- "Normalement, le perdant paie la tournée de Coca-Cola. Pour l'instant, c'est du fifty-fifty entre nous."

- "Fifty-fifty ? Il ne marque jamais !"

Voilà un extrait de la conversation entre le meilleur buteur et le seul gardien encore invaincu de Nouvelle-Zélande 2015. Viktor Kovalenko et Bohdan Sarnavskyi, amis dans la vie, coéquipiers avec l'Ukraine et au Shakhtar Donetsk, discutent de leurs duels durant l'entraînement aux coups francs. Visiblement, les deux garçons ne sont pas d'accord.

Sarnavskyi est le premier à céder du terrain. "Viktor est très fort sur les coups francs, alors il m'en met quelques-uns", reconnaît le gardien au sujet de l'attaquant, auteur d'un superbe but sur coup de pied arrêté lors de la victoire 3:0 face aux États-Unis. "Je ne lui facilite pas la tâche, mais c'est un grand joueur."

La classe de Kovalenko a été à l'œuvre à chacune des trois sorties de l'Ukraine jusqu'ici, ainsi que sur chacun des cinq buts qu'il a inscrits en Nouvelle-Zélande. Mais l'étendue de son potentiel a été révélée par le coup franc qui a permis à son équipe d'ouvrir le score, en deuxième période contre les États-Unis. La victoire ukrainienne a assuré aux Européens de terminer en tête du Groupe A. "Quand vous le voyez sur le terrain, il n'a pas l'air d'avoir un an de moins que les autres joueurs de notre équipe", poursuit Sarnavskyi. "Il est beaucoup plus fort que la plupart des joueurs dans ce tournoi et je suis sûr que ça ne sera pas son dernier coup franc victorieux en Coupe du Monde."

Le sélectionneur de l'Ukraine, Oleksandr Petrakov, va plus loin. "Est-ce que je suis surpris de le voir en tête du classement des buteurs ? Pas du tout", affirme Petrakov. "C'est le contraire qui me surprendrait. Il est à sa place en tête du classement et devrait terminer meilleur buteur du tournoi. Je suis sûr qu'il y arrivera." "Je suis d'accord avec l'entraîneur", confirme Sarnavskyi. Normalement, il doit finir meilleur buteur". Un peu plus timide hors du terrain que balle au pied, l'intéressé a un avis bien arrêté sur la question : "Honnêtement, je n'y pense même pas. Dans un sport collectif, les récompenses personnelles sont secondaires, ou en tout cas elles devraient l'être. Tout ce que je fais, je le fais pour l'Ukraine. Mon seul objectif pour l'instant est d'atteindre la finale".

Au coup d'envoi de la compétition, peu auraient donné l'Ukraine parmi les vainqueurs potentiels de Nouvelle-Zélande 2015. Mais au vu des performances des protégés de Petrakov en phase de groupes, on est bien obligé d'actualiser le pronostic. Sarnavskyi partage les ambitions de son partenaire : "En Ukraine, on a un proverbe qui dit : 'Quel soldat ne rêve pas de devenir un jour général ?' C'est vrai pour nous aussi. Nous ne sommes pas venus ici pour faire de la figuration."

Une motivation supplémentaire
À l'autre bout du terrain, Sarnavskyi a fait honneur à sa réputation d'être l'un des grands espoirs de la planète au poste de numéro 1 : aucun but encaissé en trois rencontres, et un penalty arrêté, avec la manière qui plus est. "Je suis forcément juste, car nous sommes de très bons amis. Cela dit, je pense qu'on peut difficilement ne pas être d'accord : c'est un excellent gardien, et les trois matches qu'il vient de réaliser sans concéder de but en sont la meilleure preuve. Que demander de plus ?", résume Kovalenko.

Si ce dernier n'est manifestement pas obsédé par l'obtention du Soulier d'Or adidas, que pense son coéquipier de ses propres chances de décrocher le Gant d'Or adidas ? "Ce serait bien, mais je ne suis pas venu ici avec l'objectif de remporter ce trophée. Si mon équipe gagne la Coupe du Monde et que le Gant d'Or revient à un autre gardien, je ne serai certainement pas déçu. Pour ce qui est d'arrêter des penalties, disons que j'ai mes petits secrets. J'en avais déjà arrêté un en Championnat d'Europe l'année dernière. Je suppose que je ne m'y prends pas trop mal."

Kovalenko et Sarnavskyi ont également une source de motivation dont, il faut bien le dire, ils se seraient volontiers passés : le conflit qui fait rage en Ukraine, et qui a forcé les deux joueurs à déménager à Kiev. Petrakov l'avait déjà affirmé à FIFA.com avant le coup d'envoi de la compétition : "Nous ferons tout pour aller en finale. Nous le devons à nos compatriotes."

"C'est d'ailleurs notre principale source de satisfaction : tout ce que nous avons fait jusqu'ici a apporté un peu de bonheur à nos compatriotes.", renchérit Sarnavskyi. Les U-20 ukrainiens savent que quoi qu'il arrive, ils seront chaleureusement accueillis à leur retour au pays. Si Kovalenko continue de marquer et Sarnavskyi de s'interposer, ce retour n'est pas pour demain.