Borgonovo : Le football avec les yeux

Tout commence de manière anodine, puis les choses s'accélèrent. D'abord, ce sont quelques lettres de l'alphabet que le patient ne parvient plus à prononcer. Ensuite, ce sont les mains et les bras qui ne répondent plus. Les troubles de la déglutition et de la respiration apparaissent en dernier. Petit à petit, le corps se rebelle. Les muscles s'engourdissent. Seul l'esprit conserve toute sa vigueur, comme pour permettre au malade de mesurer pleinement la dégradation de son état.

Ancien international italien et ancien champion d'Europe avec l'AC Milan, Stefano Borgonovo se retrouve aujourd'hui cloué sur un lit d'hôpital, à 47 ans. Son corps est complètement paralysé. Il ne peut plus bouger que ses pupilles. C'est grâce à elles qu'il dicte ses messages à un ordinateur. Ses yeux représentent son dernier moyen de communication avec le monde extérieur. La maladie, le "boulet" comme il l'appelle, l'a privé de toute perspective d'avenir.

Borgonovo souffre de sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie rare qui détruit les cellules nerveuses dans la moelle épinière et dans le cerveau. La SLA est incurable et surtout méconnue sur le plan médical. En moyenne, la SLA touche trois personnes sur 100 000. L'espérance de vie va de deux à cinq ans.

Pas question de renoncer
Les premiers problèmes musculaires ont été diagnostiqués chez Borgonovo en 2006. Deux ans plus tard, l'ancien Rossonero annonçait publiquement sa maladie et créait simultanément la Fondation Stefano Borgonovo afin de collecter des fonds pour la recherche contre la SLA. Marié et père de quatre enfants, le Milanais reste plus que jamais un combattant.

Borgonovo a connu son heure de gloire à la Fiorentina. Aux côtés de Roberto Baggio, il forme à la fin des années 80 un redoutable duo offensif surnommé B2 par la presse italienne. Par la suite, il rejoint l'AC Milan et remporte la Coupe d'Europe des Clubs Champions en 1990. Sa trajectoire ascendante le mène jusqu'en équipe nationale. Une fois sa carrière terminée, il entraîne les équipes de jeune de Côme, le club de sa région natale. Il trouve même le temps d'ouvrir sa propre école de football. Jusqu'à ce que les médecins lui parlent du "boulet"...
 
Pourtant, Borgonovo ne s'est jamais laissé aller au désespoir. Comme sur le terrain, il veut avoir le dernier mot. Depuis son lit d'hôpital, il rédige son autobiographie, intitulée Attacante nato ("l'attaquant-né"). Il signe plusieurs articles pour la Gazzetta dello Sport et continue de lutter pour faire connaître cette maladie. Sans le vouloir vraiment, il est devenu le visage et l'ambassadeur de la lutte contre la SLA. Il incarne au niveau mondial l'espoir de lendemains meilleurs.
   
"Je vois la vie du bon côté"
Carlo Ancelotti, l'un des bons amis de Borgonovo, lui a récemment consacré un livre, The Beautiful Games of an Ordinary Genius ("les beaux jeux d'un génie ordinaire"), dont les bénéfices iront directement à la fondation Borgonovo. "J'invite tout le monde à nous aider mais il faut faire vite car Stefano ne va pas bien."

Touché par le courage de l'Italien, le Président de la FIFA Joseph S. Blatter suit de près l'évolution de sa santé. "J'ai rencontré Chantal et Alessandra Borgonovo, la femme et la fille de Stefano, ancien joueur de l'AC Milan et la Fiorentina, à l'occasion du Gala FIFA Ballon d'Or 2011", explique le Président Blatter.
"Stefano souffre d'une SLA, une neuropathie très grave qui l'a laissé paralysé. En dépit de la maladie, il n'a jamais cessé de se passionner pour le football et il s'occupe toujours de son école. Stefano peut compter sur toute ma sympathie et mon soutien."

Le match est lancé : Borgonovo contre la SLA. Mais dans ce combat, il ne peut y avoir qu'un vainqueur, l'ex-attaquant de Serie A. Malgré sa violence et sa brutalité, la maladie n'a pas réussi à lui prendre ce qu'il avait de plus précieux : sa lucidité, son humour et son courage sans limite.
 
"Je ris beaucoup", écrit Stefano Borgonovo dans son autobiographie. "Oui, encore aujourd'hui et même si certains estiment qu'il n'y a pas de quoi s'amuser. Je suis toujours le même. Je suis heureux d'être heureux. J'ai appris à apprécier ce qui me reste : la joie, des sentiments positifs, quelques émotions. Je vois la vie du bon côté et, malgré tout, j'ai l'impression d'être un privilégié. Je sais qu'il existe des gens qui ont encore moins. Alors, pourquoi devrais-je m'interdire de rire ?"