Iniesta : "Nous pouvons gagner en France"

L'Espagnol Andrés Iniesta est, selon les dires de ses propres collègues, un footballeur parfait. Intelligent, élégant et efficace, il est non seulement le cerveau du FC Barcelone et de la sélection espagnole, mais a également marqué le but le plus important de l'histoire de la Roja : une reprise à mi-hauteur du pied droit qui a offert à l'Espagne sa première Coupe du Monde de la FIFA™.

Dix ans après sa première apparition sur la scène internationale à l'occasion de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Émirats Arabes Unis 2003, le natif de Fuentealbilla affiche la même ambition que celle qui lui a permis de prendre place sur le podium des finalistes du FIFA Ballon d'Or aux côtés de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo. FIFA.com a parlé avec lui de ses sources d'inspiration, de ses modèles et de ses objectifs immédiats avec l'équipe culé et la sélection championne du monde.

Andrés Iniesta, vous êtes devenu un habitué du Gala FIFA Ballon d'Or. Quelles sensations vous animent dans ce type d'événements, en tenant compte des années qui passent ?
De très bonnes sensations, très bonnes. Quand vous y pensez à tête reposée, c'est un motif de joie de compter parmi les joueurs choisis pour ces prix, de faire partie du onze mondial. C'est formidable que les gens reconnaissent la valeur de ce que vous faites. C'est quelque chose de très particulier, vraiment.

Beaucoup disent que Messi marque les buts, mais que c'est Iniesta qui fait avancer Barcelone. Que pensez-vous de cette affirmation ?
Je pense que c'est le potentiel de chacun poussé à fond qui fait une grande équipe. Le Barça est meilleur avec Leo, et Leo est meilleur avec le Barça. Le football n'est pas un jeu individuel, c'est un sport collectif où c'est la somme de tous qui fait que les individualités se voient beaucoup plus. Je suis meilleur avec Leo et Leo est meilleur avec nous, c'est ça qui est important : que tous, nous nous sentions responsables du travail bien fait.

Il n'y a pas longtemps, Messi a dit qu'il aurait été juste que le FIFA Ballon d'Or termine entre les mains d'Andrés Iniesta…
(rires) Venant de Leo, c'est un compliment. C'est un coéquipier avec qui je vis et avec lequel je joue depuis longtemps. C'est tellement bien. Le fait de partager un podium ne fait pas de nous des rivaux. Pour moi, c'est un coéquipier. Le fait qu'il ait gagné un quatrième Ballon d'Or me rend aussi heureux.

Si l'on revient sur l'année 2012, au terme de laquelle vous avez été élu meilleur joueur de l'UEFA, quel moment est resté le plus vivement gravé dans votre mémoire ?
Peut-être l'EURO, en raison de l'importance qu'a eue ce tournoi pour l'équipe. Nous avons réalisé quelque chose qu'aucune autre sélection n'a réussi à faire. Et puis, je le dis souvent : je garde la sensation d'avoir bien joué, d'avoir été heureux et d'avoir progressé. Ce sont les meilleurs critères que je peux avoir au fil des ans.

Dans un entretien récent, vous avez dit que votre niveau sur le terrain était le reflet de ce qui se passait en dehors. Que se passe-t-il actuellement dans la vie personnelle d'Andrés Iniesta pour qu'il affiche un niveau aussi élevé ?
Le secret, c'est la stabilité que je trouve en dehors du terrain : avec ma femme, avec ma fille, avec ma famille, avec les gens qui m'entourent. Mais chaque personne est différente… Il y a des joueurs, même parmi les plus grands, qui trouvent un bon refuge sur le terrain pour évacuer tout ce qui ne va pas en dehors. Dans mon cas, je pense que les deux mondes sont très liés.

En 2012, Barcelone n'a remporté qu'un seul titre alors que depuis plusieurs années, vous et vos coéquipiers nous aviez habitués à plus. Ce titre a-t-il été un peu fade ?
Non, il n'a pas été fade, car la Coupe du Roi n'est pas fade. En plus, nous sommes passés très près en Ligue des champions. En sport, ou en tout cas au Barça, vous devez toujours vous battre pour tout. Disons qu'il nous a manqué en 2012 un petit quelque chose que nous avions eu les années précédentes. En 2012, nous sommes arrivés tout près, mais il nous a manqué ce petit quelque chose. Cette année, nous avons la motivation de nous battre à nouveau pour tout.

