This is the one ("c'est celui-là"), proclamait le slogan de la Coupe du Monde U-20 en Nouvelle-Zélande. Pour la Serbie, l'édition 2015 fut effectivement la bonne, celle d'un triomphe aussi inattendu qu'héroïque. Pour enlever son premier titre mondial depuis son indépendance, la Serbie a appliqué à la lettre sa devise : "Une équipe, un cœur".

Le but de la victoire (2:1) inscrit par Nemanja Maksimovic à la 118ème minute de la finale face au Brésil marque ainsi le quatrième succès consécutif des Serbes en prolongation. Durant toute la deuxième phase, aucun des matches disputés par la Serbie n'a trouvé de conclusion dans le temps réglementaire. Le ton avait été donné dès les huitièmes de finale : il s'en fallu de quelques secondes que les hommes de Veljko Paunovic ne s'inclinent face à la Hongrie. Après avoir obtenu une égalisation miraculeuse en toute fin de partie, les Serbes ont pris l'avantage en infériorité numérique. Le sélectionneur pouvait se vanter de posséder un groupe composé de "21 lions".

Les qualifications décrochées dans des circonstances similaires face aux États-Unis et au Mali n'ont fait que confirmer cette impression. En finale, les espoirs serbes ont à nouveau fait preuve de la même endurance. "L'équipe la plus volontaire a remporté le trophée", estimait le technicien serbe à l'issue de la finale.  

Le Brésil régale, les Africains étonnent
Bien entendu, il faut plus que du caractère pour remporter un tournoi de ce niveau. Il serait injuste de ne pas souligner les mérites d'une équipe parfaitement équilibrée, au sein de laquelle des défenseurs intraitables et des attaquants créatifs ont pu compter sur la vigilance du meilleur gardien de la compétition, Predrag Rajkovic. Paunovic a pourtant été le premier à reconnaître que son équipe avait connu une certaine réussite face à un "grand et extraordinaire Brésil" qui, selon lui, "méritait aussi ce trophée."  

Les Sud-Américains n'ont donc pas enlevé leur sixième couronne mondiale dans cette catégorie. Ils pourront cependant se consoler en ayant rempli un autre objectif. Le milieu de terrain Boschilia avait évoqué son ambition de "restaurer l'image du football brésilien". Nommé quelques semaines avant le début du tournoi, le sélectionneur Rogerio Micale avait promis de revenir aux racines du beau jeu à la brésilienne. Les victoires spectaculaires 5:0 face au Sénégal en demi-finale et 4:2 face au Nigeria prouvent qu'il a tenu parole. Avant d'échouer face à la Serbie, le Brésil a battu un nouveau record en alignant 20 matches d'affilée sans défaite en phase finale de la Coupe du Monde U-20.   

Il devance ainsi l'Argentine, dont la sortie de route au premier tour restera comme l'une des grosses surprises de cette édition 2015. Les sextuples champions du monde et champions d'Amérique du Sud en titre comptaient pourtant parmi les favoris dans la course au titre. Au final, l'Albiceleste quitte le Pacifique sud sans avoir remporté un seul match.

Mais les Argentins ne sont pas les seuls à avoir déjoué les pronostics. Alors que l'on attendait l'Argentine ou l'Allemagne en demi-finale, on a découvert le Mali et le Sénégal. Présentées comme les sélections les moins huppées du continent africain, ces deux équipes ont multiplié les exploits et gagné le cœur des supporters. Troisièmes, les Maliens ont bâti leur popularité sur leur capacité à inscrire des buts hors du commun. À ce petit jeu, lemilieu de terrain de Lille Adama Traoré est passé maître. Le meilleur joueur du tournoi a trouvé le chemin des filets à quatre reprises.  

Les stars au rendez-vous
"Un grand joueur, avec un grand avenir devant lui." C'est par ces mots que le sélectionneur malien a rendu hommage au Ballon d'Or adidas. Certes, aucun joueur n'a écrasé la compétition de son talent, comme cela avait été le cas pour Maradona en 1979 ou Messi en 2005. En revanche, plusieurs vétérans de Nouvelle-Zélande 2015 pourraient bien marcher sur les traces d'anciennes gloires de la Coupe du Monde U-20. Danilo et Sergej Milinkovic se sont notamment adjugé respectivement le Ballon d'Argent et le Ballon de Bronze adidas. Les finalistes comptaient aussi dans leurs rangs beaucoup de talents comme Gabriel Jesus, Boschilia, Andrija Zivkovic ou encore Maksimovic.

