Les gros titres et les grands mots
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Sitôt le Tirage au sort final de vendredi terminé, l'heure était à la diplomatique langue de bois au Cap. Les sélectionneurs ont été les premiers à s'exprimer. Évitant soigneusement de fournir des sources de motivation à leurs adversaires, ils ont généreusement pioché dans le registre lexical de circonstance, où les "il faut respecter cette équipe", "il ne faut sous-estimer personne" et autres poncifs du genre sont quasi-incontournables.

Les journalistes, en revanche, n'ont pas mis de gants pour exprimer l'impression laissée par le tirage dans leur pays.

Le premier coup du Sun
"Nous nous la sommes trop racontée. Il faut arrêter. Pour les prochaines compétitions, il va falloir apprendre à être humbles et à rester mesurés". Telle avait été la réaction de Steven Gerrard à propos d'Allemagne 2006 et de la légendaire propension de l'Angleterre à s'enflammer outre mesure dès qu'il s'agit de son équipe nationale. L'appel au calme du Red a-t-il été entendu après le tirage pour 2010 ? La première page du Sun semble plutôt indiquer le contraire. Voyez donc l'anagramme composé par le quotidien le plus lu outre-Manche pour résumer la composition du Groupe C :

England
A
lgeria
S
lovenia
Y
anks

Easy, facile donc !

Cette appréciation à l'emporte-pièce n'est pas passée inaperçue, surtout de l'autre côté de l'Atlantique, où le Los Angeles Times a qualifié d'insultante la réaction du journal anglais. Mais la presse américaine n'a pas seulement donné dans l'indignation. C'est ainsi que The Washington Times estime que "les États-Unis ont bénéficié d'un tirage très favorable ; rien à voir avec le tant redouté groupe de la mort".

Cela dit, tous les membres de ce Groupe C affichent une grosse confiance quant à leurs chances de qualification. Selon le quotidien algérien Al Khabar, les Fennecs ont "une énorme chance" de se qualifier, "voire de terminer en tête du groupe".

Toujours en Afrique, la confiance est également de mise au Nigeria, où l'ancien directeur technique Kashimawo Laloko juge le Groupe B "facile" dans les colonnes de Vanguard.

Même son de cloche du côté de l'Argentine, tête de série de cette poule. Le quotidien sportif Olé résume cette satisfaction en soulignant que cette fois, les Albicelestes ne sont pas tombés dans le "grupo de la muerte" (le groupe de la mort) - comme en 2002 et 2006 - mais dans le "grupo de la suerte" (le groupe de la chance). En Grèce, les journalistes se sont montrés plus tempérés. Greeksoccer.com médite ainsi sur la "troublante ironie" que constituent les retrouvailles avec l'Argentine et le Nigeria, deux pays qui avaient gâché les grands débuts hellènes dans l'épreuve suprême, à États-Unis 1994. En République de Corée, United News a aussi adopté une perspective historique. Son titre "Huh Jung-Moo retrouve Maradona" rappelle l'intraitable marquage infligé par le désormais entraîneur des Guerriers Taeguk à son homologue argentin lors de l'entrée en lice des deux équipes à Mexique 1986.

Satisfaction et défi
Les facteurs historiques ont également ajouté du piment à ce qui est, sur le papier, le groupe le plus relevé d'Afrique du Sud 2010 : le G. Taquin, Dunga a donné un léger coup de canif dans le tacite pacte de non-agression en résumant le match de la Seleçao contre le Portugal à un "Brésil contre Brésil B". Quant à la présence dans ce groupe de la RDP Corée, elle n'est pas sans raviver des souvenirs d'Angleterre 1966, où Eusebio avait été le grand héros de la victoire 5:3 contre les Asiatiques. Les médias ivoiriens ont quant à eux partagé l'avis du sélectionneur national Vahid Halilhodzic en qualifiant ce tirage de "terrible". Mais les journalistes croient tout de même les Éléphants capables de piétiner les pronostics.