Sur le plan extra footballistique, 2012 a été une année un peu particulière avec le départ de Pep Guardiola, la maladie d'Éric Abidal, la rechute de Tito Vilanova. Comment tout cela se répercute-t-il dans un groupe aussi uni et depuis tant d'années ?
Le départ de Guardiola fait partie des choses qui arrivent : le club et lui-même sont arrivés à cet accord. C'est donc une chose normale, naturelle, qui arrive très souvent dans n'importe quelle équipe. En revanche, les deux autres choses ont été très dures à encaisser, très dures à vivre, surtout évidemment pour les deux personnes concernées et leur famille. Nous, la seule chose que nous pouvions faire était d'être à leurs côtés, de tout donner et de les soutenir pour que progressivement, ils puissent se remettre et revenir dans le groupe. La vitalité et l'envie qui animent le groupe aujourd'hui s'expliquent aussi par ces coups durs que nous avons réussi à surmonter.

Verra-t-on un jour Iniesta avec un autre maillot que celui du FC Barcelone ?
Mon rêve et mon espoir, je le dis toujours, seraient de terminer et de prendre ma retraite dans le club où je suis arrivé à l'âge de 12 ans et qui m'a donné pratiquement tout. Aujourd'hui évidemment, ça ne me vient pas à l'esprit, car je suis au meilleur endroit possible. Je dis aussi que c'est mon rendement qui décidera jusqu'où j'irai. Le jour où je sentirai que je ne me donne plus à 100%, je ne tricherai pas avec mon club. C'est logique.

De Barcelone, passons à la sélection. La Coupe des Confédérations de la FIFA de cette année est-elle une occasion de prendre votre revanche après l'élimination à Afrique du Sud 2009 ?
Dans le football, il y a toujours une deuxième chance, une autre opportunité d'essayer de gagner. Ou de récupérer ce que vous avez perdu. Ainsi cette année, nous avons la possibilité de le faire, de gagner cette compétition et nous irons dans ce but. Nous sommes champions du monde en titre et nous jouerons au Brésil, qui est un endroit très particulier, avec son public… Ça va être magnifique !

En parlant du Brésil, que pensez-vous des qualifications ? Le groupe est devenu intéressant après votre match nul contre la France.
Oui, c'est certain. Cela confirme ce que nous disons depuis longtemps : aujourd'hui, toutes les équipes sont difficiles à battre. Peu importe l'équipe, et encore plus si c'est la France. Si dans un match, vous n'êtes pas à 100%, l'adversaire peut vous battre ou faire match nul. C'est ce qui est arrivé contre la France. Mais nous avons entièrement confiance de pouvoir rester premiers, de bien négocier les matches qui nous restent et aussi, pourquoi pas, d'aller gagner en France. La sélection en est capable.

Aujourd'hui, tout le monde fait l'éloge de l'intelligence de jeu d'Andrés Iniesta, mais quand vous étiez petit, quels joueurs admiriez-vous ? Qui vouliez-vous imiter ?
Eh bien quand j'étais petit, je regardais beaucoup Pep Guardiola et Michael Laudrup. C'étaient les deux joueurs auxquels je voulais le plus ressembler. J'essayais de faire les choses comme eux. Ensuite, au fil du temps, j'ai pu constater qu'ils avaient été de bons exemples à suivre. Aujourd'hui, les jeunes regardent ce que je fais. C'est un signe que les choses sont bien faites.

C'est aussi une grande responsabilité car aujourd'hui avec les médias, tout ce que vous faites sur le terrain et en dehors arrive aux yeux et aux oreilles du monde entier. Comment gérez-vous cela ?
Oui, c'est certain. Une pièce a deux côtés, n'est-ce pas ? Pour le meilleur et pour le pire. Mais c'est quelque chose que l'on gère naturellement. Ça fait partie de notre travail. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seulement des joueurs de football, nous sommes aussi très observés par beaucoup de gens qui veulent nous ressembler ou essayer de faire comme nous. C'est une grande responsabilité.

En guise de conclusion, quels sont vos vœux pour 2013 ?
La santé. De pouvoir m'entraîner et bien jouer, c'est le plus important. Le reste, selon ce que décide le destin, les choses peuvent aller mieux ou moins bien. Je souhaite avant tout être bien pour pouvoir prendre du plaisir à ce que je fais, sur le terrain comme en dehors.