Dominique Rocheteau revient sur les France Italie auxquels il a participé et évoque la finale à venir.
Dominique Rocheteau, quel souvenir gardez-vous de votre premier France-Italie lors d'Argentine 1978 ?
J'étais remplaçant, donc je l'ai vécu depuis le banc de touche. C'était la première Coupe du Monde de notre génération et nous étions dans un groupe très difficile avec l'Italie et l'Argentine. Pour notre premier match face à l'Italie, on avait bien commencé avec le but de Bernard Lacombe. Mais l'expérience et le réalisme des Italiens nous ont fait mal. Sur le résultat, il n'y a rien à dire, cette défaite était tout à fait justifiée.
Lors de Mexique 1986, c'est l'heure de la revanche et vous vous imposez 2-0
Cette fois-ci, nous arrivions avec plus d'expérience. Avec la victoire lors de l'Euro 84 et la demi-finale 1982, nous avons acquis beaucoup de confiance et de maturité. On savait qu'on pouvait rivaliser avec les grandes équipes. Pourtant, lors de la phase de groupe, on ne voulait pas finir 2ème pour éviter de rencontrer l'Italie en huitième, et le Brésil en quart. Finalement, ça nous a plutôt réussi jusqu'en demi-finale. On n'a pas beaucoup prêté attention à ce match à cause du France Brésil qui a suivi et qui reste dans la mémoire collective. Mais c'était peut-être notre match le plus abouti. On gagne 2-0, et personnellement, je me souviens avoir offert une passe décisive à Michel Platini qui m'a souvent reproché de ne pas lui en faire assez (rires) !
Parlons maintenant de la finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006 de dimanche soir.
Ce sont les deux meilleures équipes du tournoi, avec peut-être l'Argentine qui avait joué un très beau football au premier tour. Ce sont en tout cas les deux équipes qui ont le mieux géré la compétition. Ce match se jouera à très peu de choses. Ce sera très serré et l'équipe qui marquera en premier fera vraisemblablement un grand pas vers le titre. Ce sera un match tactique et qui se jouera sur le coaching. J'espère bien voir la France marquer le plus tôt possible et s'imposer 1-0 avant la prolongation.
La France a-t-elle un avantage, au moins psychologique, au vu des dernières confrontations ?
Ce sont les deux meilleures défenses agrémentées de joueurs de grand talent. Mais l'Italie n'a pas de Zidane ni de Henry dans son effectif. Et le parcours de la France cette année me fait penser à celui de l'Italie en 1982 : ils ont eu beaucoup de mal à sortir de leur groupe et sont ensuite montés en puissance.
Les Italiens ont un gros potentiel offensif qu'ils n'utilisent pas assez. Lippi préfère la sûreté défensive et lancer les attaquants dans le bain en fin de match pour faire la différence. Grâce à cette tactique, ils se sont d'ailleurs qualifiés deux fois à l'extrême limite.
Selon vous, quel est le joueur qui ressemble le plus à Dominique Rocheteau aujourd'hui ? Dans l'effectif de Raymond Domenech, il n'y a pratiquement personne qui a le même profil que moi. Je dirais que c'est Robert Pirès qui s'en rapproche le plus, on a pratiquement le même jeu. Dans l'équipe actuelle, ce serait plutôt Ribéry, même si au niveau du tempérament, c'est plutôt un nouveau Jean-Pierre Papin.
Une dernière question : que vous évoque le nom de Marco Tardelli ?
On ne s'est jamais affronté directement en sélection. En 1978, il était sur la pelouse, j'étais sur le banc. En 1986, c'était l'inverse. C'est un grand joueur. Il a tout gagné en club et en sélection. Comme tout le monde, l'image qui vient à l'esprit est celle de sa joie lorsqu'il marque en finale d'Espagne 1982. Et puis, il est champion du monde, moi je ne le suis pas...