A Montserrat, on a un certain nombre de problèmes à régler avant de s'intéresser au football. Les facéties d'un volcan dont les cendres toxiques arrosent les environs du cratère ; des ouragans dont la violence n'a d'égal que la fréquence ; une population qui diminue à vue d'œil : tels sont quelques-uns des fléaux qui constituent le quotidien des habitants du territoire d'outre-mer britannique, dans les Petites Antilles.

Depuis l'éruption du volcan de la Soufrière qui a détruit la capitale Plymouth en 1995, l'île a perdu les deux tiers de sa population.

Moins de 5 000 personnes y vivent aujourd'hui, animées d'une volonté et d'un optimisme inimaginables au regard des forces qui menacent leur existence même (le volcan est toujours actif et entre régulièrement en éruption). Dans ce contexte, où il y va de la survie d'un peuple et de sa culture, où l'apocalypse est au coin de la rue, les habitants de Montserrat font preuve d'un mélange - plus fréquent qu'on ne le pense aux Antilles - de calme et d'humour.

Comme, par exemple, lorsqu'ils évoquent leur match d'éliminatoires à venir pour la prochaine Coupe du Monde de la FIFA.

"Ici, à Montserrat, nous avons connu des moments difficiles", explique Claude Hogan, sélectionneur national et responsable du développement pour la Fédération montserratienne de football. C'est le moins qu'on puisse dire, est-on tenté d'ajouter. "Depuis 1995, nous avons perdu une bonne partie de la population à cause du volcan".

Au cours de la dernière décennie, le destin de l'équipe nationale de football, depuis toujours l'une des plus faibles au niveau mondial, a été étroitement lié à celui du reste de la population. A l'image de celle-ci, de nombreux joueurs ont émigré vers l'Angleterre, les Etats-Unis ou les îles voisines.

"La plupart de nos joueurs vivent aujourd'hui en Angleterre comme réfugiés, confie à FIFA.com Cecil Lake, ancien gardien en sélection et désormais entraîneur adjoint de l'équipe nationale. Il reste quelques internationaux sur l'île, mais la grande majorité a dû partir".

"Nous tenons à jour une base de données qui nous permet de savoir en permanence où se trouvent nos sélectionnables", poursuit l'ancien portier, héros malheureux du match contre le Bhoutan. Dans cette Autre finale, pour reprendre le titre d'un documentaire consacré à l'événement, Lake avait concédé quatre buts. La défaite de Montserrat (4:0) avait valu à l'équipe le titre officieux, mais néanmoins peu flatteur, de "pire équipe du monde".

Suite à l'éruption de la Soufrière en 1995, les insulaires se sont dispersés aux quatre coins du monde. Parmi les quelques milliers de personnes qui n'ont pas quitté l'île, on compte une poignée d'internationaux. Aux grands maux les grands remèdes : la Fédération a décidé de créer deux centres d'entraînement pour l'équipe nationale, en vue du match éliminatoire contre le Surinam. La rencontre aura lieu le 26 mars prochain à Trinidad. Ottley Laborde, officier de police et ancien international montserratien, sera chargé de la préparation des troupes sur l'île. A quelques milliers de kilomètres de là, en Angleterre, Darryl Brade fera... exactement la même chose avec les expatriés !

"Presque tous nos joueurs vivent, jouent et travaillent à Birmingham, Londres ou dans d'autres villes anglaises, continue Lake. Mais malgré cette dispersion géographique, je dois dire que notre équipe a un niveau correct".

Les deux pros
Le contingent anglais de la sélection antillaise compte même dans ses rangs deux vrais professionnels, les seuls de l'équipe. Le premier, Junior Mendes, né en Angleterre de parents montserratiens, a porté les couleurs de Notts County (quatrième division anglaise). Il évolue aujourd'hui à Aldershot Town, actuel leader du championnat anglais de cinquième division. Mendes a même marqué le week-end dernier. Quant au second, le milieu de terrain Wayne Dyer, il joue pour le club d'Hednesford Town, en septième division anglaise. Dans une équipe nationale ou l'expérience fait cruellement défaut, les deux hommes apportent une touche de professionnalisme.

"Le volcan a touché tout le monde, la plupart du temps de façon très grave. Notre peuple a été littéralement éparpillé un peu partout dans le monde. Evidemment, les footballeurs n'ont pas été épargnés", raconte Lake. Son regard s'assombrit un peu, puis il reprend : "Mais nous tenons à regarder le bon côté des choses. Par exemple, nous avons un plus gros réservoir de joueurs qu'avant. Ils vivent sur des continents différents. Leur culture du jeu reflète cette diversité".

L'un des joueurs restés sur l'île est Clifford Joseph, né en Dominique mais Montserratien par sa mère. "Il peut occuper n'importe quel poste. Il a même joué dans les buts lors d'un match qualificatif pour la Coupe des Caraïbes", dit de lui son entraîneur.

"Je suis fier de jouer pour l'équipe nationale, confie à FIFA.com le milieu de terrain (ou arrière latéral, ou avant-centre) montserratien. Parfois, on s'entraîne tous seuls ici, moi et les quelques autres qui vivent toujours sur l'île. Mais je dois dire que, quand on retrouve ceux qui jouent en Angleterre, on n'a pas l'air ridicule. Je dirais même qu'on forme une équipe honnête, bien organisée en tout cas".

Au fil des rencontres avec les gens de Montserrat, leur joie de vivre et leur optimisme déconcertants deviennent presque contagieux. "Il n'y a pas de match retour et, sur 90 minutes, tout peut arriver. Pourquoi n'aurait-on pas le droit de croire à la victoire ?", conclut Joseph.

Parce que, diront certains, dans la même situation il y a quatre ans, Montserrat avait perdu 20:0 face aux Bermudes. C'était lors des éliminatoires pour Allemagne 2006, et Joseph était de la partie.

A Montserrat, on l'aura compris, les mots "défaite" et "victoire" ne recouvrent pas tout à fait les mêmes concepts que dans le reste du monde. Le sélectionneur Hogan en est l'illustration vivante, lorsqu'il déclare : "Si nous arrivons à aligner une équipe pour disputer ce match d'éliminatoires, ce sera notre victoire. Cela signifiera que nous sommes encore là, que Montserrat existe toujours".