Un soleil implacable inonde la pelouse du complexe sportif de Neu-Isenburg. Le mercure indique plus de 28 degrés Celsius et deux chiens profitent de l'ombre d'un chêne. On transpire à grosses gouttes. Pas seulement les spectateurs du "referee day", mais aussi la trentaine d'arbitres et d'assistants qui se préparent aux prochaines rencontres de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006.
Deux heures durant, les arbitres de la FIFA venus du monde entier s'échinent sous le ciel bleu. Au menu du jour : maintien de la condition et, surtout, exercices techniques. Un programme dont leurs prédécesseurs des temps héroïques n'auraient jamais osé rêver. Quand le football moderne naît, au milieu du XIXème siècle, ce sont d'abord les capitaines des deux équipes qui assurent le déroulement sportif et équitable du match sur le terrain. Ce n'est qu'en 1880 que la loi n° 15 délimite le rôle de l'arbitre. Elle stipule qu'un "arbitre peut être désigné de commun accord par les deux équipes opposées. Ce dernier doit assurer le contrôle du match et prendre tout son temps pour ce faire". Cent vingt-six ans plus tard, le rythme du jeu est devenu tel que les arbitres n'ont même plus le temps de souffler.
En moyenne, les arbitres de la Coupe du Monde de la FIFA effectuent 1300 changements de rythme et de direction, et parcourent entre onze et quatorze kilomètres par match. Pourtant, ils accusent de 15 à 20 ans de plus que la plupart des joueurs. Pour tenir le coup, les 21 hommes en noir désignés pour la Coupe du Monde de la FIFA et leurs assistants gardent chaque jour la forme sous la houlette de leur préparateur physique, le Belge Werner Helsen. FIFAworldcup.com a rencontré un des représentants les plus expérimentés du corps arbitral présent en Allemagne. A 38 ans, le Slovaque Lubos Michel nous fait découvrir le quotidien d'un arbitre à la Coupe du Monde de la FIFA lors d'un entretien à bâtons rompus.
M. Michel, cet entraînement dans des conditions si chaudes est-il amusant ?
Lubos Michel : Le football est toujours amusant, même quand le temps est caniculaire. Que le soleil brille ou qu'il pleuve, nous devons rester en forme. Pour bien arbitrer un match, l'arbitre doit absolument être en bonne forme physique.
Vous êtes un vieux briscard de la Coupe du Monde de la FIFA. Dans quelle mesure votre travail a-t-il évolué ces dernières années ?
Le rythme est beaucoup plus élevé que dans les années quatre-vingt-dix. Les joueurs ont fait d'énormes progrès sur le plan de la technique, de l'endurance et de la combativité. C'est pour cela qu'on nous demande de plus en plus.
Comment vous préparez-vous pour être à la hauteur de ces nouvelles exigences ?
Outre les entraînements quotidiens en matière de condition et de technique, nous nous préparons méticuleusement à chaque match par le biais de formations multimédias. Car nous devons rester concentrés pendant au moins 90 minutes. Quand les joueurs baissent de rythme dans le dernier quart d'heure, ils commettent des erreurs. C'est à ce moment-là que nous devons absolument rester concentrés.
Suivez-vous également une forme d'entraînement mental ?
Oui, cela fait partie de notre bagage. Nous possédons en Manuel López un excellent coach mental, qui joue un rôle précieux pour nous tous.
Vous astreignez-vous à un régime particulier ?
Il n'y a pas d'obligation. Mais nous mangeons évidemment de manière saine. Notre régime est riche en féculents, en légumes et en fruits. Et nous buvons au moins quatre litres d'eau par jour. Faire attention à son alimentation est important.
La Coupe du Monde de la FIFA fait-elle la part belle à la sportivité ?
Notre rôle est de protéger les joueurs créatifs. Et c'est bien ainsi. Nous aimons tous le football et nous voulons que le beau jeu puisse s'exprimer. Evidemment, nous commettons tous des erreurs, mais nous sommes des hommes et pas des machines. Au bout du compte, il ne faut pas oublier qu'on ne joue pas au football pour les arbitres, les joueurs ou les officiels, mais pour les supporters. Voilà pourquoi nous avons le devoir de veiller à ce que le jeu reste séduisant.
L'ambiance vous plaît-elle ?
Votre travail a-t-il un impact sur les compétitions futures ?
Je pense que cette Coupe du Monde servira d'exemple pour les tournois à venir, mais aussi pour les championnats. La Coupe du Monde sert toujours de modèle pour des développements futurs.
Comment dormez-vous avant un match ?
Je n'ai jamais de problème pour m'endormir. Lorsque j'arbitre un match en soirée, je m'autorise même une petite sieste. C'est finalement une routine pour nous et nous sommes en mesure de canaliser le trac d'avant-match. C'est pour cela que je dors comme un bébé avant une rencontre.