Lilian Thuram est une légende vivante du football français. Vainqueur de la Coupe du Monde de la FIFA en 1998 et de l'UEFA EURO en 2000, l'ex-défenseur des Bleus a marqué l'histoire de son sport en devenant le recordman du nombre de sélections tricolores avec 142 capes. Seule Sandrine Soubeyrand a fait mieux et Thuram est justement venu encourager la capitaine et toute l'équipe de France à l'occasion de la demi-finale contre les Etats-Unis.

C'était le mercredi 13 juillet, dixième Journée de la FIFA contre les discriminations, une heureuse coincidence pour un homme qui s'est toujours engagé pour cette cause. L'occasion pour lui d'évoquer, en exclusivité pour FIFA.com, la belle aventure des joueuses de Bruno Bini dans la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Allemagne 2011™, mais aussi d'exposer son approche universelle du football.

Lilian Thuram, quelle est la raison de votre présence aujourd'hui en Allemagne?
Je suis venu pour voir du beau football et pour soutenir les Bleues, évidemment ! Je connais pas mal de joueuses de l'équipe de France, que j'ai côtoyées à Clairefontaine. La plupart ont été formées là bas, alors j'ai eu l'occasion de tisser des liens avec elles, notamment avec la défenseuse Laura Georges.

Laura Georges dont vous êtes le modèle absolu...
C'est réciproque ! (rires) A chaque fois qu'on se voyait, elle me posait des tas de questions sur le foot, sur la façon de se placer en défense… Donc on est devenus assez proches. Ce qui est incroyable, c'est qu'avant la Coupe du Monde, je l'avais appelée pour la motiver et l'encourager. On s'était donné rendez-vous pour la demi-finale, et me voilà !

Pour que les jeunes filles aillent vers le sport, et que les parents laissent faire, il faut des modèles. Et c'est ce que les joueuses de cette Coupe du Monde sont en train de devenir pour les jeunes.

Lilian Thuram

C'est également vos retrouvailles avec Sandrine Soubeyrand, qui continue de creuser l'écart avec vous pour le record de sélections. Vous ne lui en voulez pas trop?
Au contraire, c'est un immense plaisir pour moi de voir ça ! J'étais même venu lui remettre symboliquement un maillot floqué de son nombre de sélections le jour où elle a battu mon record. Je trouve que c'est très bien ! Le fait que Sandrine ait battu mon record a permis de faire parler un peu du sport féminin. On a trop tendance à se focaliser sur le sport masculin, et toutes les occasions sont bonnes pour rappeler que c'est l'affaire de tous.

Le football féminin, justement, comment voyez vous son évolution?
Je ne peux parler que de la France, où il faut dire que la visibilité n'est pas très bonne. Le football féminin n'a pas l'occasion d'être vu, et donc apprécié. C'est pour ça que je trouve bien que la FIFA et l'Allemagne aient réussi à organiser une telle Coupe du Monde, avec des stades remplis et des gens nombreux devant leurs postes de télévision.

Pensez vous justement que le regard de gens est en train de changer ?
Cela a commencé à changer depuis un moment déjà, mais pour que ça s'accélère il faut de la visibilité ! Il faut inciter les enfants à aller vers le sport. Et pour que les jeunes filles aillent vers le sport, et que les parents laissent faire, il faut des modèles. C'est ce que les joueuses de cette Coupe du Monde sont en train de devenir pour les jeunes, y compris pour les garçons qui ont encore certains préjugés. Je pense au delà de tout ça qu'il ne faut pas comparer le football masculin et le football féminin, car ça reste du football, en définitive. Le foot, c'est avant tout des émotions, c'est ça qu'on recherche et c'est pour ça qu'on aime ce sport. Il y en a énormément lors d'un match, et que ce soit des garçons ou des filles qui sont sur un terrain, c'est la même chose.

Le foot, c'est avant tout des émotions, c'est ça qu'on recherche et c'est pour ça qu'on aime ce sport.

Lilian Thuram

Est ce qu'il y a tout de même à vos yeux des spécificités dans le jeu pratiqué par les femmes?
Ça dépend vraiment des équipes, elles n'ont pas toutes les mêmes caractéristiques, exactement comme chez les garçons. On peut par exemple parler du style de jeu espagnol par rapport au football anglais, ça n'a rien à voir. Encore une fois, je crois qu'il ne faut pas comparer les deux.

Ne trouvez-vous pas que le jeu pratiqué ici en Allemagne est différent de celui pratiqué par les hommes ?
Je ne suis pas non plus un expert en football féminin… J'ai entendu que les filles jouaient d'avantage vers l'avant, qu'il y avait moins de gestion de résultat, mais je ne partage pas complètement cette analyse. Par exemple j'ai vu que les Américaines n'avaient pas joué comme d'habitude en quart de finale face au Brésil, qu'elle avaient été plus attentistes, alors que normalement, elles se projettent davantage vers l'avant. Tout ça dépend du style de jeu défini par l'entraîneur, ce n'est pas une question de sexe.

Avez vous donné des conseils aux Bleues
Non, pas du tout ! Je suis juste là pour les soutenir. Je pense que la clé pour toute équipe, c'est que chacun soit dans une relation de don de soi à ses coéquipiers. C'est la meilleure façon d'obtenir des résultats. Quand tout un groupe parvient à appliquer cette philosophie, ça facilite beaucoup le travail sur le terrain. Après, tout se joue sur des petits détails, mais j'espère que les Françaises parviendront jusqu'au bout à appliquer ces principes essentiels. Quoi qu'il arrive, en tant que français et ancien international, je suis à fond derrière elles.

Vous avez un pronostic pour le vainqueur de cet Allemagne 2011?
Personne, à l'heure qu'il est, ne peut dire qui gagnera cette Coupe du Monde, et c'est ça la beauté de ce sport. Il faut toujours se remettre en question pour écrire sa propre histoire. Le football est à l'image de la vie, avec ses incertitudes. Et c'est pour ça que les gens se passionnent autant pour le ballon rond. J'espère que cette équipe de France écrira une très belle histoire.