L'Allemand Marc Stendera et l'Argentin Angel Correa ont brillé par intermittence avant de voir leur astre s'éteindre pour cause de blessure et d'élimination précoce. On suivra également avec intérêt l'évolution du Sénégalais Sidy Sarr et les futurs exploits des prolifiques Viktor Kovalenko (Ukraine) et Bence Mervo (Hongrie). Les gardiens de but ont aussi, tiré leur épingle du jeu. Derrière Rajkovic, le dernier rempart de la Serbie, l'Américain Zack Steffen et l'Ukrainien Bohdan Sarnavskyi se sont fait remarquer.

Le gardien sénégalais Ibrahima Sy, grâce notamment à une séance de tirs au but au cours de laquelle il a repoussé trois tentatives ukrainiennes, a égalé à cette occasion un record en Coupe du Monde U-20. Les penalties sauvés - ou ratés - ont d'ailleurs été l'une des marques de fabrique du rendez-vous néo-zélandais : neuf des 18 tirés dans le temps réglementaire n'ont pas fini au fond des filets.  

L'héritage kiwi
Malgré son succès, Paunovic n'a pas perdu de vue l'essentiel. Le sélectionneur de la Serbie a ainsi commenté l'impact de cet événement sur le football dans son ensemble. "C'était une compétition magnifique et je tiens à féliciter les équipes et les joueurs pour leur courage, leur fair-play et leur gentillesse. Il faut dire également que la FIFA a réalisé un excellent travail en donnant aux pays les moins fortunés l'occasion d'apprendre et de profiter d'une expérience magnifique."  

Ce ne sont pas les joueurs des Fidji qui diront le contraire. Pour sa première participation, la sélection insulaire a frappé fort. Lui aussi débutant à ce niveau, Myanmar a évoqué une participation "valorisante" face aux meilleurs. Troisième nouveau venu en Coupe du Monde U-20, le Sénégal a parfaitement saisi sa chance.

La Nouvelle-Zélande n'est évidemment pas en reste. Les Junior All Whites ont atteint la deuxième phase de la compétition pour la première fois de leur histoire. Ils sont en outre devenus les premiers représentants de l'OFC à marquer à cinq reprises dans un match comptant pour une compétition FIFA. Si l'actuelle génération U-20 n'a pas démérité, c'est sur le long terme qu'il faudra juger des résultats de ce tournoi.

Plus de 8 000 enfants ont pris part aux Festivals de football de base organisés par la FIFA dans tout le pays, avant et pendant le tournoi. Les éléments les plus concrets de cet héritage comprennent neuf terrains aux normes FIFA, un court de futsal, des projecteurs et des équipements d'entraînement. Dave Beeche, PDG du Comité Organisateur Local (COL) de la Coupe du Monde U-20, estime ces investissements à "cinq millions de dollars en infrastructures et en équipements pour améliorer le niveau et les installations du football".   

Si de tels investissements représentent évidemment une chance pour la Nouvelle-Zélande, les dernières semaines ont démontré que la pays était prêt à en tirer le meilleur parti. Les Kiwis s'étaient déjà illustrés dans le rôle d'hôtes lors de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA 1999 et de la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA 2008. Colin Smith, Directeur des compétitions de la FIFA, a été le premier à saluer ces efforts : "La Coupe du Monde U-20 a bénéficié de l'implication de personnes passionnées et de bénévoles aussi enthousiastes que généreux. Nous sommes ravis de la façon dont le tournoi s'est déroulé sur l'ensemble des sept sites. La Nouvelle-Zélande a été un hôte parfait".

Équipes qualifiées
Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Colombie, États-Unis, Fidji, Ghana, Honduras, Hongrie, Mali, Mexique, Myanmar, Nigeria, Nouvelle-Zélande, Panama, Portugal, Qatar, RDP Corée, Sénégal, Serbie, Ukraine, Uruguay, Ouzbékistan  

Classement final
1. Serbie
2. Brésil
3. Mali
4. Sénégal

Villes hôtes
Auckland, Christchurch, Dunedin, Hamilton, New Plymouth, Wellington, Whangarei

Buts
154 (moyenne : 2,96 buts par match)

Meilleurs buteurs
Viktor Kovalenko (Ukraine), Bence Mervo (Hongrie) : 5
Marc Stendera (Allemagne), Adama Traoré (Mali), Andre Silva (Portugal), Hany Mukhtar (Allemagne) : 4

Prix
Ballon d'Or adidas : Adama Traoré (Mali)
Soulier d'Or adidas : Viktor Kovalenko (Ukraine)
Gant d'Or adidas : Predrag Rajkovic (Serbie)