C'est un Luiz Felipe Scolari à la fois réaliste et optimiste qui s'est présenté en conférence de presse avant la demi-finale de la Coupe du Monde de la FIFA entre la France et le Portugal. Au milieu d'une multitude d'éloges faits aux Bleus, le sélectionneur du Portugal a tenu à souligner l'occasion unique qui s'offre à la formation lusitanienne d'écrire la plus belle page de son histoire.
Certes cela fait 31 ans que le Portugal n'a pas battu la France, mais les chiffres n'effraient pas Scolari, bien au contraire. "C'est vrai qu'historiquement, nous avons un net désavantage par rapport à la France. Mais rien n'est définitif. Notre équipe s'est illustrée pour avoir inversé le sens des résultats qu'elle obtenait habituellement. Contre la France, elle a une nouvelle occasion de le faire. Cela faisait aussi 40 ans que nous n'avions pas battu le Brésil. Et c'est pourtant ce que nous avons fait à Porto. Ces chiffres font partie des choses dont on peut profiter pour travailler le côté psychologique avec les joueurs", affirme le sélectionneur portugais.
Et d'enchaîner en mettant d'emblée la pression sur les Français : "Compte tenu des titres qu'elle a déjà remportés, la France sera toujours favorite par rapport à nous. Mais le Portugal s'est surpassé. Il a une occasion unique de marquer l'histoire parce que ce ne sont pas toujours les favoris qui gagnent".
Felipão n'est pas de l'avis de ceux qui considèrent que l'équipe lusitanienne pratique un jeu dur. Il tient d'ailleurs à justifier sa réponse : "En trois ans et demi, le Portugal n'a reçu que deux cartons rouges... c'était dans ce match contre les Pays-Bas. Je ne sais pas combien en ont eu les Français...". Le technicien brésilien n'accorde pas beaucoup d'importance aux accusations d'une partie de la presse hexagonale.
Il préfère s'intéresser aux qualités des hommes de Raymond Domenech : "Nous devons nous inquiéter des joueurs français, qui sont exceptionnels. Notre responsable technique chargé d'observer deux de ses rencontres estime que la France est l'équipe la plus difficile sur laquelle nous puissions tomber. C'est une équipe très organisée, avec beaucoup de qualités. Elle possède des joueurs grands, techniques et qui enchaînent très bien. C'est donc, sans aucun doute, le match le plus difficile que nous aurons à disputer. Plus dur même que la finale si nous y parvenons, parce que la France est la mieux préparée des quatre demi-finalistes".
Malgré tout le respect qu'il accorde à son futur adversaire, les ambitions de Scolari ne se limitent pas à la demi-finale de mercredi. "Après tout ce que nous venons de connaître, il nous reste un rêve à réaliser. Tout le pays sait qu'il ne reste plus qu'un match. Avant le début de la Coupe du Monde, nous étions à la septième place du classement de la FIFA. J'étais donc en droit de demander à mes joueurs d'être présents en quarts de finale. Maintenant, on peut vraiment rêver au titre. Il ne nous reste qu'une marche à franchir et je suis persuadé que nous en sommes capables", assure le sélectionneur.
Zidane et Figo pour 15 ans de plus
Parmi les nombreuses louanges faites à la France, on en retiendra une. Ou plutôt deux : "Nous allons maintenir notre système de jeu, mais en accordant à Zidane tout le respect qu'il mérite. Nous devons nous en méfier car c'est un joueur qui peut faire basculer le sort d'une rencontre en une fraction de seconde. D'ailleurs, je trouve que des garçons comme Zidane et Figo devraient jouer 15 ans de plus. Le ballon est si heureux quand il est dans leurs pieds. Même pour leurs adversaires, c'est un plaisir de les voir jouer".
Malgré tout son talent, il n'est pas encore certain que Figo soit apte à disputer la rencontre face aux Bleus. Il en est de même pour Cristiano Ronaldo. Les deux ailiers ont repris un entraînement adapté hier. Scolari n'a guère apporté d'éclairage sur la situation. "Cristiano a plus de chances de jouer que Figo. On va voir comment ça va se passer", s'est-il contenté de dire.
En revanche, il est acquis que le Portugal pourra compter sur les retours de Costinha et Deco. Face à l'Angleterre, les deux joueurs ont purgé leur match de suspension suite à leur expulsion en huitième de finale contre les Pays-Bas. Aux dires de son entraîneur, le milieu d'origine brésilienne peut apporter un plus à la formation ibérique : "Il a été très bon contre l'Iran et les Pays-Bas, malgré son carton rouge. On se rend compte maintenant que ce n'était finalement pas si mal qu'il n'ait pas joué contre l'Angleterre. Demain, il aura des ailes sur le terrain. Deco et tous les autres sont prêts à donner encore plus que d'habitude".