Supergirl peut voler, Wonder Woman possède une force surhumaine, Tornade, des X-Men, contrôle les éléments... Ces super-héroïnes, en films ou en bandes-dessinées, ont déjà sauvé le monde à plusieurs reprises grâce à leurs pouvoirs. Les Superpoderosas de Colombie ne peuvent compter que sur leur talent balle au pied et sur leur esprit de sacrifice. Mais à l'aide de ces seules armes, elles ont sauvé le football féminin en Colombie.  

Les Vengadoras (les "Vengeuses") ont notamment remporté l'édition inaugurale du Championnat féminin U-17 organisée au Chili en 2008. Cet exploit a permis de replacer la sélection féminine cafetera au centre des débats en Amérique du Sud. À la tête de cette équipe, la capitaine Natalia Gaitán, comme les super-héroïnes de fiction, n'a pas eu un parcours facile. Son esprit guerrier s'est réveillé dès l'âge de quatre ans, après avoir battu une terrible leucémie. Ce succès n'était que le premier d'une longue série. Gaitán a ensuite vaincu les préjugés, dans un pays où le football est traditionnellement une affaire d'hommes. Durant la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Canada 2015™, elle a fait le bonheur de tout un peuple en orchestrant la victoire contre la France, synonyme de qualification pour les huitièmes de finale.

La génération 2008 compte une participation à la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA (Allemagne 2010) et deux qualifications pour la Coupe du Monde Féminine (Allemagne 2011 et Canada 2015). Elle s'apprête maintenant à disputer le Tournoi Olympique de Football Féminin, Rio 2016 avec l'ambition de faire mieux qu'en 2012. À Londres, son parcours s'était interrompu à l'issue de la phase de groupes. "Nous avons vécu une bonne expérience à Londres… enfin, je devrais dire en Écosse, car c'est là que nos matches étaient programmés. Mais c'était une grande première pour nous. Il y avait de l'attente et de la nervosité dans nos rangs. Nous n'avons pas pris beaucoup de plaisir. J'espère que les choses se passeront différemment cette fois-ci et que nous ferons mieux, sur le terrain comme en dehors", explique Gaitán au micro de FIFA.com.

Après trois saisons aux États-Unis, la Colombienne a choisi de rallier l'Espagne et Valence et gagne aujourd'hui sa vie en jouant au football. À ses débuts, une telle situation lui aurait paru inimaginable et pour de nombreuses joueuses, elle reste du domaine du rêve. Consciente des incertitudes propres à sa carrière, Gaitán se prépare une identité secrète, dans laquelle elle se fondra après avoir raccroché ses crampons. "J'ai obtenu mon diplôme en gestion du sport et l'année dernière, j'ai dû concilier le sport et mon métier. C'est important de se ménager une porte de sortie à travers une deuxième activité même si, bien entendu, j'espère continuer à faire progresser le football féminin dans mon pays", confie la joueuse de 25 ans.  

Meilleurs ennemis
Comme toute super-héroïne qui se respecte, Gaitán a sa Némésis. Celle-ci prend tour à tour la forme de la France ou des États-Unis, deux adversaires récurrents dans l'histoire de la sélection colombienne. Les Cafeteras auront l'occasion de les retrouver dans le Groupe G de Rio 2016, en compagnie de la Nouvelle-Zélande. Curieusement, les trois pays avaient déjà été versés dans le même groupe au premier tour de Londres 2012.

À première vue, les statistiques ne plaident pas en faveur des Colombiennes. Outre les deux défaites concédées face à ces mêmes adversaires il y a quatre ans, elles restent sur une élimination face aux Stars and Stripes en huitième de finale de Canada 2015. Gaitán préfère en rire : "Encore les championnes du monde ! Mais de toute façon, il y a 11 équipes très difficiles à manœuvrer. N'importe quel adversaire est redoutable à ce niveau. Chaque rencontre sera très serrée et nous devrons mettre toute notre concentration et toute notre énergie dans la balance si nous voulons gagner. La clé sera de commettre le minimum d'erreurs".

Les protégées de Felipe Taborda peuvent s'inspirer d'un précédent héroïque. Au Canada, elles ont réussi l'exploit de dominer la France, l'un de leurs meilleurs ennemis. "Ce jour-là, j'ai vécu l'un de mes plus beaux moments sur un terrain", glisse l'intéressée au souvenir de ce succès (2:0) à Moncton. À cette occasion, les Colombiennes ont commencé à découvrir la recette du succès. "Le plus important était de rester bien organisées en défense. Après le but, il nous a fallu garder notre calme et notre concentration. Avec de la détermination, on peut réussir de grandes choses", assure cette grande admiratrice de Paolo Maldini, Mario Yepes et Javier Mascherano.

La montée en puissance des Superpoderosas s'appuie sur un physique en progrès constants, mais aussi sur l'expérience internationale acquise au fil des matches. Gaitán est la première à identifier ses avancées sur le plan personnel. "J'ai appris à mieux me positionner. J'anticipe les déplacements du ballon, ce qui me permet de tenir mon rôle de milieu défensif plus efficacement", détaille-t-elle.

En revanche, s'il est une chose qui n'a pas changé au cours de ces huit dernières années, c'est bien son engagement sans réserve et son désir ardent de faire ses preuves. Sur le terrain, Gaitán ne se ménage pas, comme elle l'a encore prouvé en octobre lors match de championnat d'Espagne contre la Real Sociedad. Suite à un choc avec une adversaire, elle a perdu plusieurs dents, ce qui l'a obligée à ne se nourrir que de liquides pendant 40 jours. Elle a enduré cette épreuve avec flegme, un trait de caractère qui a fait d'elle l'une des meneuses au sein d'un vestiaire colombien en pleine transition où de jeunes talents côtoient des internationales expérimentées.     

Gaitán y est considérée comme l'exemple à suivre. Ses collègues ne s'y sont pas trompées, en l'élisant Joueuse colombienne FIFPro de l'année. "C'est la première fois que la FIFPro s'investit dans le football féminin. Tant mieux. Nous avons franchi une nouvelle étape dans le combat pour l'égalité mais il reste des choses à faire dans le domaine des salaires et de la sécurité sociale. Je suis ravie d'avoir le soutien de mes collègues, mais les performances de l'équipe nationale ont plus d'importance que les titres individuels. Néanmoins, je suis heureuse que mes efforts trouvent leur récompense."  

La Supergirl colombienne a déjà livré de nombreuses batailles, mais sa belle histoire est encore loin d'être terminée. Sa prochaine mission la conduira à Rio de Janeiro. Viendra ensuite le lancement du championnat de Colombie féminin, une compétition à laquelle elle compte bien participer. En attendant, Gaitán et ses coéquipières resteront vigilantes. On ne sait jamais quand le prochain super-vilain tentera de briser l'ascension du football féminin colombien. Lorsqu'un ennemi se dressera sur la route, elles seront là…