13 décembre 1992 : Raí montre la voie
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A priori, il n’y a rien de surprenant à ce que l’Avenida Paulista soit très fréquentée. Il s’agit en effet du centre financier de la grande métropole qu’est São Paulo. Ce qui est plus étonnant, c’est de voir une interminable file d’attente s’étirer sur la chaussée en cette fin d’après-midi de décembre 2012. Une file d’attente formée par des São-Paulinos désireux de se remémorer l’un des grands moments de leur histoire.

Le frisson déclenché par la publication du livre 1992 - O mundo em três cores (1992, le monde en trois couleurs) illustre bien l'importance de ce 13 décembre 1992 dans le cœur des supporters du São Paulo Futebol Clube. En cette fin d’après-midi à Tokyo, au petit matin à São Paulo, l’équipe dirigée par Telê Santana a acquis le droit d’être officiellement considérée comme l’une des meilleures de la planète et son joueur vedette s'est ouvert les portes du gotha mondial.

Dans 1992 - O mundo em três cores, ouvrage qu'il a coécrit avec le journaliste André Plihal, Raí raconte en détails ce jour qui a changé son destin et, surtout, celui du Clube da Fé. Après tout, il ne s'agissait pas seulement d’offrir une première Coupe Intercontinentale à l'équipe, qui plus est face à la constellation de stars barcelonaise. Il était aussi question de faire triompher un football spectaculaire et décomplexé, comme le raconte le numéro 10. "Sur une touche, Ronaldo Luís me donne la balle sur le côté gauche en attaque. Le ballon rebondit et je fais un sombrero en coup du foulard au joueur qui me marque. Je fais ça parce que les autres joueurs penseront sûrement : 'Si Raí, qui est normalement si sérieux, est dans cet état d’esprit, fait ce geste, alors nous aussi, on peut tenter des choses’. Je ne m’en souvenais pas, mais ce sombrero en coup du foulard a eu pour victime un certain Pep Guardiola."

Car avant la victoire et la libération, les Brésiliens ont eu peur, très peur même : au bout de 12 minutes de jeu, le Bulgare Hristo Stoichkov a déjà ouvert le score sur un superbe but. "On avait peur de deux choses et elles se sont produites : prendre un but rapide et que ce but soit inscrit par un joueur surveillé", se souvient la star. Heureusement pour les Sud-Américains, Raí est en état de grâce. "J'étais sur un nuage. Comme Romário en 1993 et 1994, ou Neymar ces derniers temps.Tout le monde sait que le joueur est bien. L'adversaire le sait, mais il ne parvient pas à l'empêcher de faire la décision."

"Spectacle et victoire"
En effet, si un élément de la machine collective de Telê Santana devait faire la différence face aux Koeman, Guardiola, Laudrup, Stoichkov et compagnie, il s'agirait de Raí. A la 27ème minute, sur le côté gauche, Müller se défait magistralement du latéral catalan Albert Ferrer et centre devant le but, à mi-hauteur. Un dosage parfait pour que Raí plonge et égalise... avec le ventre. Et le futur Parisien va encore se révéler décisif.

À la 78ème minute, il donne l'avantage aux siens sur un coup franc qu'il décrit avec précision. "Cinquante secondes, un instant : c'est le temps qui s'est écoulé entre la faute commise sur Palhinha et le coup franc que j'ai tiré. Je mentirais si je racontais maintenant que cela m'a paru une éternité. Ça n'a pas été le cas. J'étais très confiant, concentré, je savais que c'était un moment-clé et que j'allais tirer. Müller est venu vers moi et m'a dit quelque chose comme : 'Applique-toi, Raí, applique-toi'. Je ne voulais pas me déconcentrer alors j'ai simplement répondu : 'Je m'en occupe'. Combinaison travaillée à l'entraînement. Je fais rouler le ballon à Cafu, qui me le bloque et ma frappe croisée s'enroule au-dessus du mur pour se loger dans la lucarne droite. J'ai placé le ballon derrière le mur de façon à ce que le gardien soit masqué. Quand j'ai fait rouler le ballon, Zubizarreta s'est décalé d'un ou deux pas vers la gauche pour voir d'où partirait le ballon et fermer l'angle. Comme j'ai tiré dans le coin opposé, il n'a pas pu réagir."

C'est ainsi que l'une des frappes les plus importantes de l'histoire de São Paulo a changé le destin de cette équipe et de son meilleur élément. Le travail de Telê Santana - vers lequel Raí a couru après avoir marqué - était enfin récompensé. Contrairement à ce qui s'était passé lors des Coupes du Monde de la FIFA 1982 et 1986, il avait réussi à réunir les deux ingrédients de la gloire : le spectacle, bien sûr, mais aussi la victoire. "Telê nous a enseigné, jour après jour, la beauté du jeu collectif", raconte encore Raí. "Il donnait un sens poétique au cliché voulant qu'une ou deux stars font gagner des matches, et qu'une équipe harmonieuse fait gagner des titres. Et sur cette finale, nous avons livré un récital."