Qui aurait dit avant la compétition que la France atteindrait la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2006 ? Mais après 120 bonnes minutes face à l'Italie, qui pensait encore que les Bleus repartiraient de Berlin sans le trophée ? C'est pourtant bien ce bilan mitigé que doivent aujourd'hui dresser Raymond Domenech et ses joueurs.
Quant les joueurs de l'équipe de France ont posé le pied l'Allemagne, il était bien difficile de trouver le moindre optimiste parmi leurs supporters. Après une Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002 catastrophique, un Euro 2004 guère plus enthousiasmant, des éliminatoires poussifs et des matches amicaux peu rassurants, les attentes étaient minimes. Les plus confiants évoquaient même un quart de finale, pas plus.
Les deux premiers matches des Bleus n'allaient pas rassurer grand monde. Sans aucun allant face à la Suisse (0-0), pris par une inquiétante peur de gagner' contre la République de Corée (1-1), les Français se mettaient vite dans une situation inconfortable. Condamnée à l'emporter par deux buts d'écart lors de l'ultime rencontre du premier tour face au Togo, la France va trouver le déclic dans les jours précédents ce rendez-vous décisif.
Des débuts décevants
"Après la rencontre face à la République de Corée, nous avions beaucoup d'interrogations, avait avoué William Gallas à FIFAworldcup.com. Nous nous sommes parlé et cela nous a fait du bien. Il y a eu comme un déclic entre ce match et celui décisif contre le Togo. Il y avait cette crainte de sortir dès le premier tour et cela a provoqué quelque chose en nous. Nous étions jusqu'alors conscients de nos qualités mais n'arrivions pas à les exploiter. Face au Togo nous nous sommes libérés."
Oubliées les peurs, effacé le spectre de 2002, les Français pouvaient alors démarrer une nouvelle compétition en affrontant l'Espagne en huitièmes de finale. C'est alors que la bande à Raymond Domenech va monter petit à petit en régime. Menés au score dès la demi-heure de jeu, les Tricolores vont d'abord revenir par leur révélation, Franck Ribéry, puis inscrire deux buts dans les dix dernières minutes par Patrick Vieira l'exemple même de la progression bleue dans Allemagne 2006 et Zinédine Zidane. Sans doute un match référence.
Mais c'est après le quart de finale face au Brésil champion du monde en titre, que la cote des Bleus a définitivement grimpé. Impressionnants de maîtrise dans la roue d'un Zidane étincelant, les Français ne vont jamais être inquiétés avant de s'imposer grâce à Thierry Henry (1-0). Dès lors en France, chaque geste de cette équipe est suivi par tout un peuple. Les scènes de joies dans les rues des grandes villes du pays ne sont pas sans rappeler 1998
Le triste jubilé de Zidane
Le parcours de la France ressemble à un merveilleux jubilé pour la génération Zidane - Thuram - Barthez - Makélélé (à un degré moindre puisqu'il n'avait pas vécu les grandes victoires de 98 et 2000). Après l'Espagne (quart de finale de l'Euro 2000) et le Brésil (finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1998), c'est un nouveau bon souvenir que les Français retrouvent en demi-finale : le Portugal (demi-finale de l'Euro 2000).
Au cours d'une rencontre fermée et tendue à souhait, les Français vont se satisfaire d'un penalty de Zidane inscrit dès la 33ème minute pour rejoindre leur deuxième finale de Coupe du Monde de la FIFA. Au rendez-vous de l'Olympiastadion, c'est un dernier meilleur ami' que les Tricolores retrouvent : l'Italie (finale de l'Euro 2000).
La suite, le monde entier ou presque la connaît. Au terme d'une première mi-temps hésitante, les Français sont bien heureux de rentrer aux vestiaires sur un score nul (1-1 : Zidane 7' s.p. ; Materazzi 19'). Mais dès la reprise, ils vont être la meilleure équipe sur le terrain sans pour autant concrétiser leurs occasions. Au cours de la prolongation, Zidane manquait d'entrer un peu plus dans l'histoire en réalisant un doublé (104'), mais Gianluigi Buffon sauvait les siens. Finalement le capitaine des Bleus abandonnait ses coéquipiers suite à un carton rouge reçu pour un coup de tête sur Materazzi (111'). La séance de tirs au but ajoutait encore un peu plus de tristesse sur les visages des Français (3-5).
Vite oublier la déception
Difficile de tirer autre chose qu'un bilan amer pour une équipe qui a montré de belles choses et regagné le coeur de nombreux supporters, avant de manquer la dernière marche pour si peu. Pourtant, les motifs de satisfaction sont nombreux. Car si Zidane a définitivement choisi de ranger ses crampons, les Bleus savent qu'ils possèdent déjà en Ribéry leur nouveau phénomène. A 23 ans, pour ses premiers matches sous le maillot national, le Marseillais a démontré qu'il savait déjà mettre toutes ses qualités au service du collectif.
Un constat que l'on peut également faire pour un William Gallas toujours plus impressionnant en défense. Sur les flancs, Eric Abidal et Willy Sagnol ont su rapidement devenir incontournables et de vrais patrons du groupe. Dans son rôle de vice-capitaine, Patrick Vieira a bien souvent rameuté la troupe et initié le jeu français. Contraint de sortir sur blessure en finale, il a cédé sa place à un Alou Diarra solide comme un roc dans l'entrejeu.
Alors si la génération 98 a sans doute vécu son crépuscule dans la nuit berlinoise Lilian Thuram avoue tout de même hésiter à arrêter définitivement Raymond Domenech et l'équipe de France ont sans doute de beaux jours devant eux. Car dans la difficulté des éliminatoires pour Allemagne 2006, le sélectionneur n'avait pas hésité à faire confiance à des joueurs comme Rio Mavuba (22 ans) qui formera sans doute l'ossature bleue dans les années à venir. Difficile encore de parler de 2010 mais nul doute que les futurs Bleus mettront un point d'honneur à vite oublier l'immense déception allemande.