A un tout petit pas de l'exploit
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Pendant près de 18 mois, la Juventus a dominé les débats en Serie A. Les invincibles Bianconeri ont finalement chuté de leur piédestal face à l'Inter Milan. Leur compteur restera bloqué à 49 matches sans défaite. L'exploit est de taille mais force est de constater que le football se nourrit aussi et surtout de symboles et de records. Dans ces conditions, les Turinois ne peuvent que regretter d'avoir échoué si près de la barre des 50 matches d'invincibilité. Cependant, la Juventus n'est pas la première à voir l'objectif se dérober, alors qu'il semblait à portée de main.  

Huit ans auparavant, les Invincibles d'Arsenal ont en effet laissé passer l'occasion de porter leur série de matches sans défaite à 50 unités, en s'inclinant face à Manchester United. À l'époque, Wayne Rooney avait fêté son 19ème anniversaire en scellant la victoire (2:0) des Red Devils. Deux ans plus tôt, les Gunners avaient déjà échoué à effacer un autre record du football anglais, celui du nombre de victoires consécutives que se partagent trois équipes. Tenue en échec par West Ham, la formation londonienne a vu sa série s'interrompre à 14 unités. Arsenal n'a donc pas pu faire mieux que Manchester United (en 1905), Bristol City et Preston North End.  

Au Venezuela, le CD Lara a lui aussi dû se contenter de partager un record. Les Rouge et Noir ont chuté sur le dernier obstacle, alors qu'ils s'apprêtaient à battre le record d'invincibilité établi par le Deportivo Portugues 45 ans auparavant. La frappe victorieuse de Carlos Lopez, du Deportivo Anzoategui, en deuxième mi-temps a irrémédiablement bloqué le compteur à 28 matches sans défaites. Les supporters se sont consolés en voyant leur équipe remporter ses six derniers matches de la saison et empocher le premier titre de son histoire parmi l'élite.

Beaucoup de joueurs de talent sont aussi passés à côté d'une place dans la légende, au premier rang desquels Gary Lineker. Alors qu'il ne lui manquait plus qu'un but pour égaler les 49 réalisations de Sir Bobby Charlton en équipe d'Angleterre, l'ancien attaquant de Tottenham a raté un penalty contre le Brésil en amical, en tentant une Panenka. Muet lors de l'UEFA EURO 1992, Lineker a pris sa retraite internationale sans parvenir à égaler le fameux record. 

"Quand Lineker s'est approché de mon record, les demandes d'interview ont commencé à affluer", explique Charlton, qui a profité des malheurs de l'attaquant pour lever des fonds pour une bonne cause. "Cette situation a fait le bonheur des œuvres de bienfaisance. À chaque fois que je parlais de Gary, je demandais au journal ou au magazine de faire un don. Finalement, il ne lui a manqué qu'un but mais je dois avouer qu'au fond de moi, j'étais heureux que mon record ait tenu."

Un autre buteur de renom s'est lui aussi révélé incapable de faire tomber un record vieux de 83 ans. Gunnar Nordahl figure sans conteste parmi les attaquants les plus efficaces de l'histoire de la Serie A. Au cours de sa première saison complète avec l'AC Milan, en 1949/50, le Suédois a inscrit 35 buts… soit un de moins que Gino Rosetti en 1928/29. L'année suivante, Nordahl s'est encore approché du record, en totalisant 34 buts. Depuis, personne n'a jamais reproduit de telles performances en Italie.

Gabriel Batistuta a vécu quelques-unes des plus belles années de sa carrière dans le Calcio. Toutefois, Batigol a bien failli perdre l'un de ses records en équipe d'Argentine le 14 novembre dernier. Lionel Messi a déjà fait aussi bien que l'ancien attaquant de la Fiorentina en marquant par 12 fois en sélection en une année. Un but face à l'Arabie Saoudite lui aurait donc permis d'effacer le nom de son illustre prédécesseur. Mais les efforts de la défense saoudienne ont sauvé Batistuta, au moins jusqu'à l'année prochaine.  

Dans un autre registre, il n'aura manqué qu'un petit but à Delio Onnis pour franchir une barre hautement symbolique. Entre 1971 et 1986, l'attaquant italo-argentin a inscrit 299 buts dans le championnat de France. Il reste cependant le meilleur réalisateur de l'histoire de l'élite française mais une ultime saison perturbée par des blessures à répétition ne lui a pas permis de porter son total à 300 unités. À Reims, Monaco, Tours et Toulon, Onnis a terminé cinq fois en tête du classement des buteurs et fini à trois reprises sur la deuxième marche. Pourtant, l'intéressé affirme n'avoir aucun regret : "Franchement, je n'ai pas l'impression d'avoir raté quelque chose. De toute façon, je n'aime pas les chiffres ronds !"

Les attaquants argentins ne sont pas les seuls à courir après les records. L'un des plus grands défenseurs de tous les temps a bien failli inscrire son nom dans la légende. Il a même été jusqu'à glisser le ballon au fond des filets avant de voir son but refusé, à tort. Le président de River Plate Daniel Passarella, l'un des meilleurs défenseurs de l'histoire de la sélection argentine, s'est toujours montré adroit dans le dernier geste. Lors de son second passage chez les Millonarios, il a failli signer son 100ème but sous les couleurs du géant de Buenos Aires.

En février 1989, Passarella expédie un superbe coup franc directement au fond des filets, alors que son équipe est à égalité avec Boca Juniors. Mais l'arbitre Juan Bava a annulé le but pour une faute dans la surface de réparation. Depuis, l'homme en noir a reconnu son erreur et a exprimé ses regrets à l'intéressé. Ironie du sort, le même Bava a exclu le champion du monde 1978 lors du Superclasico, l'année suivante. "Ce carton rouge pour son dernier match n'est pas ce que j'ai fait de pire. J'ai annulé son centième but", explique l'homme en noir. "Je me suis trompé. Il était venu me voir pour me demander : 'qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes fou ?' Je lui ai dit que je ne pouvais plus changer ma décision. Les supporters nous auraient tués ! J'ai reconnu après coup que je m'étais trompé et je me suis excusé. Je le respecte et je l'admire pour tout ce qu'il a accompli. Il restera toujours El Gran Capitan car il ne s'avouait jamais battu. C'était l'un des joueurs emblématiques de sa génération."