les deux, c'est encore mieux."
Car Ercan est conscient qu'il a sous ses ordres un effectif capable d'atteindre ces objectifs. "Nous avons un potentiel extraordinaire avec cette génération. Le football turc se prépare à un bel avenir", conclut-il avant d'embarquer avec ses troupes pour Bauchi. C'est justement là que se joue le futur immédiat de son équipe, avec une place de demi-finaliste de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA à la clé.