Au Brésil, les réactions se sont voulues plutôt prudentes. O Globo se réjouit toutefois de la "nouvelle expérience" que constitueront ces confrontations face à des équipes "n'ayant pratiquement aucune histoire en Coupe du Monde". Quant à Placar, il considère que l'équipe de Dunga "n'a aucune raison de craindre une qualification extrêmement difficile". Journal pro-nord-coréen basé au Japon, Choson Sinbo tient des propos pleins de défi. Se souvenant de l'épisode de 1966, la journaliste écrit : "Rien n'est impossible à ceux qui ont une volonté féroce. Le décor est planté pour que le football nord-coréen écrive une nouvelle page de sa légende".

Autre prétendant à l'étiquette de "groupe de la mort", le Groupe D a suscité des réactions contrastées. GhanaWeb reconnaît que les Black Stars "vont devoir négocier un premier tour difficile" tandis que le journal serbe Alo se risque à un pronostic osé : "Le Ghana et la Serbie devant les Allemands". La presse australienne préfère ne pas trop se mouiller, le Sydney Morning Herald décrivant cette poule comme "un test difficile mais pas impossible". De son côté, The Age estime que les Socceroos "n'ont pas trop été gâtés par le tirage".

En Allemagne, difficile de dégager une tendance franche chez les médias, comme l'illustre la différence d'opinions entre le Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Frankfurter Rundschau. Le premier faisait remarquer que le sélectionneur Joachim Löw "n'avait pas l'air très content" tandis que le second le trouvait "extrêmement détendu".

L'Espagne prudente, les organisateurs félicités
En Espagne, le verdict a également été accueilli par des réactions variées, mais pour des raisons bien différentes. Malgré le satisfecit général engendré par la présence de la Roja aux côtés de la Suisse, du Chili et du Honduras, le grand quotidien sportif Marca redoute la perspective d'un huitième contre le Brésil, le Portugal ou la Côte d'Ivoire. Et le journal catalan Sport de creuser cette idée : "Souvenez-vous de la facilité avec laquelle l'Espagne a négocié la phase de groupes avant de sombrer en huitièmes contre la France... Il y a donc des raisons de trembler, ou tout du moins d'être prudent".

En Italie, la Gazzetta dello Sport reprend la requête de Marcello Lippi dans sa une : "S'il vous plaît, ne dites pas que c'est facile". Mais la presse transalpine n'a pas adopté la même posture que le sélectionneur. Pour elle, les Azzurri n'auront aucune excuse pour se défendre s'ils ne terminent pas devant le Paraguay, la Slovaquie et la Nouvelle-Zélande dans le Groupe F. Grands outsiders d'Afrique du Sud 2010, les Kiwis se jugeaient plutôt bien lotis, comme le prouve le titre du New Zealand Herald : "Tirage de rêve pour les All Whites".

Aux Pays-Bas, au Danemark, au Japon et au Cameroun, les observateurs ont dû commenter l'un des groupes les plus équilibrés de la compétition. Les Néerlandais, et c'est logique, sont les plus confiants, tandis que les Japonais semblent les plus pessimistes. Le Daily Yomiuri annonce ainsi que l'équipe de Takeshi Okada "aura du pain sur la planche" pour s'extirper de ce Groupe E.

Enfin, les organisateurs sud-africains ont été versés dans un autre groupe à l'issue très incertaine. Le Pretoria News parle de "tirage de l'enfer" et le Saturday Argus de "tirage monstrueux". Les autres membres de ce Groupe A sont plus enjoués. En France, L’Équipe pense que les Bleus ont été "encore chanceux" tandis qu'au Mexique, Record se réjouit de voir les Aztèques disputer le match d'ouverture.

Par ailleurs, la cérémonie en elle-même a engendré des louanges dans l'ensemble de la presse. Le Sunday Times sud-africain titrait "L'Afrique du Sud éblouit le Monde" et le Times britannique saluait "un tirage bien organisé", "une immense fête dans les rues" et "une grande soirée dans l'histoire de l'Afrique du Sud". Tout le monde a sûrement hâte de revivre ce genre de soirées en 2010.