Quand on pense aux gardiennes qui ont marqué l'histoire du football féminin, le nom de Hope Solo est l'un des premiers qui vient à l'esprit. Connue pour sa stature et ses réflexes félins, l'internationale américaine a remporté l'or olympique trois fois de suite. Plus récemment, elle a eu le bonheur de s'imposer en finale de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2015™. Élue meilleure gardienne du tournoi, elle est repartie du Canada avec le Gant d'Or adidas.   

Au micro de FIFA.com, la joueuse de 34 ans évoque sa première rencontre avec la légendaire Mia Hamm, ses résultats, sa quête de perfection et le besoin de se remotiver après un triomphe international.  

Hope, il y a quatre ans, vous disiez que seules les médailles d'or vous intéressaient. Depuis, vous avez remporté deux Tournois Olympiques et la Coupe du Monde Féminine. Qu'est-ce qui vous motive encore ?  
Selon moi, les grands champions n'ont jamais assez de titres et de coupes. Ils ne sont jamais satisfaits. Ils veulent toujours progresser, aider leurs coéquipiers à aller plus loin et gagner davantage. Nous jouons au football parce que nous aimons ce sport, mais nous aimons aussi la compétition. Je suis une compétitrice dans l'âme.

Êtes-vous satisfaite de ce que vous avez accompli jusqu'à présent ?
Le monde ne sait pas encore de quoi je suis vraiment capable. J'ai disputé quelques grands tournois, comme les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde. Je ne crois pas avoir jamais eu l'occasion d'évoluer à mon tout meilleur niveau. J'ai réussi quelques coups d'éclat, mais j'en attends plus. Je cherche systématiquement à atteindre le niveau supérieur. Il y a toujours un aspect de mon jeu que je souhaite perfectionner. Le poste de gardienne n'est pas facile car on peut faire tous les efforts du monde pour être prête physiquement et mentalement, le jeu ne vous donne pas toujours l'occasion de vous présenter sous votre meilleur jour. Ça arrive quand on joue dans une grande équipe ou derrière une excellente défense. Parfois, il n'y a pas un tir cadré à se mettre sous la dent. On aimerait en faire davantage, mais le jeu ne le permet pas forcément.

Quel est votre prochain objectif ?
J'espère être en mesure de jouer à mon meilleur niveau aux Jeux Olympiques. Je veux montrer à tout le monde que je me suis bien préparée. Au bout du compte, si je n'ai eu aucune intervention à faire ou si je n'ai pas touché le ballon, je suis tout de même fière de moi car c'est la preuve que j'ai bien organisé ma défense. Mais j'ai envie de prouver ce dont je suis vraiment capable avant de mettre fin à ma carrière. Je ne sais pas si ça arrivera un jour (rires). Nous comptons tellement sur la Coupe du Monde, sur les grandes occasions pour nous offrir ces moments. Le championnat américain est encore en phase de développement. Je sais que je n'aurai pas une occasion de ce type chaque année. Nous devons toutes attendre quatre ans pour avoir un tournoi vraiment compétitif.

Pensez-vous pouvoir défendre votre médaille d'or au Brésil ?
Personne n'a jamais réussi à remporter la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques dans la foulée. Accomplir quelque chose que personne n'a jamais fait, c'est écrire l'histoire. C'est un défi intéressant pour nous. Pour devenir champion du monde, il faut évoluer à un très haut niveau. Les émotions sont fortes et tout à coup, on se dit : comment faire mieux ? Nous sommes les meilleures des meilleures. Dans ces conditions, ce n'est pas facile de se remotiver pour le prochain tournoi. Au Brésil, l'effectif va passer de 23 à 18 joueuses. L'équipe sera donc très différente. Le voilà, notre prochain objectif : remporter la médaille d'or.

Lors de votre première convocation en équipe nationale, qu'avez-vous appris des joueuses plus expérimentées ?
En 1999, j'ai participé à mon premier stage avec l'équipe au grand complet. C'était la génération des Briana Scurrry, Mia Hamm et Brandi Chastain. J'avais 17 ans. En partant, je me suis dit que j'avais ma place. Sur le plan athlétique, j'étais très douée mais mentalement, je n'étais pas prête. Je manquais de technique, de patience, d'assurance ou de confiance. Je ne savais pas où je mettais les pieds. Je me souviens d'un match organisé au sein de l'équipe. J'ai pris le ballon et je l'ai envoyé directement sur les attaquantes. Mia Hamm était en pointe. Le ballon est monté très haut et il est redescendu directement sur elle. Elle s'est arrêtée net et m'a dit : "Je ne joue pas ce genre de ballons. Tu ferais mieux d'apprendre à faire tes dégagements, sinon je ne me dérangerai pas." Je ne comprenais rien. J'avais pris le ballon et je l'avais simplement envoyé vers l'avant. Par la suite, j'ai découvert que la balle était plus facile à contrôler si je lui donnais un angle plus aigu. Aujourd'hui, les dégagements sont devenus ma spécialité. Je fais partie des meilleures spécialistes et je peux désormais lancer des contre-attaques. Je remercie Mia Hamm de m'avoir crié dessus quand j'avais 17 ans, même si j'ai bien failli mourir de peur.  

Sir Alex Ferguson a toujours dit que l'expérience était sa plus grande force. Votre équipe nationale bénéficie-t-elle de votre vécu ?  
L'expérience est essentielle, surtout pour une gardienne. Je vois des filles qui ont beaucoup de talent et qui réalisent des arrêts extraordinaires, des arrêts dont je ne serais peut-être pas capable. Mais tout à coup, elles encaissent des buts qui n'auraient jamais dû rentrer. C'est un manque de constance. Il faut de l'expérience et une certaine mentalité pour réduire les écarts, bien lire le jeu et organiser son équipe. J'ai vu beaucoup de super gardiennes faire des arrêts magnifiques. Tout doit avoir l'air facile. Parfois, les gens veulent voir des plongeons spectaculaires, surtout en Amérique. Ça me rend folle. Les plongeons, c'est pour les caméras ! Ça n'a rien à avoir avec le métier de gardienne. L'objectif, c'est d'être efficace sans forcer. C'est ce qui me passionne dans ce travail : tout est question d'angles, de lecture du jeu et de placement des défenseuses. Le secret réside dans un bon jeu de jambes pour ne pas avoir à plonger inutilement.