C’est un billet que personne n’espérait composter si tôt. Celui du retour à la maison. Huit équipes ont été contraintes de faire leurs adieux à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, certaines avec d’énormes regrets, d’autres avec beaucoup de philosophie. Statuts et ambitions n’étaient pas les mêmes, après tout, parmi les victimes d’une phase de groupes qui aura vu le pays le plus titré de l’histoire de la compétition subir le même sort que les novices.

L’Argentine est sans conteste la plus grosse tête à être tombée dès la première marche. Titrée à six reprises dans le tournoi, un record, l’Albiceleste, championne d’Amérique du Sud, débarquait en Nouvelle-Zélande dans la peau d’un favori avec une équipe pétrie de talents. Malgré des débuts prometteurs, ponctués notamment par un doublé de l’une de ses stars, Angel Correa, elle a été contrainte de prendre la porte sans avoir enregistré la moindre victoire face au Panama, au Ghana et à l’Autriche. Une élimination cruelle pour le sélectionneur argentin Humberto Grondona. "Nous ne méritions pas de sortir si tôt de la Coupe du Monde", estime-t-il.

Ses homologues ont adopté dans l’ensemble une approche quelque peu différente. Même ceux qui avaient abordé la compétition avec des ambitions aussi élevées se sont pliés au verdict de la phase de groupes. Leonardo Pipino, le sélectionneur du Panama, qui a justement contribué à faire tomber l’Argentine, dresse ainsi un bilan sans concession des performances de ses joueurs. "Ils sont suffisamment bons pour évoluer sur la scène continentale, mais ils manquent d’expérience pour rivaliser au plus haut niveau mondial", a-t-il reconnu après une défaite 1:0 fatale à son équipe contre le Ghana.

Les Panaméens ont affiché leurs limites lors de Nouvelle-Zélande 2015, mais le milieu de terrain Francisco Narbon espère que cette expérience pourra leur ouvrir quelques portes. "Souhaitons que ce tournoi puisse nous permettre, moi le premier, de quitter le Panama", confie-t-il à FIFA.com. "Cela nous permettrait de progresser. Certains Argentins évoluent par exemple à l’Atltico de Madrid ou à Manchester City, alors que je joue pour l’équipe de mon université."

Comme Narbon, la plupart des grands perdants du premier tour ont su en tirer quelques enseignements positifs pour l’avenir. "Ce tournoi est fait pour apprendre", confirme le sélectionneur du Honduras Jorge Jimenez. "Mes joueurs ont appris à évoluer sous pression. C’est une expérience inestimable pour le reste de leur carrière."

Déçu de ne pas avoir pu confirmer sa campagne asiatique victorieuse, Felix Sanchez a accueilli l’élimination du Qatar avec autant de philosophie. "C’est une bonne chose d’avoir pu se mesurer aux meilleurs, d’avoir affronté de très bonnes équipes d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Sud", relativise-t-il. "Certains de nos joueurs, renforcés par cette expérience, vont désormais rejoindre l’équipe olympique du Qatar."

D’autres ont tiré des enseignements plus précis. Sélectionneur du Mexique - l’un des quatre champions continentaux à avoir déjà tiré un trait sur la compétition -, Sergio Almaguer estime que son équipe a matière à s’améliorer dans plusieurs domaines. "Nous avons concédé quatre buts sur des coups de pied arrêtés", regrette-t-il. "Et nous n’avons pas été suffisamment réalistes devant."

Revenir plus fort

En charge de la RDP Corée, An Ye-Gun n’a pas hésité non plus à pointer les points faibles de son équipe : "Ce qu’il nous manque par rapport aux meilleurs ? Des qualités individuelles. Nous travaillerons dur à l’avenir pour y remédier. Nous pouvons également progresser défensivement."

Pour certains, le fait de participer à Nouvelle-Zélande 2015 était déjà un accomplissement en soi. Qui aurait ainsi pu s’attendre à voir Myanmar émerger d’une compétition continentale, au détriment du Japon, de l’Australie ou de la République de Corée ? Son sélectionneur allemand, Gerd Zeise, a déjà les yeux tournés vers l’avenir. "Il faut regarder certaines équipes européennes et essayer de comprendre ce qu’elles ont de plus que nous", témoigne-t-il. "Nous avons beaucoup de devoirs à faire. Ce tournoi nous a été très utile, mais il est également douloureux de réaliser que la route est encore longue."

Elle l’est également pour les Fidji, seule autre équipe à avoir découvert la Coupe du Monde U-20, durant laquelle elle aura signé son tout premier succès dans un tournoi de la FIFA. Une victoire "extraordinaire" pour le gardien de but Misiwane Nairube, qui a "réalisé un rêve incroyable" avec ses coéquipiers. Les Fidjiens n’ont pas pu confirmer lors de leur troisième match, mais leur sélectionneur, Frank Farina, a apprécié l’état d’esprit de son groupe. "Les joueurs sont très déçus", explique-t-il. "Mais je leur ai dit que c’était une bonne chose. Cela veut dire qu’ils étaient ambitieux, qu’ils avaient l’intention d’aller plus loin. Ils sont jeunes. Ils vont oublier cette déception et revenir encore plus forts."

On apprend plus de ses défaites que de ses victoires. Les huit équipes restées à quai tenteront de confirmer ce vieil adage.