Tandis que les Italiens récupèrent encore de cette formidable soirée du 9 juillet 2006, une étrange publicité à envahi les écrans de télévision : "La Coupe du Monde de la FIFA, c'est comme les belles rencontres, ça n'arrive qu'une fois tous les quatre ans"..
Pour l'Italie, Allemagne 2006 fut surtout l'occasion de renouer avec une vieille histoire d'amour. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les souvenirs d'un bel été espagnol de 1982 étaient de nouveau présents dans toutes les têtes.
A la veille de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, les Azzurri se retrouvaient sous les feux de l'actualité. En effet, quatre des plus grands clubs du pays étaient impliqués dans le fameux "calciopoli", une affaire qui menace de bouleverser durablement le championnat national. Le capitaine Fabio Cannavaro, le gardien Gianluigi Buffon et même le sélectionneur Marcello Lippi ont ainsi dû se rendre aux convocations du juge dans le cadre de cette grande enquête sur la corruption dans le milieu du football italien.
Face à cette situation, les internationaux ont choisi de faire corps. Solidaires dans la tourmente, ils assuraient vouloir réussir une Coupe du Monde de la FIFA "exceptionnelle" pour répondre aux critiques. Fort de son expérience à la Juventus, Lippi a réussi à bâtir une équipe de caractère au cours de ces deux dernières années. Le groupe aurait pourtant pu se fissurer face à une telle pression mais, au contraire, il en est sorti renforcé.
L'Italie s'est avant tout appuyée sur un formidable gardien, une défense de fer et un milieu de terrain bien organisé. Si aucun attaquant ne s'est véritablement imposé comme un buteur de génie, les six joueurs retenus par Lippi ont apporté leur contribution. Ainsi, Totti, Del Piero, Gilardino, Iaquinta et Inzaghi ont tous marqué un but au cours du tournoi. Luca Toni a même fait mieux puisqu'il termine la compétition avec deux unités au compteur.
Le parcours des Italiens a été fait de hauts et de bas mais, selon Lippi, la victoire face à la République Tchèque a marqué un tournant décisif dans cette aventure. En effet, en disposant de la Reprezentace à Hambourg, l'Italie s'est assurée la première place du Groupe E, un élément déterminant pour la suite de la compétition, à en croire le sélectionneur national. Pourtant, tout avait mal commencé ce jour-là : Nedved avait posé de nombreux problèmes à la défense italienne, obligeant Buffon à réaliser des prouesses dans le but. Pour ne rien arranger, Alessandro Nesta allait sortir sur blessure après quelques minutes de jeu. Ironie du sort, c'est son remplaçant, Marco Materazzi, qui allait faire la différence en ouvrant le score sur corner.
Une victoire pour l'Histoire
Après leur victoire sur le Ghana à Hanovre et le match nul concédé face aux Etats-Unis à Kaiserslautern, les Italiens ont pris conscience de leur énorme potentiel. Tout à coup, la finale semblait beaucoup plus accessible, d'autant que la France, deuxième de sa poule derrière la Suisse, ne devait plus croiser sa route en quarts de finale.
Malheureusement, le huitième de finale contre l'Australie à Kaiserslautern s'est rapidement changé en traquenard. Il aura fallu un penalty obtenu à l'ultime minute de jeu par Fabio Grosso pour permettre aux hommes de Lippi de s'imposer face aux Socceroos. Après avoir disputé presque toute la deuxième mi-temps à dix contre onze, les Italiens et Francesco Totti ont su garder leur sang-froid dans les moments décisifs. Pour sa sortie suivante, le quart de finale à Hambourg, l'Italie s'est plus nettement imposée (3-0) face à l'Ukraine.
L'heure était donc venue pour les Italiens de se rendre à Dortmund pour y retrouver l'Allemagne et disputer une demi-finale qui allait rester dans l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA. Dominatrice en première période, l'équipe entraînée par Lippi a subi les effets de la fatigue après la pause, laissant les Allemands revenir dans le match. Incapables de faire la différence, les deux formations ont dû se résoudre à entamer la prolongation. La rencontre a alors atteint de nouveaux sommets : comme deux poids lourds au bord du KO, l'Italie et l'Allemagne sont tour à tour passés tout près de la catastrophe.
Dès lors, il était évident que la première équipe à tomber ne se relèverait pas. Profitant d'une seconde d'inattention dans les dernières minutes de la partie, Grosso a réussi à se démarquer en pleine surface de réparation. Intelligemment servi par Pirlo, il a offert la victoire à l'Italie, quelques secondes avant que Del Piero n'inscrive le deuxième but, synonyme de finale.
Si l'Italie avait eu la chance d'éviter la France en quarts de finale, elle allait devoir affronter sa vieille rivale à Berlin avec le titre mondial à la clé. En marquant en tout début de match, Zinédine Zidane a cru un instant avoir fait le plus difficile, mais Materazzi allait remettre les deux équipes à égalité quelques minutes plus tard. A partir de la deuxième période, la France n'a cessé d'accentuer sa pression sur le but de Buffon, mais l'infatigable Gattuso n'a jamais rien lâché au milieu du terrain. Epuisés, les attaquants italiens ont vite rendu les armes, laissant le soin à leurs défenseurs de les conduire jusqu'à la séance des tirs au but. Cette épreuve n'avait pourtant jamais vraiment souri aux Italiens, mais cette fois, les choses allaient être différentes.
Lippi passe le relais à Donadoni
Car tous les tireurs italiens ont touché la cible. Daniele De Rossi, de retour sur le terrain après une suspension de quatre matches, n'a pas tremblé. Pirlo et Materazzi ont eux aussi trompé Barthez. A son tour, Del Piero a mystifié le gardien français. Il ne restait plus à Grosso qu'à parachever le chef-d'œuvre et, à ce moment, une évidence s'est imposée dans tous les esprits : il allait marquer. Après toutes ces années, le temps de l'Italie était à nouveau venu.
En voyant Cannavaro soulever le trophée tant convoité en compagnie de ses coéquipiers, le monde entier a compris que cette belle histoire d'amour entre l'Italie et le football ne mourrait jamais.
A l'issue de la grande fête organisée au Circus Maximus de Rome, Marcello Lippi a choisi de passer la main. Pour lui succéder, les dirigeants italiens ont fait appel à Roberto Donadoni, qui n'aura certainement pas la tâche facile. Mais, quoi qu'il arrive, Donadoni peut être fier du travail accompli dans les années 90. Tous les tifosi comptent aujourd'hui sur lui pour suivre les traces laissées par son glorieux prédécesseur.