Un quart de siècle plus tard, peu de Portugais ont oublié ce 3 mars 1989. Et pour cause. Ce jour-là à Riyad, la sélection U-20 entraînée par Carlos Queiroz offre à son pays un premier titre mondial. Quand le capitaine Tozé soulève le trophée, c'est une campagne mémorable qui s'achève pour les jeunes Portugais en Arabie Saoudite. C'est également le début d'une nouvelle ère pour le football lusitanien.

Le Portugal ne faisait pas partie des favoris au coup d'envoi de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA 1989. Il réalisera pourtant un parcours exemplaire, en battant deux vrais candidats au titre : le Nigeria à deux reprises, dont une fois en quart de finale, et le Brésil en demi-finale. En six matches disputés, les Lusitaniens n'encaisseront que trois buts.

Au moment de célébrer les 25 ans de ce titre, que le Portugal défendra avec succès deux ans plus tard à Lisbonne, FIFA.com s'entretient avec l'entraîneur qui a mené cette équipe au sacre, Carlos Queiroz, et son capitaine Tozé.

Une nouvelle identité
Pas étonnant que Carlos Queiroz soit considéré comme le père de cette génération dorée, qui a produit des joueurs hors normes comme João Pinto, Paulo Sousa, Rui Costa et Luís Figo, parmi tant d'autres. L'actuel sélectionneur de l'Iran a dirigé les deux sélections U-20 championnes de monde de la catégorie. "On peut effectivement parler de période dorée, car il s'est passé quelque chose d'extraordinaire. Ce que nous avons construit à cette époque a eu des répercussions par la suite, car la plupart de ces joueurs se sont imposés au plus haut niveau du football international", se souvient le technicien au micro de FIFA.com.

"À cette époque, la Fédération portugaise a cherché à doter l'équipe du Portugal d'une identité forte. Cette identité existe toujours aujourd'hui, pas seulement chez les seniors, mais également dans les sélections de toutes les catégories d'âge", poursuit Queiroz. S'il est vrai que tous les joueurs champions du monde à Riyad ne sont pas devenus des grandes stars du football mondial, il n'en reste pas moins qu'ils ont tous inscrit leur nom en lettres d'or dans l'histoire.

Un sentiment étrange… et bon
C'est le cas de Tozé. Après avoir soulevé le trophée mondial U-20, le capitaine de la sélection de 1989 a évidemment continué à jouer au football, mais en championnat de district de Porto. Il n'est jamais devenu une star planétaire, mais on ne lui enlèvera jamais ce qu'il a accompli le 3 mars 1989. "C'est un exploit qui restera pour l'éternité", confie-t-il. "Vingt-cinq ans après avoir gagné ce titre à Riyad, il est encore difficile de décrire ce que nous avons ressenti. Je m'en souviens comme si c'était hier. Pour les joueurs qui, comme moi, n'ont pas connu l'élite du football, c'est un exploit qui revêt encore plus d'importance. On ne se souviendra de nous que pour ce titre mondial", affirme le milieu de terrain, qui a eu l'honneur de recevoir le trophée des mains du roi d'Arabie Saoudite, sous le regard de l'ancien Président de la FIFA, João Havelange.

"Sincèrement, je ne me souviens pas de ce que j'ai ressenti sur le coup. Je savais que j'avais réalisé quelque chose de très spécial, qui n'était pas à la portée de n'importe qui. Nous n'étions pas habitués à la victoire. C'était un sentiment étrange et bon à la fois", ajoute Tozé. Un quart de siècle plus tard, Tozé se remémore plusieurs moments particuliers, l'un d'entre eux ayant comme conséquence directe la seule défaite lusitanienne dans le tournoi, un 3:0 sans appel contre l'Arabie Saoudite dans le dernier match de la phase de groupes.

Un Portugais dans l'âme
"Nous avions seulement un jour de repos avant ce match. Quand nous nous sommes réveillés, nous avons vu une espèce d'énorme nuage dans le ciel", se souvient-il. "C'était une tempête de sable. Le match a eu lieu, mais je dois dire qu'on n'y voyait pas très bien sur le terrain ! En plus, ça nous a permis de justifier la défaite", précise en souriant l'ancien milieu de terrain, avant d'évoquer un personnage secondaire de l'histoire, mais qui n'est pas pour autant tombé dans l'oubli. "Notre guide était exceptionnel. Après nous avoir tiré d'un problème avec la police, pour avoir pris des photos un jour de congé devant un monument religieux -c'était interdit, mais nous ne le savions pas -, il est resté avec nous jusqu'à la fin du tournoi. Après avoir reçu le trophée en tribune, nous sommes allés sur la pelouse. Il était là, à faire la fête comme s'il était Portugais. Il a même fait le tour d'honneur avec nous, avec le maillot du Portugal sur les épaules. Il a aussi soulevé le trophée. C'était normal, car il faisait partie de notre groupe. Il était l'un des nôtres", conclut Tozé.

Où qu'il soit, ce guide de la sélection portugaise en Arabie Saoudite n'a certainement pas oublié la date du 3 mars 1989. Comme tous les Portugais, il a assisté ce jour-là à la naissance d'une génération dorée.