Les grandes compétitions sportives sont rares en Papouasie-Nouvelle-Guinée et chaque événement fait l'objet d'une attention particulière. C'est donc fort logiquement que Port Moresby s'est laissé gagner par l'enthousiasme et la fièvre à l'approche de la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA, qui débute ce dimanche.  

L'équipe de Papouasie-Nouvelle-Guinée réunit des joueuses issues de toutes les régions du pays. La nation insulaire a la chance de posséder des paysages variés : de superbes côtes, des terrains montagneux accidentés et une collection de petites îles. Refléter cette diversité géographie au sein de la sélection n'est pas chose aussi facile qu'on pourrait le croire. La population est répartie sur l'ensemble de l'archipel et certaines destinations sont accessibles uniquement par la voie des airs ou au terme de voyages ardus.

Pour les représentantes du pays hôte, ce rendez-vous avec le reste du monde s'annonce riche en émotions. Mais deux joueuses en particulier, Nicollete Ageva et Joy Tsuga, ont dû parcourir un chemin atypique avant de pouvoir participer à ce grand moment. Les deux jeunes femmes entretiennent un lien étroit avec Bougainville, une île du nord du pays au passé marqué par des conflits indépendantistes et où la violence envers les femmes reste un douloureux problème, comme le soulignait une grande enquête de l'ONU dans la région en 2013. Cette problématique est au centre de la campagne #ENDviolence.

Un coup de pouce du destin
Grâce au football, Ageva a eu une opportunité de découvrir de nouveaux horizons. Elle était occupée à jouer au ballon avec ses amies quand le cours de son destin a brutalement changé, de façon aussi incroyable qu'inopinée. La grande attaquante a attiré l'attention d'un entraîneur de Just Play, le programme de développement de l'OFC. Celui-ci a suggéré aux responsables de l'équipe nationale de l'inviter pour un essai. Un an plus tard, la vie de cette timide jeune femme de 18 ans a totalement changé. 

"Quand je suis arrivée en sélection, j'avais très peur des autres joueuses", confie l'intéressée à FIFA.com. "Je suis restée dans ma chambre tout le temps. Mais je suis quelqu'un de très différent aujourd'hui !"

Ageva a su impressionner la sélectionneuse nationale Lisa Cole, ancienne internationale américaine, lors de son stage à Goroka. Elle se trouve désormais sous le feu des projecteurs, alors que le pays hôte s'apprête à faire son entrée en lice dans le tournoi face au Brésil, sur la pelouse flambant neuve du stade John Guise. Le terrain mal entretenu qui a servi de cadre à ses premiers exploits semble aujourd'hui bien loin, dans tous les sens du terme. 

Le père et la mère d'Ageva n'ont pas regardé à la dépense pour venir encourager leur fille. "Je me sens fière de moi et très excitée", poursuit-elle lorsqu'on l'interroge sur le grand jour. "Je vais faire de mon mieux pour tous les spectateurs. J'ai vraiment hâte de jouer mon premier match."

La milieu de terrain Tsuga possède également de la famille à Bougainville. Elle y a même passé quelques années, même si elle considère avoir grandi à Port Moresby. La jeune femme vient d'une famille qui entretient une relation privilégiée avec le football : son père était inspecteur des arbitres pour le compte de la Fédération de Port Moresby de football et son frère jouait avec passion. Malheureusement, tous deux ont récemment perdu la vie, le second dans un accident de la route.   

"C'est dur de perdre deux membres de sa famille. Ils seront toujours dans mon cœur", affirme Tsuga, au bord des larmes. Elle n'est toutefois pas seule, puisqu'elle peut compter sur le soutien de deux sœurs… également footballeuses. "Mon petit frère ne joue pas, mais peut-être qu'il deviendra raisonnable en grandissant", poursuit-elle dans un sourire. Malgré son gabarit modeste, l'internationale semble taillée pour relever tous les défis.

L'attente touche à sa fin
Tout le pays attendait avec impatience d'accueillir le reste de la planète pour cette Coupe du Monde Féminine U-20. Bien entendu, les membres de la sélection ont trouvé le temps particulièrement long. "Tout est différent maintenant", lance Tsuga. "Les choses sérieuses commencent. Nous nous entraînons depuis si longtemps. Nous avions l'impression que les horloges tournaient au ralenti. Nous nous demandions vraiment quand nous allions enfin pouvoir faire nos débuts. Quand nous sommes arrivées, nous avons découvert la sécurité et l'énorme activité générée par le tournoi. On n'avait jamais vu ça en Papouasie-Nouvelle-Guinée ! Je ne crois pas que nous pourrons oublier ces images."  

"Nous sommes fières et enthousiastes, mais aussi un peu nerveuses. Partout où nous allons, les gens sont là pour nous encourager. On voit des signes de la main, des pancartes 'Allez PNG'… Nous allons vraiment tout donner pour faire honneur à nos supporters."  

Les locaux se sont littéralement pris de passion pour le tournoi. Plus peut-être que dans des pays davantage habitués aux grands rendez-vous, la population a cédé à l'euphorie. Les groupes qui se sont succédé pour accueillir les 15 autres pays engagés en sont la preuve. De leur côté, les joueuses du pays hôte sont habitées par l'importance de l'événement, malgré leur jeune âge. "La présence de tous ces gens dans notre pays nous donne une idée de ce qu'est l'esprit du sport et du football. C'est merveilleux", conclut Ageva.