Ce ne sont pas les attaquants de renom qui manquaient en Allemagne. Pourtant, la Coupe du Monde de la FIFA qui est sur le point de s'achever a enregistré le plus petit nombre de buts depuis Italie 1990.
A la veille des deux ultimes confrontations d'Allemagne 2006, 141 buts ont été inscrits en 62 rencontres, ce qui représente une moyenne de 2,27 réalisations par match. Pour essayer de comprendre les raisons de cette relative pénurie, il est intéressant de se pencher sur la contribution des attaquants tout au long de l'épreuve.
A l'heure actuelle, c'est l'Allemand Miroslav Klose qui occupe la tête du classement du Soulier d'Or adidas, avec cinq réalisations. S'il ne trouve pas le chemin des filets, samedi dans la "petite finale" et que ce son poursuivant immédiat, Thierry Henry (trois réalisations), ne réussit pas de hat-trick dimanche à Berlin, nous aurons alors le meilleur buteur le moins prolifique depuis l'édition de 1962.
Pour analyser ces statistiques, FIFAworldcup.com a fait appel à l'ancien international péruvien Teófilo Cubillas, membre du Groupe d'Etude Technique (TSG) de la FIFA.
Auteur de cinq buts à Mexique 1970 et d'un deuxième quintuplé à Argentine 1978, Cubillas estime que les avants-centres ont souffert de leur position souvent isolée au sein de leurs formations respectives. "Dans cette Coupe du Monde, la plupart des équipes ont aligné un seul attaquant et plusieurs milieux offensifs, explique-t-il.
La tendance a été d'évoluer avec un homme de pointe, soutenu par les demis. L'Argentine avait (Hernán) Crespo et (Javier) Saviola, mais ce dernier jouait très en retrait. Même chose pour l'Allemagne avec Klose et (Lukas) Podolski, qui n'étaient jamais ensemble aux avant-postes. Dans le cas du Brésil, c'est Ronaldo qui était seul devant. Pareil pour Thierry Henry en équipe de France, ou Pauleta avec le Portugal."
Ce choix explique peut-être pourquoi, à part Klose, aucun attaquant n'a inscrit plus de trois buts. Et encore. Henry excepté, les vrais numéros 9 qui ont trouvé la faille à trois reprises se comptent sur les doigts de la main : Crespo, Ronaldo, Podolski, Fernando Torres et David Villa. Rien à voir avec la moisson de Corée/Japon 2002, où Ronaldo avait terminé le tournoi avec huit unités à son compte, Klose et Rivaldo cinq, Jon Dahl Tomasson quatre et cinq autres attaquants trois.
"Cette année, les milieux offensifs ont pris le pas sur les buteurs naturels, poursuit Cubillas. Ce que j'entends par 'buteurs naturels', ce sont les renards des surfaces, toujours à l'affût, comme (Miroslav) Klose. D'autres joueurs de ce type je pense par exemple à (Hernán) Crespo ou Ronaldo ont su être efficaces, mais de manière irrégulière. Klose, de son côté, a été constant dans son rôle de chasseurs de buts, du début à la fin."
Autre tendance relevée par Cubillas, la prudence accrue de toutes les équipes à partir de la phase des matches à élimination directe. Les chiffres confirment son analyse. La moyenne de buts par rencontre, qui était de 2,40 au premier tour, est ensuite tombée à 1,71, soit seulement 24 réalisations lors des 14 confrontations allant des huitièmes aux demi-finales.
"Il est évident que les équipes avaient surtout à cur de ne pas perdre. Prenez les quarts de finale. A part l'Italie, qui a inscrit trois buts, les autres matches se sont terminés par des 0-0 ou 1-0. Je pense que les sélectionneurs devraient mettre en place des schémas tactiques plus offensifs, afin que leurs joueurs se créent plus d'occasions. Car après tout, ce sont les buts qui font la beauté du football. Une rencontre sans buts est comme un jardin sans fleurs", conclut Cubillas.