"Quand je vois les jeunes ici, tous nerveux avant leur match, de nombreux souvenirs et émotions me reviennent à l'esprit", sourit Juan Francisco Viveros, surnommé Pancho. Buteur de la sélection chilienne lors de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Égypte 1997, il n'aurait jamais imaginé 18 ans après revivre de près ce rendez-vous, cette fois-ci de l'autre côté de la ligne de touche. "Participer à l'organisation d'un tel événement était complètement nouveau pour moi, mais j'ai adoré. Ce qui est sûr, c'est que c'est très intense ! Les derniers mois, j'ai perdu quatre kilos", reconnaît-il en riant.

Pancho, directeur de la ville hôte de Chillán pour cette Coupe du Monde U-17 au Chili, reçoit FIFA.com dans "son" stade, le Nelson Oyarzún Arenas. "Prendre part à ce Mondial en tant qu'organisateur, ça a changé ma vie. Quand j'ai arrêté ma carrière de footballeur, j'étais persuadé que je voulais être technicien. Je le pense toujours d'ailleurs, mais j'ai eu la possibilité de travailler dans l'organisation d'événements sportifs, quelque chose que je n'aurais jamais imaginé faire, mais qui m'a plu. J'ai appris beaucoup de choses durant le tournoi qui, j'en suis sûr, me seront utiles à l'avenir", raconte-t-il, le sourire aux lèvres.

De la Coupe du Monde à l'Europe
Comme il y a quelques années, une Coupe du Monde a une nouvelle fois bouleversé sa vie. "Après le Mondial, des clubs du monde entier m'ont fait des propositions. Le Sporting Portugal est même venu jusqu'en Égypte pour me signer. À la fin de la compétition, j'ai pu rentrer une semaine au Chili pour prendre mes affaires avant de rejoindre le Portugal. J'avais 17 ans et je suis devenu le plus jeune joueur chilien à aller en Europe", souligne-t-il.

Cela a été un changement énorme pour lui et sa famille. "Je n'avais même pas fêté mes 18 ans. J'étais trop jeune pour vivre seul, donc ma famille a dû se séparer. Ma mère est restée au Chili avec mon grand frère, qui étudiait à l'université, et mon père et mon petit frère sont venus au Portugal avec moi. Tous les trois mois environ, mon père rentrait à la maison et ma mère venait me voir… Je leur en serai toujours reconnaissant. Depuis le début, ils m'ont soutenu et ont été à mes côtés", se souvient-il.

Il a passé cinq saisons avec le Sporting, remportant un titre de champion, et y a vécu des moments importants de sa vie. Tout ceci grâce à une Coupe du Monde à laquelle il a failli ne pas prendre part. "Alors que j'inscrivais beaucoup de buts dans mon club, Huachipato, je n'avais pas été choisi dans la première présélection. Mais j'ai continué à mettre des buts et ils m'ont finalement appelé", se souvient-il. Il n'a par la suite pas arrêté de faire trembler les filets. "J'ai fini meilleur buteur du Championnat d'Amérique du Sud !" Un certain Ronaldinho évoluait dans le même tournoi. "Je disais justement à mes coéquipiers que je trouvais qu'il boitait un peu… Et voyez ce qu'il a fait ensuite." Pancho se remet à rire.

Après ce Championnat d'Amérique du Sud, il est devenu l'attaquant à la mode au Chili. "Mes camarades de classe me demandaient des autographes, la presse locale me suivait… Je pense que je suis quelqu'un de simple donc, ni à ce moment-là ni après, je n'ai pris la grosse tête. Je le dois aussi à ma famille et à l'éducation que j'ai reçue", ajoute-t-il.

Deux expériences inoubliables
Ses chevilles n'ont pas non plus enflé, quand, des mois plus tard, il a joué devant 60 000 personnes. "Lors de la Coupe du Monde, quand nous avons joué contre le pays hôte, l'Égypte, le stade était plein. Nous avons été éliminés dès la phase de groupes. C'était dommage parce que cette sélection aurait pu faire mieux. Participer à un Mondial, ça ne s'oublie jamais", confie-t-il.

Auteur de deux réalisations lors d'Égypte 1997, il n'a pas été le seul parmi cette génération de footballeurs chiliens à devenir professionnel. "Huit joueurs de cette équipe, moi y compris, sont passés professionnels, en évoluant à un bon niveau au Chili, au Brésil, en Argentine, en Europe… Et nous avons gardé contact ! Deux d'entre eux, par exemple, suivent avec moi la formation d'entraîneur", raconte-t-il.

Ces derniers mois, avec l'organisation de la Coupe du Monde, Pancho a dû mettre de côté ses études, mais il compte bien s'y remettre maintenant. L'expérience, de toute façon, en vaut la peine. "Quand on a vu que Chillán allait accueillir le Mexique, l'Allemagne, l'Argentine et l'Australie, on s'est dit qu'on était particulièrement chanceux en tant que ville hôte. Beaucoup de gens sont venus au stade. Nous avons en plus accueilli la sélection hôte par la suite, ce qui a été la récompense ultime", reconnaît-il.

Qu'en est-il maintenant qu'il n'y a plus de rencontres à Chillán ? "Avec des expériences aussi intenses, on ne se rend pas compte de ce qu'on a réalisé tant que ce n'est pas fini et qu'un peu de temps a passé. C'est comme quand on est footballeur. Tant qu'on joue, on n'est pas conscient de sa carrière. Je n'ai pas encore vraiment eu le temps de me poser et d'y réfléchir mais quand je le ferai, je sais que je serai très fier."