Allie Long est assise dans les tribunes d'un gymnase, dans le quartier new-yorkais du Queens, et sait pertinemment qu'elle restera simple spectatrice. Il lui est déjà arrivé de disputer quelques matches à l'improviste avec ces garçons, mais lorsque le championnat régional de futsal reprend ses droits, en hiver, c'est comme si elle n'existait plus. Il n'y a pas de place pour les filles. De l'argent est en jeu et l'intensité serait trop élevée. Mais un jour, l'équipe de son fiancé a besoin d'elle...

C'est la finale d'un tournoi et l'un des joueurs vient de recevoir un carton rouge. Les fans présents dans la salle commencent à scander "Blanquita ! Blanquita !" ("la petite Blanche"). L'équipe n'a pas le choix et se tourne vers elle. Heureusement, Allie a laissé ses chaussures de futsal dans sa voiture garée juste à côté. Elle se dépêche d'aller les chercher et lorsqu'elle revient, elle se retrouve face à l'arbitre, qui lui demande si elle envisage vraiment de mettre un pied sur le terrain. Quelle question ! Alors qu'il ne reste plus que deux minutes à jouer, elle s'échappe vers le but, reçoit le ballon le long de la ligne de touche et décoche une frappe qui, malgré l'angle fermé, fait mouche. Ce but est synonyme de victoire pour sa formation.

"Je voulais absolument faire quelque chose que personne d'autre ne faisait", raconte à FIFA.com ​celle qui dispute aujourd'hui le Tournoi Olympique de Football Féminin, Rio 2016 avec les Etats-Unis. "J'avais besoin de ce défi. Parfois, quand je recevais le ballon, ils reculaient de deux mètres pour éviter les contacts et je leur disais : 'Non, allez-y, faites comme si j'étais un garçon, ça ne me dérange pas'. Un jour, l'un d'eux m'a mis un coup de coude dans le visage et m'a dit de retourner jouer avec mes poupées. C'est comme ça que ça se passait. Je lui ai juste ri au nez, mais c'est le genre de choses qui inquiétaient mon fiancé."

Intimider l'adversaire
Quels commentaires peut-on donc entendre dans le Queens, maintenant que Long est aux Jeux Olympiques ? "J'espère qu'ils disent : 'On voit qu'elle a joué avec des garçons'. J'ai reçu quelques tweets après le match contre la France au sujet de mes duels avec Wendie Renard, qui essayait de me pousser quand j'étais au marquage sur elle", raconte celle qui fêtera prochainement ses 29 ans. "Mais je n'étais pas en reste, je peux vous le dire ! Beaucoup de gens écrivaient : 'Waouh, tu lui as tenu tête, jouer contre ces garçons t'a certainement été utile'."

"Je veux être maître de ma zone de terrain. Je veux que mes adversaires aient peur d'aller au duel avec moi", poursuite l'infatigable milieu axiale, qui a pour le moment signé deux succès en autant de matches, sans encaisser le moindre but. "C'est l'état d'esprit new-yorkais, que je me suis approprié, avec une attitude dure, où il est hors de question de se laisser faire. J'ai toujours été comme ça. Quand je remarque que la joueuse en face de moi est un peu intimidée, ça me plaît. Je me nourris de ça."

La dernière grande compétition de Long remonte à 2006 et à la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA en Russie. Depuis, elle a connu plusieurs désillusions, entre blessures et absence de convocations en équipe nationale lorsqu'elle se sentait prête. "J'ai gardé la foi", assure-t-elle. "J'ai prié pour que ce moment arrive enfin. J'ai toujours cru que mon heure viendrait. Je me suis entraînée si dur, je savais que tout ce travail allait finir par payer. J'ai fait tant de sacrifices. Mais je n'étais toujours pas appelée et forcément, il y a des moments où on se demande si ça arrivera un jour."

Championnes du monde en titre, les Stars and Stripes ne paraissaient pas avoir besoin de sang neuf, à moins peut-être de représenter une solution d'avenir. Mais Long a continué à croire en son rêve olympique. "Je veux servir d'exemple à la prochaine génération", affirme-t-elle, alors que les États-Unis préparent leur dernier match de groupe contre la Colombie à Manaus. "Je veux que les filles qui n'ont pas été sélectionnées ou qui ont connu des épreuves difficiles se servent de mon parcours pour continuer à croire en elles. Je peux être un modèle pour elles. Je veux participer à la prochaine Coupe du Monde et aux prochains Jeux Olympiques. Je veux que les quatre prochaines années soient les plus belles de toute ma carrière."