La Zambie reine d'Afrique
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Alors que Didier Drogba et la Côte d'Ivoire semblaient enfin en mesure de monter sur le toit du continent, c'est la Zambie qui a finalement endossé la tenue de reine d'Afrique. Au terme d'une finale sans but et d'une séance de tirs au but insoutenable, les Chipolopolo se sont adjugé la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2012, offrant ainsi à tout un peuple le premier trophée continental de son histoire.

La Zambie devient ainsi la 14ème nation vainqueur du prix le plus convoité du football africain, et ce malgré l'absence notable dans ses rangs de grands noms du football mondial.

FIFA.com tire les enseignements de la compétition.

Les champions
Trois semaines durant, le fougueux technicien français de la Zambie, Hervé Renard, n'a eu de cesse de répéter que son équipe, malgré son statut d'outsider, avait les moyens d'aller au bout. À cette confiance s'ajoutait un signe du destin : la finale de cette CAN 2012 était programmée à Libreville, 19 ans presque jour pour jour après la catastrophe aérienne qui avait décimé l'équipe de Zambie en 1993. "Cette finale se joue dans un endroit lourd de symboles pour nous", disait avant la partie Christopher Katongo, capitaine des Chipolopolo, élu meilleur joueur de la compétition, en référence au drame qui avait eu lieu à 500 mètres du littoral de la capitale gabonaise. "Toute la Zambie veut que nous soyons dignes des héros de 1993. Nous allons tout donner pour honorer leur mémoire."

Pendant toute la durée de l'épreuve, les Zambiens ont affiché confiance et sérénité. "Il faut un peu plus qu'un Drogba pour m'intimider. Je ne vois pas pourquoi nous devrions trembler devant la Côte d'Ivoire", annonçait avant la finale le gardien zambien Kennedy Mweene, qui avait déjà eu l'occasion d'arrêter un penalty d'Asamoah Gyan en quart de finale.

Les favoris
La Côte d'Ivoire a réussi un parcours parfait jusqu'en finale, où elle n'a pas su faire basculer des Zambiens inspirés. "Il est impossible de gagner une compétition de ce niveau si vous n'êtes pas solide en défense. Nous avons commencé par là", expliquait le sélectionneur des Éléphants, François Zahoui, avant une finale que ses hommes abordaient sans avoir vu trembler leur filer dans les six rencontres précédentes. Vingt ans après leur unique sacre, les Ivoiriens avaient donc la faveur des pronostics. Mais pour cela, il aurait fallu mieux supporter la pression et ne pas manquer, comme l'a fait Drogba, un penalty à 20 minutes de la fin du temps réglementaire de la finale. Indispensable aux Éléphants sur le terrain comme en dehors, Drogba risque pourtant de ne retenir qu'une chose de cette CAN 2012 : cette tentative ratée.

Hervé Renard estimait que le Ghana est actuellement l'équipe africaine la plus constante. Mais comme la Côte d'Ivoire, les Ghanéens ont vu leur chemin s'arrêter en grande partie à cause d'un penalty raté. En demi-finale contre les Chipolopolo, c'est Gyan qui a gâché sa chance, à l'image de ce qui lui était arrivé en quart de finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™. Les Black Stars, qui n'ont plus remporté le tournoi continental depuis 30 ans, prennent finalement la quatrième place, après leur défaite dans la petite finale contre le Mali.

Les surprises
L'une des grandes sensations de cette CAN 2012 restera l'élimination dès le premier tour du Sénégal, battu 2:1 à chacune de ses trois sorties. Les Lions de la Teranga ont donc quitté l'épreuve sans le moindre point, ce qui a coûté son poste au sélectionneur Amara Traoré. "C'est partie remise. Je suis sûr que les beaux jours ne sont plus très loin pour nous", a commenté l'attaquant sénégalais Demba Ba après l'élimination. Le Mali décroche quant à lui son meilleur classement depuis 40 ans en montant sur la troisième marche du podium. Emmenés par leur capitaine barcelonais Seydou Keita et l'entraîneur Alain Giresse, les Aigles se sont extirpés d'un groupe difficile et défait des hôtes gabonais en quart de finale, aux tirs au but. Dans le dernier carré, ils ont semblé émoussés contre la Côte d'Ivoire, ce qui leur a coûté la place en finale.

Les deux pays organisateurs du tournoi ont atteint les quarts de finale. Le Gabon a réussi la prouesse d'écarter le Maroc et la Tunisie en phase de groupes, grâce à une génération de joueurs prometteurs. Quant à la Guinée Équatoriale, elle était l'équipe la moins bien classée au Classement mondial FIFA/Coca-Cola au coup d'envoi de la compétition. Cela ne l'a pas empêchée de battre le Sénégal, le tir lointain et victorieux de Kily, dans les arrêts de jeu, faisant partie des prétendants au titre de plus joli but du tournoi.

Autre nation sur la pente ascendante, le Soudan ne cesse de progresser sous la houlette de Mohamed "Mazda" Abdullah. "Nous avons réussi notre tournoi", résumait le sélectionneur des Faucons du Désert après une défaite pourtant lourde face à la Zambie en quart de finale. "Depuis 1976, nous n'avions pas marqué le moindre but ni le moindre point dans cette compétition. Cette année, nous atteignons les quarts de finale."

Les stars
Kolo et Yaya Touré ont une nouvelle fois été les fers de lance de la Côte d'Ivoire, tout comme Gervinho, auteur d'un but décisif et magnifique en demi-finale. Malgré ses deux penalties ratés, en quart de finale contre la Guinée Équatoriale et en finale contre la Zambie, Drogba a été à son meilleur niveau lors de cette compétition. Avec le Mali, Keita a affiché une forme incroyable pour un joueur de 32 ans. Côté ghanéen, André Ayew a créé l'impression inverse, de manière positive, en révélant une expérience étonnante pour un footballeur de son âge.

Le bon parcours du Gabon doit beaucoup au Stéphanois Pierre-Emerick Aubameyang, qui a pourtant manqué le seul penalty de la série en quart de finale. Chez les champions d'Afrique, le capitaine Chris Katongo et son partenaire d'attaque Rainford Kalaba ont constamment pesé sur les défenses adverses tandis qu'à l'autre extrémité du terrain, le gardien Mweene a été impérial, ne s'inclinant jamais lors des matches à élimination directe. Le milieu de terrain marocain Younes Belhanda a montré de belles choses, malgré le tournoi décevant de son équipe. Côté tunisien, Youssef Msakni a joué un rôle important dans la qualification de son pays pour les quarts de finale et s'est signalé comme star potentielle pour les années à venir.

Le saviez-vous ?
L'édition 2012 de la CAN est la septième du nom à se décider aux tirs au but. La dernière à avoir connu une telle conclusion remonte à 2006, en Égypte. À cette occasion, c'est déjà la Côte d'Ivoire qui avait échoué.

La stat
7 -
C'est le nombre de joueurs qui finissent en tête du classement des buteurs de cette CAN 2012, avec trois réalisations chacun. Le Malien Cheick Diabaté a réussi ses trois buts dans les matches à élimination directe, tandis que le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang, l'Angolais Manucho et le Marocain Houssine Kharja ont inscrit les leurs en phase de groupes. Drogba, tout comme les Zambiens Chris Katongo et Emmanuel Mayuka, auraient pu terminer seuls meilleur buteur de la compétition s'il avait trouvé le chemin des filets en finale.

Entendu…
"Il y avait un signe du destin, un esprit avec nous. C'était écrit là-haut." - Hervé Renard, sélectionneur de la Zambie