Une fois encore, le destin a fait un croc-en-jambe à une Espagne prometteuse. Cette fois-ci, c'est la France qui, en huitièmes de finale, a signé le billet retour de la Selección dans la péninsule.
L'équipe constituée depuis deux ans par Luis Aragonés est arrivée incognito à la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006. Des éliminatoires peu brillantes, des barrages bien négociés et une série de matches amicaux sans éclat avaient laissé planer le doute dans les rangs des aficionados.
Pour autant, après le jeu spectaculaire déployé face à l'Ukraine en début de tournoi, l'Espagne a entretenu l'illusion. La qualité du milieu de terrain, la maîtrise de la balle et le dynamisme du jeu de passes trouvaient un point d'orgue en attaque, avec des joueurs très inspirés s'offrant de jolis coups d'éclat. Et même si le deuxième match contre la Tunisie a mal commencé, la faute à un contre rapidement mené et brillamment conclu, le groupe a su faire face et nager à contre-courant pour aller chercher la victoire. Les remplaçants se sont chargés de glaner 3 derniers points au détriment de l'Arabie Saoudite, avant de prendre rendez-vous avec l'histoire en affrontant la France en huitièmes.
Les Espagnols ont dominé et ouvert le score, mais ils n'ont pas su convertir leur supériorité en buts et ils ont commis des erreurs dont les vétérans français n'ont pas manqué de profiter. Les jeunes Ibères se sont délités.
En bon père de famille, Aragonés a défendu ses troupes : "L'Espagne n'a été inférieure à personne. Une équipe qui mène 1-0, c'est difficile de la battre si tout le monde est à la hauteur. Ça n'a pas été mon cas ; j'aurais dû opter pour une formule qui empêche ce qui s'est passé. La rencontre a été équilibrée et la France a gagné sur des petits détails qu'elle a su mieux exploiter".
Il manque un leader
La sélection espagnole a fait montre de ses qualités balle au
pied, de son penchant pour la conservation du ballon, de son
assurance derrière et de son potentiel offensif, mais c'est
encore la confiance qui a fait défaut. Contre les
Bleus, elle a péché par excès de respect. La peur induite
par l'événement a paralysé l'attaque et bridé les
initiatives lorsqu'il fallait ouvrir des brèches dans la
défense adverse. Plus que le jeu ou les joueurs, c'est la force
mentale que la nouvelle génération ibérique n'a su trouver pour
relever le défi et détrôner les vieux Français.
Par ailleurs, la Furia roja est toujours en quête d'un joueur déterminant et charismatique à même de porter l'équipe sur ses épaules et de la guider vers la victoire. Malgré un effectif bourré de talent sur toutes les lignes, l'Espagne se cherche l'un de ces champions qui trouvent des solutions et qui font la différence. Raúl l'a été par moments, mais sur ce grand rendez-vous, il a baissé les yeux devant Zidane : son jeu s'est dilué et il n'y a eu personne pour sonner la révolte.
La flamme de l'espoir
En dépit de ce retour au pays prématuré, l'équilibre
entre jeunesse et expérience a laissé une bonne impression en
Allemagne et incite à l'optimisme. La puissance et
l'abnégation d'un Sergio Ramos, la fraîcheur et le culot
d'un Cesc Fábregas, la vaillance et l'adresse d'un
David Villa, la technique et le sens du but d'un Fernando
Torres sont des gages sur l'avenir pour une équipe qui a trouvé
son style. Mais elle a encore besoin que l'une de ses jeunes
perles endosse l'habit du
matador dont elle a besoin pour se dépasser lors des
matches importants.
Ayant manqué son objectif avoué, les demi-finales, Luis Aragonés a envisagé un instant de donner sa démission. Mais après réflexion, il a décidé de poursuivre le projet qu'il a lui-même entamé il y a deux ans. En ligne de mire, l'Euro 2008 constituera le banc d'essai d'une Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010, qui sera peut-être le rendez-vous définitif avec l'Histoire.