
C’est un phénomène assez étonnant. Lorsque vous voyez Kalifa Coulibaly sur un terrain de football, il est très impressionnant. Il promène son mètre 97 sur tout le front de l’attaque, capte tous les ballons de la poitrine ou de la tête, assure ses remises, se bat, dégage une certaine puissance. Mais quand vous lui parlez, c’est un garçon de 19 ans timide, plutôt fluet, la voix douce et le regard un peu fuyant, qui semble gêné par sa grande carcasse et son début de notoriété.
Contre la République de Corée, il est le Malien qui a sans doute, avec Amara Malle et Cheick Fanta Mady Diarra, tiré son épingle du jeu. Il a touché beaucoup de ballons, a réalisé de nombreuses remises, en vain. Pas de quoi le ravir. "Je suis assez content de ma propre performance, mais du fait de la pluie nous n’avons pas pu concrétiser nos occasions", estime-t-il. "C’était un match difficile, nous ne sommes pas habitués à un tel climat, on avait du mal à respirer. En plus la pluie n’a rien arrangé, nous avons fait des fautes défensives".
Ce garçon-là a un peu de bouteille, déjà. D’abord joueur de l’AS Réal Bamako, il a signé en février dernier au Paris Saint-Germain. C’est que le gaillard a particulièrement brillé en Coupe d’Afrique Juniors en janvier, après avoir réalisé une belle demi-saison à Bamako. "Je n’ai pas vraiment compté mes buts à Bamako mais il me semble bien que j’ai marqué six buts en cinq matches", admet-il.
L'ampleur du changement
Son arrivée dans la capitale française n’a pas été simple. Il a d’abord fait un essai, en novembre. "On est arrivé à Paris, il y avait 15 centimètres de neige partout. Et il faisait un froid !" Kalifa est visiblement émerveillé, car il n’avait jamais vu ni la neige ni Paris avant, mais aussi effrayé par l’ampleur du changement. "C’est vrai que ça a été dur au début, d’arriver en hiver sous la neige", admet-il en s’empressant d’ajouter : "Mais je m’habitue !".
Deux facteurs l’ont aidé à tenir le coup. Son papa d’abord, Mamadou "Benny" Coulibaly, un ancien international malien, qui jouait aussi à l’AS Réal Bamako, le club des débuts du grand Salif Keita. Le paternel est de bon conseil. "On se téléphone souvent bien sûr. Il me dit de me concentrer sur ce que j’ai à faire. Quand j’ai pris mon carton rouge en Afrique du Sud, il m’a rappelé de me concentrer sur mon jeu, de ne pas faire de fautes inutiles", se souvient-il.
Autre clef importante pour le jeune malien qui débarque à Paris : ne pas être seul. Il a signé en même temps que Kalifa Traoré, qui a fait les mêmes essais que lui. "Nous habitons ensemble à Saint-Germain-en-Laye, c’est vraiment un bon ami", explique le jeune garçon, enthousiaste à l’évocation de son copain. Du coup l’adaptation parisienne se passe bien, il a joué sept matches et marqué deux fois avec la réserve du PSG.
Lui que ses copains - Moussa Coulibaly, Adama Touré et Kalifa Traore en particulier en sélection - appellent "Boia", un surnom qui lui vient du Mali, a une idole : Frédéric Kanouté. Ce qui lui plait chez l’attaquant de Séville est à l’image du garçon, sobre.
L'idole et le modèle
Là où la grande majorité des jeunes vantent les dribbles de Cristiano Ronaldo où l’aisance de Lionel Messi, lui aime le grand attaquant pour "sa façon de prendre la balle, sa qualité de remise, il est très appliqué dans ses geste, j’admire cela". Le mimétisme de son jeu avec Kanouté est d’ailleurs étonnant.
Coulibaly cultive un peu les paradoxes. Costaud sur le terrain, c’est un bonhomme d’apparence timide. Structuré et ambitieux dans son début de carrière, il n’est pourtant pas très certain de son futur adversaire ici en Colombie. Quand on évoque la rencontre face à l’hôte colombien, il assure que "le deuxième match sera contre la France".
Au fond, cela n’a pas beaucoup d’importance. Ce qu’il veut, lui, c’est marquer des buts, quel que soit l’adversaire. "Nous avons été maladroits contre les Coréens, il faut absolument que nous corrigions le tir", conclut-il comme pour se convaincre.




