Les larmes ont séché et les sourires fleurissent à nouveau sur les visages des Françaises. Claire Lavogez s'est faite à l'idée qu'elle ne rentrerait pas chez elle avec le trophée tant espéré. En revanche, la Bleuette sait que l'anonymat dans lequel elle évoluait jusqu'à présent appartient définitivement au passé. Désormais, ses qualités de meneuse sont connues et reconnues.

Elle s'est imposée comme l'une des grandes révélations du tournoi par son talent, sa vision du jeu et sa redoutable frappe de balle. Le rendez-vous U-20 canadien lui a permis de se faire un nom. Sur Internet, ses admirateurs sont nombreux. Son but somptueux face au Costa Rica a déjà été vu, revu et commenté par des millions de personnes à travers le monde. "Je ne m'attendais pas du tout à une telle réaction des internautes", confie-t-elle. "Sur le coup, je ne m'étais même pas rendu compte que ce but avait quelque chose d'exceptionnel. Ensuite, j'ai entendu que tout le monde en parlait. Quand j'ai compris ce qui se passait, je suis allée le revoir en ligne. C'était une belle surprise. Effectivement, ce but était nettement plus spectaculaire que dans mon souvenir."

Cette frappe résume à elle seule les qualités de Lavogez. Toutefois, on ne saurait réduire ses performances à son bijou. Elle risque fort de devoir investir dans de nouvelles valises. En quatre apparitions dans le tournoi, Lavogez a été élue trois fois Joueuse du Match Live Your Goals. Reste à savoir ce qu'elle compte faire de ces récompenses. "Je vais en donner une à mes parents, ça, c'est sûr !", annonce-t-elle. "Ils comptent beaucoup pour moi et je sais qu'ils sont fiers de ce que j'ai accompli. Je pense que je vais aussi en laisser un dans mon appartement. Quant au troisième… je n'en ai aucune idée pour l'instant. Dans l'ensemble, ce tournoi m'a bien réussi. En arrivant au Canada, je ne m'attendais pas à marquer tant de buts, ni à jouer un rôle si important sur le terrain. Mais le sélectionneur m'a demandé de prendre des responsabilités. Il m'a dit qu'il croyait en moi. J'ai essayé de montrer ce que je valais vraiment."

Rendez-vous dans un an ?
Encore sur son nuage, Lavogez a savouré chaque instant du périple canadien. "Tout ça ressemble à une merveilleuse aventure", estime-t-elle. "C'est fabuleux de voyager avec son équipe et de rencontrer d'autres gens. Mais nous avons aussi vécu beaucoup de grands moments sur le terrain. Je ne suis pas près d'oublier notre qualification pour les demi-finales. Il y a eu tellement d'émotions et de bons moments depuis le début de la compétition."

En revanche, la défaite contre l'Allemagne dans le dernier carré ne restera sans doute pas un bon souvenir, d'autant que la France avait dominé les débats de bout en bout. "Nous étions les meilleures, mais on ne perd pas un match sans raison", estime Lavogez, philosophe. "Dans notre cas, la réponse est simple. Dominer n'est pas gagner. Nous avons manqué d'efficacité dans le dernier geste. Nous sommes déçues, mais nous avons le sentiment d'avoir bien joué. Maintenant, nous sommes totalement concentrées sur le match contre la Corée du Nord. Nous allons tout faire pour rentrer avec une médaille."

Autre objectif pour la Française, mais à plus long terme, le secret espoir de revenir au Canada dès l'année prochaine. "J'aimerais disputer la Coupe du Monde", avoue-t-elle. "J'ai réussi de bonnes choses ici et on commence à parler de moi. Mais je n'ai encore jamais joué en équipe nationale, alors je ne me fixe pas d'objectifs précis."

Ces paroles sont frappées au sceau du bon sens, mais elles auraient aussi bien pu être prononcées avant le début de la Coupe du Monde Féminine U-20. En l'espace de quelques jours, Lavogez a prouvé qu'elle avait les moyens de dépasser toutes les attentes. Y compris les siennes.