FIFA.com a rencontré Sara Yüceil, la milieu de terrain internationale belge de l’Olympique de Marseille. Quelques heures après que le rideau est retombé sur la saison de Division 1, elle revient sur sa saison et évoque l’évolution parallèle de son club et sa sélection.

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Sara, la saison est terminée. Vous terminez à la 4ème place. Est-ce à peu près ce que vous visiez ou les objectifs étaient-ils plus modestes ?
C’est incroyable. D’ailleurs, on a encore un peu de mal à y croire, même si on a travaillé et on a tout donné pour. L’objectif au début de la saison, c’était le maintien parce qu’on est une équipe qui monte. Mais entre le maintien et la quatrième place, il y a quand même beaucoup de différence ! C’est donc quelque chose d’incroyable que nous avons réalisé.

Si vous deviez retenir un moment particulier dans la saison, lequel ce serait ?
Au niveau individuel, le match contre le Paris Saint-Germain. Je m’en souviendrai, parce que c’est mon seul but de la saison, c’est un but inattendu, qui mène à une victoire inattendue, donc je ne l’oublierai pas. En plus contre le PSG, donc avec une saveur particulière. Mais il y a eu d’autres grands moments, comme notre premier match gagné contre Juvisy. C’était un tournant de la saison, en plus contre une des meilleures équipes de France. Après ça, on a commencé à enchaîner les victoires. Il y a eu beaucoup de bons moments, mais le match contre le PSG sort un peu du lot.

L’objectif de l’OM est-il de pouvoir rivaliser bientôt avec Lyon, le PSG et Montpellier sur toute une saison ?
C’est l’objectif final, mais il a encore du chemin à faire jusque-là. On a déjà prouvé beaucoup cette saison en finissant quatrièmes. Mais il y a encore à évoluer, encore à travailler, et c’est tout à fait normal pour une équipe qui vient de monter en D1. Mais c’est faisable dans les années qui vont suivre si on garde la même mentalité que cette saison.

Peut-on faire un parallèle entre l’OM et la Belgique, deux équipes avec une grande histoire dans le football masculin, mais pour qui il reste tout à construire dans le football féminin ?
J’ai fait le lien entre l’OM et la sélection en y réfléchissant cette saison, et il y a beaucoup de points communs, surtout celui d’être un peu la petite équipe, qui a tout à prouver, mais en même temps que les autres équipes attendent pour ce que le nom représente. Il y a beaucoup de points communs et j’adore cette position-là, celle du plus petit qui est en train de se construire qui espère arriver à quelque chose de grand.

Avec votre sélection, vous avez connu un grand moment avec la qualification pour l’UEFA EURO Féminin, la première grande compétition internationale de la Belgique. Comment abordez-vous ce rendez-vous ?
Être qualifiées, c’est déjà énorme, tout le monde s’en rend compte et est encore tout heureux de cette qualification. Mais on est toutes en train de se dire que ce serait bien qu’on en tire quelque chose, et pas juste qu’on se réjouisse de s’être qualifiées. Je pense qu’on en est capables.  

Avec le Danemark et la Norvège, deux équipes avec une grande tradition du football féminin, et les Pays-Bas, pays hôte, vous êtes le "Petit Poucet" du groupe. Appréciez-vous cette situation, de n’avoir rien à perdre ?
Ce sont de grandes équipes. J’ai encore regardé les groupes récemment, et c’est l’un des plus compliqués. Mais d’un autre côté, on a déjà joué contre ces équipes-là en match amical, et on a su les battre. C’étaient des amicaux certes, mais dans notre esprit, on part en sachant qu’on est capables. Mais c’est sûr que c’est un gros défi à relever.

Quelle est la principale raison des progrès récents du football féminin belge ?
D’abord, c’est le fait que ce soit le même groupe depuis quatre ou cinq ans maintenant, même avant que j’arrive en sélection. C’est le même groupe de base. Maintenant, la sélection est un peu comme une équipe de club. On a une atmosphère hyper positive dans ce groupe. En plus de cela, la BeNe League (le championnat commun à la Belgique et aux Pays-Bas joué entre 2012 et 2015) a augmenté le niveau. Ensuite, le départ d’un grand nombre de joueuses l’an passé à l’étranger met un peu de dynamisme dans notre progression.

D’un autre côté, le fait que les meilleures joueuses belges quittent le championnat, n’affaiblit-il pas la visibilité et l’attrait du football féminin en Belgique ?
C’est passé par mon esprit quand j’ai fait le choix de quitter la Belgique. Partir, c’est un peu abandonner l’évolution du football belge. Mais c’est un choix à faire, et au final, on fait toutes des choix au niveau individuel, on a envie de se lancer des défis au niveau personnel. Il faut penser à nous. Mais ça m’a rendu triste que moi et plusieurs autres quittent le championnat belge. Mais le niveau en Belgique peut encore s’améliorer avec cette qualification pour l’EURO, pour redynamiser tout le championnat. Il faut progresser nous-mêmes individuellement pour améliorer le niveau belge, mais cela se fait en partant de la Belgique. Donc c’est un peu délicat. Mais celles qui restent en Belgique ne sont pas pour autant moins fortes, et elles apportent beaucoup à l’équipe aussi. Et ça donne quelque chose de bien, un bon mélange.

Après l’EURO, le grand objectif sera la qualification pour la Coupe du Monde 2019 en France. Vos ambitions dépendront-elles de vos performances à l’EURO pour mesurer l’écart qui vous sépare des meilleures sélections européennes ?
Tout ce qu’on fera à l’EURO aura forcément un rapport avec ce qui nous arrivera après. Nos résultats de l’EURO vont un peu construire la base de ce qu’on voudra faire dans les qualifications pour la Coupe du Monde. Mais quoi qu’il arrive à l’EURO, ce sera un tout autre objectif et il faudra tout donner.

Aujourd’hui, vous avez atteint le niveau international, mais quels ont été vos premiers rapports avec le football ?
J’ai commencé à jouer à cinq ans, avec mon frère. On est une famille sportive. Mon père faisait du basket pendant longtemps, il était entraîneur de basket, donc on faisait du basket et du foot. Mon frère a choisi de faire uniquement du foot et je l’ai suivi.

Qui sont vos modèles dans le football ?
Mon père est Turc et notre équipe c’était Galatasaray, et celui que j’aimais par-dessus tout, c’était Gheorghe Hagi. C’est lui qui m’a le plus fait rêver. Aujourd’hui, je n’ai pas forcément un joueur ou une joueuse qui me fait rêver, mais je dirais ma coéquipière en sélection Janice Cayman. C’est un petit clin d’œil ! Mes modèles, Hagi et Janice !

Appréciez-vous de pouvoir aujourd’hui jouer au football à temps plein ?
C’est la première fois de ma vie ou je ne fais que du foot et où je peux vivre de ça. Avant, c’était le travail d’abord, et après le foot. J’ai travaillé dans un centre pour femmes en difficulté comme éducatrice. Et l’année dernière, j’ai travaillé comme coordinatrice en animation dans une école maternelle. J’ai fait des études dans le social, donc mon boulot aussi. Aujourd’hui, c’est un gros changement. Ça me manque de temps en temps de travailler, mais c’est super de découvrir une vie comme celle-là. Si on m’avait posé la question il y a deux ans, je n’aurais jamais dit "je vais être pro", c’est une chance de pouvoir le vivre.

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