Une élimination en phase finale, c'est toujours dur à digérer. La Suisse vient d'en faire la douloureuse expérience : jamais une équipe n'avait été aussi déçue depuis le début du tournoi. Tout avait pourtant bien démarré pour les Confédérés : en trois matches de poule, ils n'ont encaissé aucun but. Ils ont terminé premiers du Groupe G, s'assurant ainsi une place en huitièmes de finale.
Mais la jeune équipe de Jakob "Köbi" Kuhn a été stoppée dans son élan par l'Ukraine. Au Stade de la Coupe du Monde de la FIFA de Cologne, la Suisse n'a pas marqué le moindre but face aux Européens de l'Est. S'ensuivent alors trente minutes de prolongation. La défense helvétique se montre toujours infranchissable, alors que ses attaquants restent désespérément muets. Les deux équipes s'en remettent donc à la séance de tirs au but.
A ce moment, les Ukrainiens prouvent qu'ils ont les nerfs plus solides : ils réussissent trois tirs au but, tandis que les Suisses Marco Streller, Tranquillo Barnetta et Ricardo Cabanas échouent les uns après les autres. Au final : 3-0 pour l'Ukraine et une décevante élimination pour la Suisse. Cette défaite à été particulièrement dure pour les jeunes protégés de Kuhn, incapables de retenir leurs larmes à la fin de la rencontre.
Un record au goût amer
Dès le lendemain, les Helvétiques tentent de tirer un bilan positif de leur expérience. En Allemagne, ils ont établi un nouveau record, même si celui-ci ne compense pas leur immense déception : dans toute l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA, la Suisse est la première équipe à être éliminée en cours de route sans avoir encaissé le moindre but.
"La première déception est passée. Nous essayons maintenant de nous rappeler les meilleurs moments que nous avons passés avant cette fameuse séance de tirs au but. C'est bien d'avoir pu rêver de disputer un quart de finale en compagnie de trois ou quatre champions du monde. Malheureusement, l'Ukraine nous a empêché de réaliser ce rêve", conclut Jakob Kuhn le lendemain de l'élimination.
Les hommes de Kuhn sont sortis la tête haute : ils ont été accueillis en héros par des milliers de supporters à l'aéroport de Zurich. "C'est formidable d'être si bien reçu, mais il nous faudra encore du temps pour digérer cette défaite", rappelle Philipp Degen. Tout comme certains de ses jeunes coéquipiers, le défenseur a disputé une très belle phase finale.
La Suisse compte dans ses rangs cinq joueurs retenus pour le prix du Meilleur Jeune Joueur Gillette : Johan Djourou, Philippe Senderos, Blerim Dzemaili, Tranquillo Barnetta et Valon Behrami. Malgré leur jeune âge, ces joueurs ont su prouver qu'ils pouvaient s'adapter au plus au niveau de la compétition. Autre bonne nouvelle : le portier Pascal Zuberbühler, qui n'a encaissé aucun but en quatre matches, se classe aujourd'hui parmi les dix meilleurs gardiens de la Coupe du Monde de la FIFA.
L'optimisme sur tous les fronts
Comme de véritables champions du monde, les supporters helvétiques ont défendu leurs couleurs avec passion. A chaque match, on avait l'impression que la sélection suisse jouait à domicile. Grâce à eux, le tournoi s'est déroulé dans une ambiance incroyable. Ils n'ont pas hésité à encourager leur équipe de la première à la dernière minutes. "Nos supporters ont été formidables. Pour nous, ce soutien est la plus belle des récompenses", constate Kuhn à l'heure du bilan.
Tous ces points positifs devraient donc très vite effacer la déception de l'élimination. La Suisse peut désormais se tourner vers l'avenir. En associant de jeunes talents à des joueurs plus expérimentés, elle semble avoir trouvé un équilibre. Prochain objectif : le Championnat d'Europe 2008, dont elle assurera l'organisation. "Avec un peu plus d'expérience, nous serons certainement meilleurs. Dans deux ans, nous disposerons d'une équipe plus mature. J'espère que tous les joueurs seront en pleine forme, car nous n'avons pas les mêmes ressources que d'autres grandes nations du football. D'une manière ou d'une autre, nous allons progresser et en 2008, nous jouerons le titre", annonce Kuhn.
Les Suisses ont bien raison d'être optimistes : il suffit de voir le parcours actuel de l'Allemagne, pays organisateur de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, et le soutien dont elle bénéficie. "Je suis certain que nous aurons la même ambiance en 2008. Nous n'avons pas besoin de gens pessimistes", souligne le sélectionneur suisse.
Malgré ses 35 ans, le portier Zuberbühler n'a pas encore envisagé de prendre sa retraite et compte bien continuer l'aventure dans le onze helvétique : "Au prochain championnat d'Europe, je ferai tout pour conserver ce record d'invincibilité", a-t-il précisé.