Le 3 juillet 2006, Hidetoshi Nakata a mis un terme à sa carrière de footballeur professionnel. Au cours des dix dernières années, l'international japonais s'est imposé comme l'une des forces majeures du football japonais… et asiatique.

L'annonce de sa retraite est tombée sur son site officiel , dans un article intitulé "Vivre c'est voyager, voyager c'est vivre". Agé de 29 ans, le milieu de terrain nippon écrit : "Il y a environ six mois que j'ai pris ma décision. Je savais que la Coupe du Monde serait mon chant du cygne".

Né en 1977, Nakata s'est révélé très tôt comme un phénomène du ballon rond, trouvant sa place en sélection japonaise dans chaque catégorie d'âge. Nakata a éclaté sur la scène internationale au Championnat du Monde U-17 de la FIFA 1993. Deux ans plus tard, il signe son premier contrat professionnel, en J-League (championnat du Japon de première division). En 1996, alors âgé de 19 ans, il crève l'écran au Tournoi Olympique de football d'Atlanta, qui marque le retour des Samouraïs sur la scène olympique, après une traversée du désert de 28 ans. Les Asiatiques battent alors le Brésil 1-0 en phase de groupes.

Quand arrive France 1998, Nakata est déjà titulaire incontesté en sélection nationale. Le baptême des Nippons dans l'épreuve reine marque également la première des trois participations de Nakata à l'événement mondial. Sur les dix matches disputés par son pays en Coupe du Monde de la FIFA (à France 1998, Corée/Japon 2002 et Allemagne 2006), l'ancien joueur de la Fiorentina et de l'AS Roma est le seul représentant du pays du Soleil levant à avoir participé à toutes les rencontres.

A Corée/Japon 2002, avec un Nakata au sommet de sa forme dans un rôle de meneur de jeu qui lui va comme un gant, le Japon enregistre sa première victoire dans le grand tournoi mondial. Cela permet au co-organisateur de l'épreuve d'atteindre le deuxième tour pour la première fois de son histoire. Au moment de prendre sa retraite, le milieu de terrain nippon totalise 77 sélections, pour 11 buts marqués.

L'incomparable talent de Nakata lui a permis de devenir l'un des joueurs asiatiques les plus prisés d'Europe. En 1998, il signe avec Pérouse, club italien de Serie A. La nouvelle recrue fait immédiatement la différence, inscrivant dix buts lors de sa première saison dans le championnat transalpin. Il rejoint ensuite la Roma, où son association avec Francesco Totti et Gabriel Batistuta fait des merveilles, puisque les Giallorossi font illico main basse sur le Scudetto. Après son séjour romain, le numéro 10 japonais prend la direction de Parme, puis de Bologne, et enfin de la Fiorentina. Sa dernière saison parmi l'élite européenne l'emmènera du côté de Bolton, en Premiership anglaise.

Finalement, c'est lors du troisième et ultime match du Japon dans le Groupe F, à Allemagne 2006, que Nakata a dit sayonara à l'équipe nationale. L'adversaire est alors le Brésil de Carlos Alberto Parreira et sa constellation de stars. On peut faire pire pour un jubilé ! Malheureusement pour le héros sur le départ, la Seleção ne fait aucun sentiment, écrasant les hommes de Zico sur le score de 4-1. Ces derniers voient ainsi s'envoler leurs espoirs d'atteindre les huitièmes de finale. Après le coup de sifflet final, Nakata s'écroule dans le rond central, épuisé, en pleurs.

Que retenir du petit génie japonais ? L'image d'un footballeur à la fois très doué et cultiv頖 il parle plusieurs langues, dont l'italien, l'anglais, l'espagnol et le portugais ? Ou alors celle de l'homme d'affaires, responsable du marketing pour une société de confiserie ? Intelligent et sensible, la star nipponne semble néanmoins avoir été poussée vers la sortie par la pression permanente qui règne dans le milieu du football.

"Après avoir signé mon premier contrat professionnel, je me souviens que lorsqu'on me demandait si j'aimais le football, je ne pouvais plus dire 'oui, j'adore', confie-t-il sur son site Internet. Quand j'étais gamin, c'est ce que je répondais. Mais plus tard, même si j'ai toujours été conscient d'être privilégié dans mon rôle de footballeur professionnel, j'ai en même temps perdu l'innocence, que je ressentais étant jeune, du gamin qui joue au foot par amour du jeu."

"Mais après le coup de sifflet final, le 22 juin contre le Brésil, j'ai retrouvé en moi le gosse qui aimait le football. Je savais que c'était mon dernier match professionnel et j'ai alors ressenti une émotion incontrôlable. C'est quelque chose qui m'a dépassé. Avec un tout petit peu de recul, je me rends compte que cette passion pour le football a toujours été en moi, mais elle était enfouie au plus profond. Heureusement, j'ai réussi à me construire une carapace qui m'a permis de préserver ce sentiment tout au long de ma carrière. La pire des choses aurait été de perdre cet amour du ballon rond."

"Pour me protéger de certaines situations, il m'est arrivé de réagir très froidement, comme une forteresse. Mais ce mur vient de tomber et je peux désormais donner libre cours à mes émotions. Le plus dur, c'est de quitter l'équipe du Japon et le football sans avoir rien gagné. Cela dit, je crois que tous ceux qui me suivent depuis longtemps me comprennent et qu'ils seront toujours là pour soutenir la nouvelle sélection nationale. C'est pourquoi je m'embarque dans mon nouveau voyage sans aucun regret".

Zico, sélectionneur du Japon à Allemagne 2006, a réagi à la retraite de Nakata sur son propre site Internet : "Le départ d'un joueur de son calibre est forcément une grosse perte pour l'équipe nationale. Sincèrement, je suis convaincu qu'il pourrait encore jouer au plus haut niveau pendant quelques années, mais je comprends sa décision. C'est un choix très personnel et il faut le respecter. Il aura toujours mon soutien, je lui adresse tous mes vœux de succès pour ses futures entreprises".

Selon certaines sources, Nakata aurait déjà investi dans l'immobilier à New York. Il prévoit par ailleurs de reprendre des études dans une université américaine. Pour la plus grande étoile de sa génération dans le football asiatique, l'avenir paraît donc lumineux.